Michael Crichton

On ne présente plus Michael Crichton, auteur à succès de best-seller planétaires, et créateur de la série TV Urgences. Ce grand homme (plus de 2 mètres !) est mort récemment, relativement jeune, laissant derrière lui une bibliographie parfaite. Je rends hommage à ce monument de la littérature populaire qui savait plonger dans des sujets difficiles pour mieux les expliquer à ses lecteurs.

Né en 1942, et après quelques aventures auprès d’ONG, Michael Crichton poursuit des études de médecine à Harvard. C’est pour financer ce genre d’établissement hors de prix qu’il écrit des romans sous divers pseudonymes. C’est en forgeant que l’on devient forgeron ! J’admire ici l’étudiant capable de mener de front médecine et écriture. Une force de travail.

Son premier best-seller sort en 1968: Extrême urgence, un roman policier remarqué par Stephen King et couronné d’un prix prestigieux, le prix Edgar.

Il publie la même année La variété Andromède, au succès immédiat. La carrière de Crichton est lancée. Les droits de son roman sont acquis par Hollywood, il fréquente alors le monde merveilleux du cinéma. Crichton réalise plusieurs films, dont Mondwest, un film d’anticipation fabuleux avec Tom Selleck qui a beaucoup vieilli.

Finalement, c’est en revenant à l’écriture qu’il enchaîne une série de best-seller. Sphère, Jurassic Park, Soleil levant, Harcèlement, Turbulences, Prisonniers du temps, La proie, Etats d’urgence et Next, son ultime roman. Tous adaptés avec plus ou moins de bonheur au cinéma.

Crichton est de formation scientifique, il est précis et rigoureux dans les domaines qu’il aborde, que ce soit les nanotechnologies, le brevetage du vivant, le réchauffement climatique, le clonage, le harcèlement sexuel ou les extraterrestres. C’est que j’aime chez lui, en plus de la construction millimétrique des intrigues. On ne s’ennuie jamais en lisant ses livres, et on apprend toujours plein de choses.

couverture jurassic parkJurassic Park (1990)

Un roman puissant qui aborde un thème très intéressant, le clonage. Peut-on cloner des dinosaures vieux de 65 millions d’années à partir d’ADN fossile tiré de moustiques piégés dans de l’ambre ? La question est saugrenue et novatrice pour l’époque. L’intrigue comme à chaque fois est pleine de rebondissements et bien flippante.

Crichton crée un personnage haut en couleur, le docteur Ian Malcolm, mathématicien féru de fractale, et insère des pseudo citations de ce personnage en introduction à chaque chapitre. J’ai lu ce livre quand j’étais ado, je l’ai dévoré en une semaine, m’endormant dessus tellement je voulais savoir la suite. Spielberg en a fait un grand spectacle visuel très fidèle à l’oeuvre.

Une belle réflexion scientifique sur le pouvoir de la science et les espoirs du clonage. Et toujours des personnages attachants à la psychologie fouillée. Un de ses meilleurs livres.

couverture nextNext (2007)

Ce roman s’attaque à un sujet brûlant, le brevetage de plus en plus systématique du vivant. Ici, un homme se retrouve privé de l’accès à son corps parce qu’un médecin a breveté un gène qu’il est un des rares  à posséder. Toujours sur le mode du thriller, ce roman foisonnant reste inabouti et confus, à force de multiplier les intriques secondaires et les personnages. Dommage car le sujet est fort, et les informations encore une fois très intéressantes. L’arrogance actuelle de la science vis à vis du brevetage du vivant est absurde !

Sur le mode humoristique le plus souvent, Crichton présente des faits étonnants entre 2 chapitres, et conclue son livre par un chapitre où il exprime ses opinions très personnelles concernant les brevets sur le vivant. A lire pour glaner des informations capitales sur les biotechnologies.

couverture état d'urgenceEtat d’urgence (2006)

Le livre majeur de Crichton, une réflexion profonde et pointue sur le réchauffement climatique et l’intégrisme écologiste. Ce roman est avant tout un thriller bien huilé, aux personnages bien campés, que l’on lit d’une traite pour savoir la suite. La marque Crichton : on ne s’ennuie pas. Mais bien plus que ça, Crichton attaque de front les arguments en faveur du réchauffement de notre planète pour les réduire en pièces, références rigoureuses à l’appui. Une critique étonnante et fascinante qui fait beaucoup douter. On sent Crichton motivé après 3 ans d’immersion dans la littérature scientifique consacrée à ce sujet. Il prend plaisir à démonter l’hystérie écologiste bien souvent liée à des intérêts financiers.

