Hipolythée, peintre : le nomadisme grégaire

Stéphanie m’accueille chez elle, à Crépy en Valois, capitale de l’archerie, près de Compiègne. Un charmant petit appartement sur cour pavée, calme et agréable. Autour d’une tasse de bon thé rouge Mariage et de quelques gâteaux au sésame, je commence une interview mouvementée, fréquemment interrompue par le charmant petit ange Raphaëlle, la fille de Stéphanie.

La question de l’ancrage territorial arrive en premier, Stéphanie a eu un parcours chaotique et nomade. Pourtant, elle se considère comme une artiste picarde, implantée à Crépy où elle est née et où elle vit avec compagnon et enfant après des années de péripéties en Europe. La question s’avère plus profonde même, Stéphanie ne se considérant pas comme une artiste en fait. Parce qu’elle n’est pas artiste à plein temps, parce qu’elle ne produit pas assez de peinture, de création, parce qu’elle n’a pas de reconnaissance professionnelle suffisante.

La définition idéale de l’artiste pour Stéphanie ? Un artiste produit, expose, voyage, se forge une conviction qu’il garde du début à la fin, une philosophie de vie respectée malgré les inévitables évolutions, un fil conducteur. Un artiste est également un nomade, sans territoire. Stéphanie ne se considère donc pas comme artiste, elle travaille à côté pour vivre, elle élève son enfant, elle ne peint pas assez.

Se pose ainsi le problème du temps, temps qui file sans que Stéphanie n’arrive à se mettre à la peinture. Sans atelier, elle a du mal à se poser et créer, il lui faut un objectif, une date couperet. A la rigueur, Stéphanie peint pour se détendre plus que par besoin créatif. Le démarrage d’une toile est dur, Stéphanie doit se violenter pour commencer. Ce qui lui fait dire qu’elle n’est pas artiste à part entière. Stéphanie a partagé un temps un atelier, période magique qui lui apportait une autre vision avec la confrontation des deux univers créatifs, un enrichissement constructif, une émulation créative.

Stéphanie avait un oncle en Nouvelle Calédonie qui peignait et envoyait des peintures de l’autre bout du monde, ses premiers contacts avec la peinture. Dès le primaire, Stéphanie est attirée par le dessin, qu’elle pratique assidûment, Pas de reproduction de besogneux apprenti, Stéphanie est déjà dans un travail de l’imaginaire. Ce plaisir du dessin se prolonge au collège avec le travail de l’aquarelle. En fait, du plus loin qu’elle se souvienne, Stéphanie aime expérimenter matières et matériaux. C’est tout naturellement que Stéphanie passe un bac Arts Appliqués (F12), touchant tous les domaines artistiques sans véritable projet professionnel. Malgré tout il faut choisir une orientation, et c’est vers l’architecture intérieure que Stéphanie se tourne.

Direction Paris et l’école Camondo, école d’architecture intérieure et de design réputée d’où est sorti Starck entre autres. Une école dure mais un véritable épanouissement qui lui ouvre de nouvelles perspectives : appréhende l’espace, travailler sur le comportement des gens. Un souvenir particulier ? Danser devant la classe lors du premier cours, une gageure pour Stéphanie à cette époque ! Camondo s’avère être un détonateur pour Stéphanie, qui est hors sujet dès ses premiers sujets sur la matière. Le prof ne lui donne pas de note mais l’encourage à exposer et continuer son travail sur la matière. Stéphanie s’y plonge entièrement, passant des nouilles aux clés, rencontre des encadreurs et apprend sur le tas, bricole seule ses tableaux de A à Z et finit par exposer. Déjà !

Le format carré des tableaux s’impose de suite, comme une obsession, à la recherche d’une stabilité, d’un certain repos, d’un (re)cadrage. A Camondo, Stéphanie travaile aussi l’aquarelle et l’acrylique, découvre l’architecture, le goût du travail et de la recherche documentaire, l’adaptation aux différents évènements. Beaucoup de collectif. Les 5 ans d’études en viennent à étouffer Stéphanie, enfermé dans un espace de bureau qui ne lui convient pas. Elle est trop jeune, immature, « pas finie », ce n’est pas le moment. Elle ne se perçoit pas dans une vie de bureau, elle veut vivre en extérieur, comme une nomade, une amazone.

Stéphanie reçoit un jour une ramette de papier rouge, et veut en faire une série sur la femme, le comportement féminin et son rapport à l’environnement, un travail sur la nature humaine. Ainsi naît le principe de la « méthode » de Stéphanie : la découverte d’une matière ou d’un matériau, le développement d’une idée qui devient une obsession jusqu’à l’aboutissement final. Le papier rouge devient la série rouge des femmes, obsession incessante qui trouve son exutoire au bout de 30 peintures. Survient alors le moment de grâce : la chose se dessine naturellement, comme un fluide dans le bras qui élabore une peinture rapide. Le tableau naît sous les yeux de Stéphanie, comme en transe créative.

Stéphanie vient de créer Hipolythée, le premier tableau de la série rouge, en hommage à une reine amazone dont elle modifie l’orthographe et qui devient son nom d’artiste. Stéphanie insiste à nouveau sur la ligne de conduite de vie que doit posséder tout artiste. Celui-ci doit exprimer quelque chose, il fonctionne comme un livre ouvert sur ses maux, ses soucis, ses douleurs et ses questionnements. Un artiste ne peut se mentir à lui-même, les choses viennent du plus profond de soi. C’est l’inconscient qui s’exprime, la matière veut aider l’artiste en peignant continuellement, en une obsession envahissante. La peinture s’impose à soi, la réponse vient ensuite lors de la conceptualisation du travail, de la série créée.

Une explication difficile du coeur de la création de Stéphanie, très proche de la psychanalyse et de la transe. Bien qu’elle ne s’accepte pas comme artiste, son discours est structuré et puissant sur le travail artistique qu’elle dégage de dizaines d’années de pratique. Dans sa petite cuisine, avec sa fille dans ses bras, Stéphanie est une maman comme les autres, mais ses tableaux ne laissent pas indemnes. Sa série rouge est fascinante, et globalement ses peintures dégagent quelque chose d’organique, de viscéral en fait.

Son mentor ? Rothko

www.hipolythee.com

Nicolas

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