Biocarburants et crise alimentaire

Un article étonnant de Nexus France n° 58 (septembre-octobre 2008), avec leur aimable autorisation.  :

Le journal britannique The Guardian a obtenu un rapport confidentiel de la Banque Mondiale selon lequel les biocarburants ont entraîné une hausse des prix alimentaires de 75 %, soit beaucoup plus que ce qui était prévu.

Cette affirmation accusatrice, restée inédite, menée par un économiste de renommée internationale, est fondée sur une analyse extrêmement détaillée de la crise.

Cela est en contradiction totale avec les déclarations du gouvernement étasunien qui affirme que les biocarburants contribuent à une hausse des prix agricoles inférieure à 3 %. Le rapport contribuera à la pression actuelle qui s’exerce sur les gouvernements des Etats-Unis et d’Europe où l’on se tourne vers les biocarburants pour réduire les émissions des gaz à effet de serre et réduire la dépendance énergétique. On estime en haut lieu que ce rapport, achevé en avril, n’a pas été publié pour ne pas gêner le président G. W. Bush avant la rencontre du G8.

Robert Bailey, conseiller politique à l’Oxfam, une organisation internationale regroupant des ONG luttant dans le domaine politique, économique et humanitaire contre la pauvreté dans le monde, a déclaré que les « dirigeants politiques semblent vouloir supprimer et ignorer l’évidence criante du poids énorme des biocarburants dans la hausse récente des prix alimentaires. Pendant que les politiques se concentrent pour conserver dans une forme réjouissante les lobbies industriels, continue-t-il, les gens des pays pauvres ne peuvent pas trouver de quoi manger ».

Cent millions de personnes à travers le monde se sont retrouvées sous le seuil de pauvreté à cause de la hausse des prix alimentaires, selon la Banque Mondiale, et des émeutes de la faim ont éclaté en Egypte ou au Bangladesh. Le gouvernement du Royaume-Uni a évoqué les prix élevés de la nourriture et des carburants comme « la première vraie crise économique de la mondialisation ».

Le président G. W. Bush fait une relation entre les prix élevés de l’alimentation et la demande croissante en produits alimentaires de l’Inde et de la Chine. Le rapport de la Banque Mondiale qui vient d’être révélé dément pourtant cela : « La croissance rapide des revenus dans les pays émergents n’a pas entraîné de hausse significative de la consommation de céréales et n’a pas constitué un facteur important dans la forte hausse des prix ». Le rapport souligne que même les sécheresses successives que l’Australie a connues ont eu un impact minime. Il avance, au contraire, que c’est la course aux biocarburants à laquelle on assiste aux Etats-Unis et dans l’Union européenne qui a de loin le plus fort impact sur les réserves alimentaires et la hausse des prix.

Depuis le mois d’avril 2008, en Grande Bretagne, tous les carburants (essence et diesel) doivent contenir 2,5 % de biocarburants. L’Union européenne s’est donnée pour objectif d’atteindre les 10 % en 2020, mais elle se heurte à une évidence: cela ne fera que renforcer la hausse des prix des denrées alimentaires. Le rapport insiste en avançant que « sans la course aux biocarburants, les réserves mondiales de farine et de maïs n’auraient pas baissé de manière significative et la hausse des prix, causée par d’autres facteurs, aurait été modérée ».

Le prix des denrées alimentaires dans le panier de la ménagère a augmenté d’environ 140 % entre 2002 et février 2008. Selon ce rapport, la hausse du prix des engrais et de l’énergie ne représente qu 15 % de l’augmentation alors que 75 % de l’augmentation est due aux biocarburants. Il soutient que la production des biocarburants a déséquilibré le marché alimentaire de trois manières. En premier lieu, elle a dévié la production de céréales vers les carburants, avec dorénavant aux Etats-Unis un tiers de la production de maïs dédiée à la production d’éthanol et environ la moitié de la production d’huile végétale allant vers le biodiesel. Deuxièmement, les exploitants agricoles ont été encouragés a laisser des terres en production de biocarburants. Enfin, cela a causé une spéculation financière sur les céréales, poussant les prix toujours plus haut.

Le rapport souligne que les biocarburants dérivés de la canne à sucre, une spécialité du Brésil, n’ont pas un impact aussi dramatique. Les partisans des biocarburants avancent qu’ils sont une alternative écologique aux carburants fossiles, mais même cet argument est mis en doute par des experts qui avancent qu’il ne peut s’appliquer à l’éthanol végétal produit par les Etats-Unis.

© Nexus France 2008

Source : http://www.guardian.co.uk/environment/2008/jul/03/biofuels.renewableenergy

Encore une preuve que les biocarburants ne sont pas le remède miracle à la fin annoncée du pétrole. Il serait temps de se tourner vers de vraies solutions, comme le moteur à eau ou à air.

Nicolas

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