Dangerous Days

Il s’agit en réalité du making of d’un film qu’on ne présente plus, Blade Runner. Making of fleuve de 3H33′ (!), il est une oeuvre en soi tant les anecdotes racontées sont intéressantes.
L’aventure de Blade Runner, film mystique (voir psychanalytique) qui se cache sous les aspects d’un film technologique (çà rappelle un certain 2001…), est découpée en huit tranches d’à peu près une demi heure chacune où chaque thématique liée à la création d’un film (on préfèrera parler d’oeuvre cinématographique de référence dans le cas présent) est développée suivant les aléas du projet.

Cela commence par l’envie d’adapter une nouvelle de Philip K. Dick sobrement intitulée Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques? écrite vers 1964/65. De fil en dollars, l’équipe de production qui se forme commence à glaner des fonds, modestes au début, et engage le réalisateur anglais Ridley Scott, déja auteur d’environ 2500 spots publicitaires et du célèbre Alien, le huitième passager dont l’univers visuel émane tout droit du peintre-sculpteur suisse H. R. Giger.
Ce making of traite ensuite des différents départements de création: recherche de financements, recherche du casting, déroulement du tournage, élaboration des décors, montage / effets spéciaux, sortie et impact du film en salles.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire aujourd’hui en voyant Blade Runner, le film, sorti en 1982, subi un demi-échec commercial et ne se fait pas très bien recevoir par la critique de l’époque.

Ce Dangerous Days n’est donc pas un making of comme les autres, sûrement parce-qu’il nous narre le parcours d’un film lui-même pas comme les autres, parcours tumultueux s’il en est pendant lequel le réalisateur n’aura qu’une seule façon de mener à bien ce projet épique: maintenir vaille que vaille ses idées esthétiques et sa façon de tourner perfectionniste (avec très boucou de prises par plan et crevage de budget à la clé!) ce qui va lui valoir certains désagréments ou même frictions (voir le passage assez drôle sur l’épisode des T-shirts portés par l’équipe pour dénoncer la tyrannie du réalisateur!).

Car la moralité, s’il doit y en avoir une, est bien là: comme le dit si justement Ridley Scott, l’élaboration d’un film est, certes, un travail d’équipe mais un travail d’équipe destiné à bâtir l’oeuvre d’un seul. Au final, un film, au même titre que tout autre type d’oeuvre, reste la création de son auteur. L’architecte n’a pas besoin de l’avis du tailleur de pierre sur le bien fondé ou la justesse de ses plans, juste de son savoir faire.
Même à son niveau, Ridley Scott a dû se bagarrer parfois pour garder son indépendance créatrice, chose qu’il n’aura pas complètement gagnée à l’époque de la sortie du film, d’où ses multiples remaniements et « Director’s cut » au fil du temps pour aboutir à la version finale de 2007, ressortie en salles pour l’occasion.

Dangerous Days n’est donc jamais consensuel et mielleux, raconte tous les écueils de ce projet-mammouth sans aucune concessions, sans jamais tomber dans le trop courant « Oooohhh, vous savez tout le monde est formidable sur ce fiiiilm, le réalisateur il est gué-nial, l’assistant il est gué-nial, le scénario il est gué-nial, le sponsor il est gué-nial », etc…
Il n’y a plus de promo à faire sur Blade Runner, donc on lâche tout! D’ailleurs, le making of est majoritairement articulé sur des interviews très récentes des différents protagonistes (acteurs, actrices, producteurs, décorateurs, scénaristes, réalisateur, etc…) entre lesquelles se glissent des images d’archive et des documents, genre dessins de décors ou plans de gros accessoires type véhicules. Ces personnes regardent toute cette folle aventure avec beaucoup de recul et donc un brin d’amusement parfois mais toujours beaucoup de lucidité, en ayant pris toute la mesure de l’impact du film aujourd’hui et de leur effort accompli.

Dangerous Days n’a donc rien à voir avec le syndrome du making of obligatoire qu’a induit l’industrie du DVD, avec son cortège de discours et d’interviews orientées vers le promotionnel à tous crins. Des makings of que l’on avale aujourd’hui par milliers et qui, dans leur grande majorité, ne racontent rien.
Non, ici on parle de cinéma.

Franck

La bande annonce de la version finale de Blade Runner:

Ici, la bande annonce du making of:

Le sujet qui, depuis des années, taraude les fans du monde entier. Ridley Scott apporte sa réponse (c’est non sous-titré mais çà se comprend tout à fait bien):

L’affiche de la version finale:
affiche-blade-runner

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