La monnaie fondante

Comment sortir de la « trappe à liquidité », faire circuler l’argent dans l’économie pour relancer l’activité, en restaurant ce que les économistes appellent la vélocité monétaire ? Le Zimbabwe a mis en oeuvre une mesure radicalement iconoclaste qui pourrait somme toute fournir la solution désespérément recherchée par Bernanke et Geithner.

Dans la théorie monétaire standard, la quantité de monnaie en circulation joue un rôle fondamental. L’inflation est définie par la fameuse formule « trop de monnaie à la recherche de trop peu de biens. »

De fait, une deuxième variable joue un rôle clé, c’est la vitesse de circulation. Le même billet servira à de multiples transactions. La même quantité monétaire pourrait donc théoriquement donner lieu à un nombre infini d’échanges… ou à un nombre nul, si la vitesse se ralentit jusqu’à zéro, c’est à dire si tout le monde thésaurise.

Ce ralentissement est celui constaté lors des situations dites de « trappes à liquidité » qui s’installent lorsque l’épargne de précaution s’accumule sous forme liquide, au détriment de la dépense, donc de l’activité, donc de l’emploi, donc des revenus, donc de la dépense…etc dans une spirale baissière sans fin.

Concrètement, les centaines de milliards mis à disposition du système financier n’en sortent guère. Les banques se constituent un confortable matelas, et de plus n’ont pas confiance dans la solvabilité future des emprunteurs.

Si la variable quantité devient inopérante, pourquoi ne pas alors tenter d’influer sur la vitesse ? Comment ? En réinventant la monnaie fondante, qu’avait préconisé au début du 20ème siècle Silvio Gesell, pour l’Argentine alors confrontée à une situation semblable.

C’est en tout cas la solution radicale que met en oeuvre la Banque Centrale du Zimbabwe, en imprimant des billets à validité réduite (par exemple valable jusqu’au 31/12/08, voir la photo de l’article original).

in Contre-Info 24/04/2009

Nicolas

11 Réponses to “La monnaie fondante”

  1. qui créerait cette monnaie fondante?

    • larocheauxloups Says:

      La réponse est dans l’article: les banques centrales des Etats et non les organismes de crédit privés.

      Franck.

  2. Celui qui thésaurise ne nuit à personne. Le gain d’une banque de crédit est la masse monétaire multipliée par le taux d’intérêt. Cela profite donc à la Banque qui a émis cette monnaie thésaurisée.

    • larocheauxloups Says:

      Détrompez-vous. Le système économique de type spéculatif actuel est fondé sur le principe de circulation incessante des flux. Un flux monétaire qui s’arrête est synonyme de mort économique pure et simple. Thésauriser va à l’encontre de ce principe de base.

      Vous n’avez apparemment pas lu les travaux d’André-Jacques Holbecq et Philippe Derruder. De nouveau, je vous en recommande chaudement la lecture, cela pourra répondre à vos questions.

      Franck.

  3. Je soutenais que la thésaurisation ne nuit à personne. je le soutiens encore. La circulation de la monnaie est un conséquence des échanges. Les échanges marchands produisent de la richesse. Ces échanges conduisent à la circulation des moyens de paiements. Mais cette circulation de la monnaie est une conséquence et non pas une cause du fonctionnement de l’économie.
    Votre argument soutient que la thésaurisation irait « à l’encontre d’un principe de base ». Le principe de base n’est pas la nécessité de la circulation de chaque unité monétaire.

