Le LKP en modèle

Une bonne analyse du Yéti sur le LKP et sa lutte en Guadeloupe. A s’inspirer pour la métropole !

La grève en Guadeloupe ne se terminera pas comme souvent, par épuisement des acteurs et pourrissement d’une situation. Mais, quoiqu’il advienne désormais, par une victoire sans équivoque, sur bien des tableaux, d’un drôle de zinzin : le LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon – vous remarquerez qu’il n’est même plus la peine d’en donner la traduction pour que chacun sache de quoi il retourne). Un modèle du genre à inscrire dans le livre d’or des luttes syndicales.

Le LKP, c’est un collectif de quarante-huit organisations syndicales, associatives, politiques et culturelles de Guadeloupe. Quarante-huit ! Emmenées par le principal syndicat de l’île, l’UGTG, mais représentant toutes tendances, toutes professions, tous milieux sociaux.

Songez qu’après plus de six semaines de mouvement très dur, malgré les habituelles tentatives des médias du microcosme pour distiller les petits venins de discorde et de doute – interviews d’ « usagers » mécontents, allusions sournoises à une volonté cachée d’indépendantisme, titres perfides genre « les Guadeloupéens attendent la fin de la crise » (le Monde du 3 mars) -, AUCUNE de ces organisations ne s’est retirée du collectif, aucune n’a affiché la moindre tergiversation, le moindre embarras. Aucune.

La détermination est la première clé du succès du LKP. Il suffit de s’être entretenu une seule fois avec son porte-parole, Élie Domota, pour la mesurer. Cette façon de rester d’un calme olympien, d’une précision d’horloger dans ses explications, de ne pas se perdre en vaines indignations ou en digressions interminables…

L’autre élément d’efficacité du LKP, c’est la précision détaillée de ses revendications : 146 au total. Ce qui au début fut un sujet d’ironie de la part des autorités et des parties adverses (« Comment voulez-vous qu’on traite 146 points de revendications ? ») devint par la suite une force redoutable. Ils furent tous contraints de les passer une à une en revue. Et d’y répondre.

Cerise sur le gâteau, le LKP manifeste une redoutable intelligence politique. Il ne se contente pas d’un vague accord basé sur de vagues promesses à tenir plus tard, forcément plus tard. Le LKP demande un protocole dûment paraphé par toutes les parties et exige une application immédiate des mesures convenues. Sacrilège, le voilà parti faire du porte-à-porte dans les entreprises pour achever de convaincre les ultimes entrepreneurs récalcitrants.

« Achever », c’est le cas de le dire ! Car en face, l’adversaire est comme un boxeur sonné de coups. Du ministre Jégo dansant une pathétique valse de Saint-Guy, à un président de la république soudain volatilisé, en passant par des responsables MEDEF ko debout, à qui il ne reste plus comme seule défense que des cris d’orfraies : « je me suis mis en position de défense et… » (Willy Angèle, président du MEDEF guadeloupéen, entendu sur France Inter à la suite d’une altercation verbale avec Élie Domota restée célèbre, mais qui fit sourire jusqu’au préfet).

Il y a une dernière caractéristique d’importance dans le mouvement conduit par le LKP : l’esprit de solidarité sans faille du peuple guadeloupéen réuni derrière lui. Alors que le patronat hurle aux risques de faillites et de catastrophes économiques, avez-vous une seule fois entendu gémir le collectif des manifestants ? Les avez-vous entendus une seule fois en implorer à une quelconque solidarité venue d’ailleurs ? Vous êtes-vous demandé une seule fois comment, eux qui sont confinés pour la plupart au bas de l’échelle sociale, pour environ un quart au chômage, parviennent à survivre dans la galère de plus de six semaines de grève totale ? Sinon par une entraide de tous les instants et de tous les participants.

Sans même présager de leur avenir et des risques de retournement de situation encore possibles, c’est bien une véritable leçon d’efficacité syndicale que le LKP et les Guadeloupéens viennent de donner à leurs frères de métropole. D’ailleurs, on ne les a guère entendus sur le sujet, nos syndicats à nous. Sans doute étaient-ils trop occupés à mitonner leur traditionnelle journée de protestation trimestrielle du 19 mars prochain.

Ceux qui attendaient ici en conclusion une inévitable comparaison du mouvement guadeloupéen avec la situation en France, vont être déçus. Il n’y a pas de comparaison possible ! Pas encore pour l’instant du moins. Quoi de commun entre des godillots empesés qui dégainent le stylo à signatures plus vite que leur ombre pour tout et n’importe quoi, et de solides chaussures de marche en marche ?

Monsieur Domota, si ça vous chante un jour, vous et les vôtres, de venir « coloniser » les syndicats « métros », vous êtes les bienvenus !

© Les chroniques du Yéti – 2009

A lire les commentaires des internautes, aussi instructifs que l’article. La Guadeloupe a mené une lutte originale et quasi-pacifique qui a abouti à des résultats claires, s’offrant même le plaisir de clouer le bec à notre hyper-président si prompt à ouvrir sa gueule. Bien sûr c’est difficile d’appliquer la recette tel quel en métropole, mais elle a le mérite de montrer les problèmes strucutrels qui bloquent les revendications sociales ici. Merci au LKP !

Nicolas

Une Réponse to “Le LKP en modèle”

  1. larocheauxloups Says:

    Le seul petit problème c’est que tant qu’il n’y aura pas eu de désintégration sociale manifeste en métropole, c’est-à-dire tant qu’on ne sera pas économiquement au pied du mur, il y a des chances que rien ne bouge.
    Pas de catastrophe ou de ras-le-bol généralisé par la goutte d’eau qui fait déborder le vase, donc pas de prise de conscience, donc pas de réclamations et donc pas de changement.
    Alors, une « catastrophe » sociale pour 2009? Euuuh, mais on y est déja, en 2009…
    Un événement du type de la Révolution française, qui a foutu par terre le modèle de société de son époque pour amener celui qu’on vit aujourd’hui, n’a pu avoir lieu que parce-que les parisiens avaient faim. Faim, c’est-à-dire vraiment plus rien à se carrer sous la dent. Rien. Ce fut l’élément déclencheur. Les philosophes ont beau avoir amené de belles idées toutes neuves avec leurs discours des Lumières, la classe bourgeoise a beau avoir sois-disant manipulé les rancoeurs et fomenté dans l’ombre pour prendre la place des nobles, Paris a explosé parce-que les gens n’avaient plus que leurs assiettes à manger, et qu’à un moment, trop c’est trop (ou trop peu…). Il n’y a que la faim ou le sentiment d’injustice prononcé, qui fait se lever les foules de la sorte.
    M’est avis qu’on a encore un peu de chemin à faire avant d’en arriver à ces douloureux extrêmes. Mais on est peut-être bien parti. Sauf qu’aujourd’hui, avec tous les vices de fonctionnement que la crise dévoile au grand jour, il n’y a pas que la France qui risque de prendre le chemin de la colère.

    Franck.

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