Six pieds sous terre

Il est question de l’effet miroir de certains films. Alors il y a les effets miroirs chef d’oeuvresques type Né un 4 juillet, Scarface ou, plus anecdotique mais vrai phénomène de société, Trois hommes et un couffin, qui nous parlent d’une histoire lambda et/ou de personnages lambda, nous donnant ainsi une image non seulement des moeurs de l’époque traitée dans le film mais également de la façon de voir les choses à l’époque où a été fait le film. Comme une sorte de lecture sociologique second degré de l’époque où a été fait le film. Ouf! (m’suivez, là?)
Et puis… comment dire… Il y a… « d’autres films ». Des films qui, tout en étant très vilains d’un point de vue cinématographique, n’en sont pas moins une photographie de leur époque. D’où, malgré tout, leur intérêt, même s’il est tout relatif.
En essayant de prendre un peu de recul, que pourrait-on dire de notre époque à nous? Bonne question. A cette interrogation, en apparence simple mais pourtant difficile, une seule réponse: jetons-nous une p’tite séance du film Coco.
Film mettant en scène un hypothétique ultra-riche pouvant tout se payer et dont la parole a quasiment force de loi. Alors c’est çà, notre époque? Waw… Passé la nullité plan-plan de ce métrage inutile où l’on voit le personnage gesticuler vainement pour tenter de nous arracher un bref sourire de passage, force est de constater que ce film ne fait qu’énumérer des poncifs vus et revus depuis une bonne trentaine d’année. L’homme « super-riche-qui-peut-tout-avec-son-pognon », on est quasiment dans le domaine de la magie blanche! Voilà donc le contexte sociétal que pose ce film. Récit qui ne fait que tourner autour de cet omniprésent people et sa cour de subordonnés, riche et « décomplexé » (surtout depuis avril 2007), dont les pseudo états d’âme sont aussi inintéressants que les gimmick ou gags peuvent être non drôles. Mais ce personnage est là, comme un fantasme de vie facile ou rêvée, dans une période où la plupart des individus manquent de moyens et sont obligés de se maintenir, souvent malgré eux, dans une situation de travail qui pille la majeure partie du temps pour joindre les deux bouts. Au profit, toujours, de ce genre de personnage si « sympathique ».
Les canons et règles de l’époque sont donc respectés comme il se doit, l’homme aux bagouzes outrancières est planté là comme l’El Dorado situationniste vers lequel tout le monde veut forcément aller. Forcément, puisque le summum du top, le summum de la richesse d’une vie est la richesse financière. Le reste? Du vent.
Un film très sarkosien, somme toute, avec des images sarkosiennes à souhait du style cette séquence de jogging avec deux ou trois gorilles, en « parfaite harmonie », ou encore des plans, sûrement à vocation comique à la base, où ce super Manitou marche face caméra avec ses sbires, lunettes de soleil sur le nez ou encore se prélassant en grand vainqueur à la proue d’un yacht rutilant croisant au large de je ne sais quelle calanque tropézienne fashion. Ou également cet échange entre Coco et un de ses valets (parce-que ce n’est pas autre chose que çà) indien. L’archétype du brave monsieur asiate qui se dévoue corps et âme pour le jeune riche immature blanc. Pourquoi un indien? Alors que leur civilisation nous fout la dragée haute en terme de spiritualité? Schéma post colonialiste persistant en diable. Un détail, certes, dans ce flot d’inanités, mais c’est le genre détail qui dénote (et insupporte).
Le schéma de société est donc posé: société pyramidale où un financier-roi fait sa loi, qui n’a même plus le sens des réalités, avec des caprices exaucés à la lettre, et qui, bien sûr, appelle les meilleurs star du show biz pour ses soirées privées, etc… Nous sommes en plein Versailles mondialisé. Voir, à ce porpos, le dialogue entre Coco et Ben Guigui dans la séquence du… casino, évidemment (çà n’aurait pas pu être une simple partie de carte dans un jardin). Séquence à l’image de tout cet humour bling bling surfait, qui sévit depuis trop longtemps dans un PAF toujours plus consensuel et noyauté, et qui dégorge ici presque dans chaque plan. Au moins, le bing bling d’un Miami Vice pose un regard sur les dérapages ou injustices d’une société. Voilà donc cet idéal posé en modèle social valable pour tout un chacun, modèle où les forme pensées sont consciencieusement modelées. Modèle d’un système obsolète actuellement à la veille d’une refonte. Dernière vomissure pathétique d’un mode de pensée déja révolu. Dans ce monde là, pas le choix, petit soldat, il faut de l’argent pour être quelqu’un, porter des bagues en or ou des Rollex pour être écouté, considéré. Tu rêves d’en arriver là parce-que c’est le seul horizon potable qu’on te laisse entrevoir? Eh ben travaille, alors! Travailles encore, et travaille toujours. Jusqu’à 75 ans! Tu peux être le dernier des cons, humainement parlant, si t’as du pognon, pas de problèmes on te fera des courbettes. Système inégalitaire de nababs porté au pinacle par du divertissement même pas frais!
Ce film aurait pu n’être qu’un obscur nanar de plus si son réalisateur n’avait pas fait parler de lui en faisant appel à son pote-président, allez, on va dire au gouvernement français, pour ne surtout pas réaugmenter l’impôt sur les grandes fortunes. Le masque tombe… Rien de spécial contre les riches dans ces quelques phrases, juste le constat d’une société à deux vitesses. Faites de « connexions ». Quand l’acteur-réalisateur devient son propre personnage…
Le film nous gratifiera quand même de quelques « moments drôles », comme ce passage où la mère de Coco se trompe et dit M&M’s au lieu de SMS. … (-SOUPIR-)…
Oui Gad, l’analyse est intéressante car révélatrice du niveau d’évolution de notre société et de ses schémas de pensée dominants mais jamais au grand jamais je ne me ferais voler de 10€ pour voir mon intelligence subir ces assauts de ringardise dans le ventre d’une salle obscure, car, je peux le dire, ton film est vraiment trop…

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Franck.

2 Réponses to “Six pieds sous terre”

  1. […] L’argent, chacun en veut mais pourquoi? Eh ben… Euh attends coco… Meuuuuhh, “pour pouvoir payer mes factures, tiens”! ‘Bécile… […]

  2. […] portillon. Casting en diable, visez un peu les perles: du Gad Elmaleh par-ci (Palme d’or du comique de gesticulation), du Elie Semoun par là (Prix spécial du […]

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