  4. larocheauxloups Says:

    Soutenez ce que vous voulez, restez campé sur les positions que vous voulez sans vous rendre à l’évidence, je sens poindre la discussion stérile comme il y en a eu quelques unes ici et ailleurs sur le net, paradis de l’anonymat confortable, et qui démarrent toujours de la même manière. Sachez cependant que ce que vous dites devait être vrai encore au début du XXème siècle. Sauf qu’aujourd’hui le système économique s’est inversé. De marchand, il est passé à spéculatif. L’économie est devenue boursière pour très grande partie. Le schéma est simple:

    1) avant l’ère industrielle, en gros, l’économie pouvait se schématiser ainsi:
    MARCHANDISE –> ARGENT –> MARCHANDISE
    À savoir que l’argent ou la masse monétaire était un intermédiaire, un medium (littéralement « au milieu de ») qui servait à acquérir des marchandises ou des biens physiques. On produisait une marchandise pour en tirer profit et ainsi investir ou améliorer sa production ou son quotidien. C’est toujours vrai mais…

    2) … aujourd’hui il y a un acteur en plus: les cours boursiers. La valeur réelle des marchandises a toujours fluctué selon les événements ponctuels ou les contextes politiques mais aujourd’hui, les marchés boursiers permettent de faire varier ces valeurs de manière infiniment plus rapide, donc de plus en plus coupée du réel. Les fonctions régaliennes d’émission monétaire via les banques centrales étatique étant maintenant dévolues aux banques commerciales pratiquant l’usure, cela qui implique le schéma suivant, qui veut que l’économie fonctionne beaucoup plus sur ce mode:
    ARGENT –> MARCHANDISE –> ARGENT
    C’est-à-dire que la production d’une marchandise n’est plus qu’un prétexte pour créer de l’agent à partir de l’argent, c’est-à-dire générer encore plus d’argent à partir d’un capital de départ. Le système économique d’aujourd’hui a donc FONDAMENTALEMENT changé de philosophie.

    La crise des subprimes américaines de 2008 en est un exemple extrême, certes, mais c’est lui qui a mené a une mini dépression financière, à savoir que des crédits étaient sans cesse accordés à certaines personnes en misant sur le remboursement à terme de crédits accordés à d’autres personnes. Un procédé mortifère qui ne survit que par la circulation artificielle de fonds qui n’existent pas en soi à la base mais qui se récupèrent par le jeu des remboursements croisés.

    En France, les banques sont beaucoup plus prudentes pour prêter et prennent plus de garanties mais le principe de création de la monnaie est exactement le même, l’argent est créé ex-nihilo, c’est-à-dire à partir de rien.
    L’argent étant détaché pour grande partie du réel (car la masse monétaire fiduciaire, c’est-à-dire les billets et les pièces, ne représentent qu’environ 7% de la masse monétaire totale), il circule constamment sur les marchés des valeurs financières pour créer du bénéfice, de manière complètement virtuelle. C’est ce qui se passe avec l’agent qui « dort » sur les livrets A ou autres compte d’épargne.

    L’argent ne stagne JAMAIS, il est TOUJOURS en mouvement pour toujours rapporter plus, joué par les traders employés par les banques. C’est la réalité, même si on ne vous le dit pas. Les scandales qu’il y a avait eu avec les pertes colossales de la Société générale et, dans une moindre mesure, de la Caisse d’épargne au jeu dangereux du boursicotage est une réalité que n’ont pas pu masquer ces deux banques.

    Ainsi, la circulation monétaire n’est plus, comme vous dites, la conséquence d’échanges matériels (qu’ils soient de service ou de biens) mais prévaut à ceux-ci. C’est, je vous l’accorde, toute la complexité du système et sa difficile compréhension mais, comme nous disait notre professeur d’économie en 1993: « Vous savez, aujourd’hui, l’argent ce n’est plus que du bit informatique ». 1993, donc…

    Franck.

  5. Un économiste étudie l’action humaine. Un individu décide d’agir uniquement s’il y voit un avantage, du moins selon ses valeurs. Chaque action humaine économique est un échange de biens, un échange des droits de propriété.

    C’est ainsi qu’un économiste doit définir juridiquement les concepts qu’il utilise. Pour moi, la monnaie est une promesse de l’Etat, via la Banque Centrale que mon billet de banque conservera sa valeur, que cette unité monétaire a bien une valeur. Et cette valeur existe puisque je peux acheter avec mon billet. L’Etat ainsi tenu sa promesse que mon billet conserve sa valeur.

