Voeux présidentiels et écran de fumée

Décidément, nous ne ne faisons que çà: parler de Notre Président. Mais ici, plus que de s’attacher bêtement à la forme et l’emphase paternaliste ou l’hyper activité d’un seul et toujours le même, voyons plus en détail des points précis de l’action politique réelle engagée Par Nicolas Sarkozy. Car non, le chef de l’Etat français ne fait pas que gesticuler. Il est en tain, insidieusement et en s’attaquant à des points précis, de créer le moule législatif dans lequel nos descendants risquent de devoir se conformer sans trop discuter. Mais le pire de tout çà c’est que cette « marche en avant » n’est jamais exprimée en termes clairs. Est-ce là une volonté stratégique équivalant à passer une couche de vaseline avant l’assaut « pour de vrai » ou cela traduit-il un réel manque de clarté? Chacun pourra juger mais il est bon, parfois, de porter un coup de projecteur sur certaines « zones floues »:

Le corps médical, les enseignants, les policiers et les gens de la culture… La semaine dernière, la tournée de voeux de Nicolas Sarkozy a pris la forme d’un rallye socioprofessionnel aux quatre coins de la France. Côté sud, c’est à Nîmes, au Carré d’Art, le musée d’art moderne de la ville, que le président avait choisi de s’adresser à un parterre de VIP, staff du ministère, auteurs, créateurs, réalisateurs, dirigeants de musées… (les saltimbanques contestataires étant contenus à l’extérieur). A contre-courant de la crise, le président a annoncé une série de mesures pour lesquelles l’Etat semble vouloir remettre la main à la poche. La plus spectaculaire (et la plus grand public) étant la gratuité des musées pour les jeunes de moins de 25 ans et tous les enseignants, à partir du 4 avril prochain. Vrai-faux cadeau d’étrennes pour les profs, puisque cette gratuité n’est que le rétablissement d’un droit qui leur avait été supprimé en 2004. Cette décision entérine surtout l’abandon de la gratuité pour tous, avant même la remise du rapport de l’étude menée sur ce sujet en 2008.
Outre ces cadeaux ciblés qui rassureront les institutions (le manque à gagner sera compensé par un fonds de réserve du ministère; cela peut représenter jusqu’à 30% de la billetterie au Louvre, par exemple), Nicolas Sarkozy a également annoncé une rallonge de 100 millions d’euros pour la restauration du patrimoine, c’est-à-dire quasiment la somme dont ce budget venait d’être amputé. Autre bonus anti-disette, le « dégel du gel » des crédits pour le spectacle vivant (6% des budgets étaient jusque-là bloqués), ainsi que l’engagement de préserver le statut des intermittents, remis périodiquement en question lors de négociations paritaires où le chef de l’Etat n’a, théoriquement, pas voix au chapitre. Rien de nouveau dans cette longue liste de mesures, présentées avec un art consommé de la mise en scène. Celles-ci faisaient d’ailleurs partie des exigences formulées, dès l’été 2007, sur un ton comminatoire, dans une lettre de mission à sa ministre. Nicolas Sarkozy ressort ainsi le projet d’un musée de l’Histoire de France, « pour renforcer l’identité du pays », qui devrait être créé dans un « lieu symbolique » (on évoque les Invalides, à Paris). Le flou demeure quant à son contenu muséographique, peut-être une mise en réseau des institutions existantes, comme le musée de l’Histoire de France du château de Versailles ou le musée d’Histoire de France des Archives nationales.
Seule nouveauté: Nicolas Sarkozy a sorti de sa manche un énigmatique « Conseil pour la création artistique », présidé par lui-même et par la ministre de la Culture, et animé par le producteur de cinéma Marin Karmitz. On ignore presque tout du fonctionnement de cette cellule chargée de « recentrer les aides sur l’excellence artistique ». Le créateur du réseau MK2, sollicité la veille de l’annonce, a juste précisé qu’il engloberait tous les domaines hormis la patrimoine, ne disposerait pas de budget spécifique, juste l’envie de servir « la création en mouvement ». Ministre bis de la Culture ou mouche du coche? On suggère une lettre de mission pour éclaircir sa fonction.

« Des voeux brouillés », un article de Sophie Cachon
(©Télérama n°3080 du 24 au 30 janvier 2009)

Franck.

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