Un livre indispensable pour s’ouvrir à une vision sceptique du catastrophisme écolo ambiant. Des pages de livres à lire à la fin, et à nouveau une conclusion très personnelle de Crichton, une ébauche de ce que pourrait être un véritable mouvement écologiste. Fondamental.

couverture-mangeurs-mortLes mangeurs de morts (1997)

Un livre mineur de Crichton, un roman mi-historique mi-fantasy sur les vikings du point de vue d’un émissaire perse. Bien écrit comme toujours, le livre se veut réaliste sur les moeurs et la culture vikings. Ca se lit comme un thriller, mais ça manque de profondeur. Un agréable amusement.

couverture-variete-andromedeLa variété Andromède (1969)

Le premier roman scientifique de Crichton. Très bien documenté pour tout ce qui concerne les sciences et le monde militaire aux Etats-Unis. Un roman un peu daté, où les ordinateurs sont des grosses machines à ampoules et la moindre automatisation une nouveauté. Certains passages sont trop ardus, Crichton mettant à profit ses études de médecine pour être précis. L’argument cependant est fort : la contamination de la Terre par une espèce exoterrestre, et comment réagir.

Les réflexions sont intéressantes, mais les moyens ont dû largement évoluer depuis. Dommage. De plus, la construction du roman est bancale, Crichton révélant des informations trop tôt qui tuent le suspens. Un tel livre actualisé serait plus puissant.

couverture-la-proieLa proie (2002)

Un thriller saisissant, très bien écrit, qui fait froid dans le dos. Le contexte est bien restitué, les personnages sont construits, épais, un vrai plaisir de lecteur. Ce roman parle des nanoparticules, technologie du futur sensée être une révolution pour le progrès et l’humanité. Crichton adresse un avertissement en prologue sur ce que pourraient être les dérives des nanotechnologies. Et son livre décrit ce genre de dérives probables, où un essaim de nanoparticules est libéré dans la nature et devient un prédateur redoutable pour les hommes.

La réflexion est intéressante et fondamentale : une technologie si petite qu’elle peut traverser le plastique ou la barrière du cerveau doit être contrôlée rigoureusement. Certains experts parlent de gelée grise, des milliards de nanoparticules, qui envahira la planète à une vitesse exponentielle si l’on n’y prend garde.

Encore une fois, une technologie profondément novatrice fait peur à ses débuts, c’est normal. Il s’agit de garder la tête froide et d’être vigilant, mais surtout pas de condamner les nanotechnologies et ses applications. de toute façon, leur mise au point va prendre encore des années.

Crichton reste tout de même pessimiste, et craint que les nanotechnologies n’échappent à tout contrôle ou soient détournées à des fins malveillantes. Les derniers mots de son roman sont clairs :

« Ils n’ont pas compris ce qu’ils faisaient. Je redoute que cette inscription ne figure un jour sur la pierre tombale de la race humaine. J’espère qu’il n’en sera rien.La chance nous sourira peut-être. »

Du très bon Crichton qui mériterait une adaptation au cinéma pour porter sa réflexion au grand public.

couverture-extreme-urgenceExtrême urgence (1968)

Le premier succès de Crichton, couronné d’un prix prestigieux alors qu’il n’a que 26 ans. Un policier de bonne facture, on reconnaît le style de Crichton en devenir. Un médecin enquête sur la mort misérable d’une fille de bonne famille de Boston. L’époque est lointaine, les moeurs ont changé. Crichton insiste beaucoup sur le fonctionnement du milieu médical, c’est lourdaud. Le livre a dû surprendre il y a 40 ans, mais maintenant tout ceci paraît désuet. Les motivations des personnages sont vieillottes, la société a changé, c’est le plus dur à la lecture : je ne suis pas rentré dans l’histoire et je n’ai pas ressenti d’empathie pour aucun personnage. Un livre de débutant et mineur.

couverture-prisonniers-tempsPrisonniers du temps (2002)

Crichton s’aventure dans le voyage temporel à travers les aventures de 3 étudiants américains qui retournent au Moyen Age (14° siècle) pour porter secours à leur patron archéologue coincé entre Anglais et Français en pleine guerre de Cent ans. Un roman vigoureux, bien écrit, au suspens habilement construit qui laisse le lecteur en attente de la prochaine page. La marque Crichton. Des personnages très attachants, une solide structure narrative. La grande qualité du livre est de replacer le Moyen Age dans son contexte historique, géographique et culturel, mettant à jour les clichés et les mythes courant sur cette période si obscure pour les comuns des mortels. En francophile érudit, Crichton dresse le portrait d’une Aquitaine médiévale riche en culture, aux technologies dynamiques, aux gens pas si sales comme on veut bien le croire. Passionnant.