    Quelle serait votre définition de la nature de la monnaie?

  6. larocheauxloups Says:

    Ecoutez, j’entends tout à fait que le principe d’économie stricto sensu découle d’un échange humain. Mais chaque acte économique n’est pas forcément un échange de bien, il peut-être un échange de service.

    Le problème est qu’aujour’hui l’économie s’est financiarisée et s’est complexifiée à un point tel qu’on a toujours un peu de mal à en cerner les limites. Votre point de vue sur la monnaie en est d’ailleurs un exemple. Parce-que, et c’est ce que j’expose précédemment en ne faisant que reprendre modestement les propos bien plus développés de gens comme André-Jacques Holbecq et Philippe Derruder auxquels je vous renvoie d’urgence une nouvelle fois, c’est que cela fait longtemps que la monnaie n’est justement plus du tout une promesse de l’Etat (pour reprendre vos propos). Ce sont des émissions de crédits émanant d’organismes privés (assurances, banques, etc…). L’émission d’argent ne dépend plus de l’Etat.

    La valeur d’une monnaie, par exemple l’euro, n’a été fixée qu’en fonction des autres autour, qui elle-même dépend de la répercussion très complexes et parfois indirectes du cours des actions de grands groupes, ou encore d’événements quelconque ou des fluctuations des marchés financiers.

    Effectivement, je pense que tout individu agit de manière autonome pour son intérêt propre. Mais en partie seulement car l’on sait bien aujourd’hui, et cet élément entre en compte dans la complexification de l’économie due à la virtualisation de celle-ci, que les besoin peuvent être créés à force d’omni-présence médiatique dans la vie et le champ culturel de ces mêmes individus. Par exemple, je veux ardemment acquérir la nouvelle paire de Nike fabriquée par des pakistanais ou des ch’tites n’enfant thaïlandais à pas cher de l’heure parce-que je la vois tous les jours dans ma télé pendant deux mois, ou encore dans les 2000 affiches publicitaires que mon regard va croiser quotidiennement en milieu urbain.

    Tout cela participe aujourd’hui du schéma économique qui ne peut plus se résumer naïvement à un simple échange qui créerait de la richesse. De la richesse pour qui, au final? Certainement pas pour les Etats au premier chef. L’économie est aujourd’hui maintenue dans la même philosophie d’achat compulsif, c’est-à-dire répété mécaniquement, via les circuits de communication (internet, télé, presse écrite, radio), à grand renforts de budgets pharaoniques. L’économie ultra libérale est fondée sur le mouvement perpétuel pour masquer ses gouffres. Elle est condamnée à générer toujours plus de crédits pour créer de la monnaie à partir des intérêts de créances ou de dettes d’Etats. Et comment maintenir cet état d’envie d’achat perpétuel chez le consommateur? En créant des besoins de toutes pièces, un état de manque artificiel qui va se focaliser sur un « nouveau produit » dont le dit consommateur n’aurait jamais imaginé deux secondes avoir « besoin » avant que le dit produit n’apparaisse.
    Donc la notion d’échange réciproque et d’enrichissement mutuel, ou en tous cas multilatéral, n’est plus aussi évidente qu’il y a peut-être encore 40 ans, et l’acte d’achat peut-être encore moins volontaire. Aujourd’hui, on aurait plutôt un rapport unilatéral de type autoritaire. J’ai un peu de mal à voir l’échange économique dans une telle structure sociétale.

    Quant à la nature de la monnaie, la question est un peu floue et demanderait précisions.

    Franck.

