Pour une écologie réaliste

L’écologie est embourbée depuis plusieurs années dans un fatras théorique et moraliste qui empêche de réfléchir sereinement sur notre environnement et notre place en son sein. Il s’agit dorénavant, maintenant que les constats ont été faits, de prendre des décisions raisonnées sur la gestion de l’environnement, sans tomber dans l’hystérie collective et les termes marketing comme commerce équitable, développement durable et autres amusements pour actionnaires et décisionnaires.

Les partis politiques écologistes sont invisibles ou ridiculisés en France, les mouvements écologistes comme WWF ou Greenpeace restent bloqués sur l’émotion pour sauver les animaux, sans aucune réflexion plus globale. Les clichés dans le domaine de l’environnement sont tenaces, il est temps pour la science de relever le défi.

Il est temps de construire un mouvement écologiste sérieux qui apporte des solutions sérieuses. Aucun ministère de l’écologie depuis sa création sous Mitterrand n’a été utile et efficace, il s’agit d’une machine à bureaucrate qui ne sait qu’édicter règles et normes. Même le Grenelle de l’environnement est une vaste plaisanterie pour les babas endormis.

Voici les bases sur lesquelles bâtir ce mouvement politique et citoyen, qui ne doit pas être le laquais des pouvoirs mais une force vive qui s’appuie sur la science et le bon sens. Ces bases sont tirées des livres de Michael Crichton, auteur rigoureux de formation scientifique qui se renseignait profondément avant d’écrire ses romans. Il a tiré des ses écrits des lignes de force qui permettent d’esquisser une écologie réaliste.

« L’idée selon laquelle le monde qui nous entoure évolue continuellement est une platitude ; nous en percevons rarement toutes les implications. Nous ne concevons pas ordinairement qu’une maladie épidémique change de caractère en même temps qu’elle se propage. Pas plus qu’il ne nous vient à l’esprit que l’évolution de certaines plantes et de certains animaux se compte en semaines, voire en jours. Et nous n’imaginons pas que le règne végétal est la scène permanente de guerres chimiques sophistiquées : des plantes produisent des pesticides en réponse à des agressions et des insectes développent une résistance. C’est pourtant qui se produit.

Pour comprendre la vraie nature de la nature – pour saisir la véritable signification de l’évolution – il nous faudrait imaginer un monde dans lequel chaque plante, chaque insecte, chaque espèce animale est en perpétuel changement, en réaction à des situations nouvelles provoquées par les autres plantes, insectes et animaux. Des populations entières d’êtres vivants croissent et décroissent en se modifiant. Ces changements impétueux et permanents, aussi inexorables et irrésistibles que les vagues ou les marées, supposent que toutes les actions humaines ont nécessairement des effets aléatoires. Le système global que nous appelons la biosphère est si compliqué qu’il nous est impossible de connaître à l’avance les conséquences de ce que nous faisons.

Voilà pourquoi toutes les actions humaines, même les plus louables, ont eu une issue indésirable, soit parce que nous n’avions pas tout compris, soit parce que le monde en perpétuel changement a eu des réactions imprévues. De ce point de vue, l’histoire de la protection de l’environnement est aussi décourageante que celle des pollutions. Ceux qui avancent que la politique industrielle de déforestation est plus dommageable que la politique écologique de défrichement par le feu oublient que l’une et l’autre ont été mises en œuvre avec la même conviction et les mêmes conséquences irréversibles sur la forêt vierge. Nous avons là deux exemples patents de l’anthropocentrisme caractéristique de l’homme sur l’environnement.

L’imprévisibilité des réactions de la biosphère ne doit pas conduire à l’inaction. Mais elle engage à considérer avec circonspection ce en quoi nous croyons et ce que nous faisons. Notre espèce a malheureusement fait la preuve dans son histoire d’une imprudence remarquable ; il est difficile d’imaginer que nous nous comporterons différemment dans l’avenir.

Nous croyons savoir ce que nous faisons ; nous l’avons toujours cru. Il semble que nous soyons incapables de reconnaître que nous avons commis des erreurs dans le passé et que nous risquons d’en commettre dans l’avenir. Chaque génération barre d’un trait les erreurs de ses pères en les imputant au jugement erroné d’esprits mal avisés, puis s’engage à son tour, avec assurance, dans de nouvelles erreurs. »

in La proie, 2002

 
 

4 Réponses to “Pour une écologie réaliste”

  1. Christophe Says:

    Excellent article!

    Bravo et merci de publier ce type d’informations.Il est grand temps de réagir face à la déferlante hystérique de l’écologie radicale qui n’épargne pas notre bon président.Trop de désinformation et de décisions qui en découlent gangrennent notre pays.Nos dirigeants affolés cèdent à tout rompre aux sirènes des gourous de l’Apocalypse!
    Stoppons cette machine infernale avant qu’il ne soit trop tard.

    Christophe

  2. larocheauxloups Says:

    Merci Christophe. Crichton a développé tout un programme pour mettre en place cette écologie réaliste qu’il appelait de ses voeux dans son dernier livre, Etat d’urgence. Je vais bientôt mettre en ligne ce programme qui j’aimerais voir appliquer, quitte à le mettre en place via LRAL. Rares sont ceux en France qui ont conscience de l’écologie réaliste, comme Claude Allègre par exemple, tant décrié par les puristes de l’écologie.
    Nicolas

  3. larocheauxloups Says:

    Clause Allègre qui s’y connaît en OGM comme Thierry Roland s’y connaît en musique classique! Super référence…
    Et de quel « bon président » on parle, là? Celui qui ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez et nous enfonce dans une république sécuritaire? Faut arrêter, les mecs…

    Franck.

    • larocheauxloups Says:

      En l’occurence c’est du réchauffement climatique que je parle. Allègre a su poser le débat sur ce dogme scientifique pour offrir une voix discordante. Un article d’AgoraVox résume bien sa pensée : il s’agit de ne pas simplifier un phénomène qui nous échappe grandement et sombrer dans l’hystérie collective. Là où il y a peur, il y a manipulation, et donc profits pour quelques uns. La position de Claude Allègre sur les OGM est extrêmiste, certes, mais pas dénuée de fondements. Monsanto est une société privée assassine qui doit générer du profit, mais la technologie OGM ne doit pas être jetée aux orties par peur simpliste. Son livre Ma vérité sur la planète est à lire pour savoir de quoi il parle. Malgré son égo surdimensionné, Allègre est un scientifique de formation (géologue) qui maîtrise tout de même son sujet.
      Nicolas

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