Le thème du voyage temporel est très intéressant aussi, Crichton utilise la théorie des mondes quantiques multiples de Everret plutôt que le voyage pur et dur. La téléportation plutôt que le transport physique. Une belle idée qui donnt une grande crédibilité à la technologie développée dans le roman, malheureusement écrasée par des détails techniques trop abscons qui lassent. La lecture du livre offre tout de même matière à réflexion, encore un chef d’oeuvre de Crichton que je classe parmi ses meilleurs.

couv homme terminalL’homme terminal (1972)

Le sujet est pourtant très intéressant : l’interfaçage homme/machine est un questionnement très moderne en nos temps de miniaturisation extrême et de connectivité continu, via le flux d’informations qui grossit à chaque seconde. Notre cerveau va bientôt exploser si un 2° cerveau mécanique ne vient pas l’aider. Tel est le thème de ce livre écrit en 1971, à l’époque des ordinateurs sans souris ni Apple ni Microsoft, des machines mécaniques qui fonctionnent avec des bandes magnétiques et des cartes perforées ! C’est son écueil principal : ce livre est complètement dépassé par l’évolution technologique, malgré un thème toujours d’actualité. Les descriptions surannées des machines alourdissent le rythme, et le style incisif de Crichton n’est pas encore à maturité, malgré une structure bien tenue et des personnages attachants (mais trop caricaturaux).

Un livre mineur encore, prétexte surtout à réfléchir sur notre relation aux machines et aux ordinateurs, dont nous ne pouvons plus nous passer depuis longtemps. Sujet qui intéresse de nombreux chercheurs actuellement, pour d’innombrables applications pas forcément pacifiques. La mise en garde de Crichton est finalement prophétique : « Un grand nombre de gens ont l’impression de vivre aujourd’hui dans un monde prédéterminé qui suit un cours établi d’avance […] Cette attitude implique un puéril et dangereux refus des responsabilités et chacun de nous devrait s’en rendre compte. »

Soleil levant (1992)

couv soleil levantEn pleines années 90 florissantes, Crichton s’attaque à un sujet commercial sensible : les relations américano-japonaises. A cette époque, les deux superpuissances se livrent une guerre économique sauvage pour la maîtrise économique du monde. De plus en plus de sociétés américaines sont rachetées par des sociétés japonaises, provoquant crainte et jalousie jusqu’à Washington, parmi les députés et les sénateurs. Crichton développe sur ce thème un formidable suspense autour du meurtre d’une jeune femme blanche dans la tour d’une grande entreprise japonaise. Un flic, officier de liaison spécial Japon, prend l’affaire en main, accompagné d’un vieux de la vieille imposé par des pressions supérieures. Un guépier compliqué attend les deux enquêteurs, coincés entre deux cultures, deux façons de faire des affaires, et finalement des enjeux nationaux et internationaux.

Comme toujours chez Crichton, l’intrigue est redoutable, au rythme soutenu qui laisse incessamment le lecteur en haleine. Sauf un rebondissement vers la fin quelque peu facile et désolant, l’histoire reste palpitante de bout en bout, d’autant plus avec le recul des ans. Le contexte historique permet de comprendre les tenants et aboutissants d’une situation complexe pour un lecteur peu au fait des relations USA/Japon à cette époque, parfaitement explicités par Crichton. Les personnages sont attachants, la relation jeune flic/vieux flic est riche en enseignements, et permet de faire rapidement évoluer personnages et histoire.

Culture nippone vs culture US, un match redoutable qui voit de nombreux coups bas pour gagner la bataille commerciale. Au-delà de l’intrigue, Crichton développe une attaque en règle contre les méthodes japonaises, pas honnêtes, envers un pays amricain passif face à la marche du monde. Une attaque qui peut surprendre par sa virulence, même si personnelle, comme l’avertit Crichton en postface. Et attaque contrebalancée par une connaissance fabuleuse des moeurs et de la culture japonaises, une psychologie particulière, tout entière tournée vers les entreprises et le long terme, à l’exact opposé de la culture américaine. Une mise au point implacable en tout cas, de la part d’un Crichton lyrique, qui place dans la bouche de 2 personnages clé des propos cinglants mais réalistes. La phrase la plus dure ? « Les Japonais sont le peuple le plus raciste de la planète », dite sans emphase ni haine particulière. Juste une constatation, qui éclaire le livre et les actions des personnages japonais. Un livre passionnant en tout cas, doublé d’une réflexion sur les relations USA-Japon courageuse.

Tous ces livres sont disponibles en poche.

Nicolas / CogitoEgoSum

 
 
 
 

5 Réponses to “Michael Crichton”

  1. larocheauxloups Says:

    Pax romana à son âme.
    Je ne savais pas qu’il était mort. A l’instar de Christian Fechner, encore un ponte du cinéma qui meurt relativement pas vieux.
    Bonnes idées de lecture…

  2. […] un contrôle impartial des ces technologies du futur, comme l’appelait de ses voeux Michael Crichton dans son livre La […]

  3. […] théorie climatique catastrophiste,  et prônent plus de rigueur dans les travaux de recherche. Michael Crichton, dans son dernier livre, démonte aussi le dogme rigide du réchauffement climatique, bien pratique […]

  4. […] réchauffement climatique inéluctable dû aux méchantes activités humaines, comme l’a fait Michael Crichton dans son dernier livre. Un point de vue passionnant qui amène le débat sur un sujet […]

  5. […] mais une force vive qui s’appuie sur la science et le bon sens. Ces bases sont tirées des livres de Michael Crichton, auteur rigoureux de formation scientifique qui se renseignait profondément avant d’écrire ses […]

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