  7. 1. L’échange commercial crée de la richesse. Je formule une démonstration dans mon article http://gidmoz.wordpress.com/2011/03/13/creation-de-richesse-dans-un-echange-commercial/

    2. La nature de la monnaie me semble parfaitement claire. je vous invite à lire mon article http://gidmoz.wordpress.com/2011/03/02/la-monnaie-pseudo-obligation-de-letat/

    3. Holbecq connait des mécanismes de création de monnaie. Il les expose bien. je le lui ai dit. Néanmoins, il a commis une erreur sur la création monétaire des intérêts à payer par l’emprunteur. J’explique cette erreur dans mon article http://gidmoz.wordpress.com/2011/03/11/le-paradoxe-des-interets-manquants/

    4. La science économique me semble cohérente et n’avoir aucun « gouffre ». Les processus y sont logiquement explicables. Néanmoins, l’endettement des grands États fait peser une menace pour la stabilité de l’activité économique.

    5. L’échange économique est fondé sur le contrat, c’est à dire sur le consentement. Je n’y vois aucun comportement qui serait « autoritaire ». Seul l’État agit dans la contrainte et dans l’autorité.

    • larocheauxloups Says:

      Intéressant, certes…

      Mais, encore une fois (j’ai la bête d’impression de faire le perroquet dans un débat qui, en fait , n’en est pas un puisqu’apparemment vous « démontrez tout »), il me semble que vous théorisez (parce-qu’il ne s’agit que de çà) en ayant loupé un épisode essentiel. Il y a la vision théorique de l’économie que vous exposez, et j’ai l’impression de revenir dans mes cours magistraux de terminale, mais qui fait malheureusement l’impasse sur tout ce qui se passe autour. La compréhension de l’économie, et surtout de son évolution (et surtout de son évolution depuis les Révolutions industrielles) fait partie d’un tout.

      Oui, l’argent est un système de valeur représentant symboliquement la valeur des choses (produites par l’Homme ou naturelles). Oui l’argent a été créé à la base par les appareils d’Etat, comme les assignats de Robespierre et la Ière République.

      Seulement il faut réviser un peu son histoire avant de théoriser. En effet, la banque centrale des Etats-Unis est une banque privée depuis 1915. C’est sous le mandat du président Wilson que ce transfert s’est opéré, Wilson, dépité, disant lui-même de son geste qu’il avait vendu son pays.
      Ensuite le Président Nixon, en 1974, supprime l’étalon-or pour ne donner au dollars qu’une référence à lui-même, c’est-à-dire rien. Pendant ce temps-là, c’est au président français Georges Pompidou, ancien employé des Rockefellers, que nous devons le fait que les Etats ne peuvent plus émettre de monnaie eux-mêmes via la planche à billets. C’était au cours d’une des premières séances de la Comission Trilatérale (Europe – E.U. – Japon), organisation internationnaliste opaque répondant de l’ultralibéralisme. Cette fonction régalienne des Etats est désormais dévolue aux organismes de crédit privés pratiquant l’usure, d’où les notions récentes de dettes nationales sans fin. Si vous y voyiez une quelconque notion « d’échange » là-dedans, faites-moi signe!

      Il n’y a pas qu’André-Jacques Holbecq qui parle de çà, écoutez Jacques Cheminade, François Asselineau, Pierre Hillard ou, dans une moindre mesure, Pierre Jovanovic. Des pensées un peu alternatives, certes, mais intéressantes.

      De plus, comment peut-on encore aujourd’hui baser une théorie sur le simple billet de banque alors que ce type de monnaie dit fiduciaire, ne représente qu’au maximum (je n’ai pas les chiffres exacts en tête), 10% de la masse monétaire en circulation dans le monde. Mais la cécité volontaire est bien la pire des censures.

      Franck.

  8. 1. Vous dites que l’économie fait partie d’un « tout ». Ce « tout » est indéfinissable par quiconque. Ou plutôt, chacun peut légitimement avoir une définition différente de ce « tout ». Il est illusoire d’analyser des processus sur un concept aussi flou. Il est plus logique de constater que l’échange commercial crée de la richesse. Que cette richesse est souvent mesurable. Que chacun s’enrichit dans un échange commercial.

    2. Vous dites que « l’argent est un système de valeur ». Non, il st inutile de parler d’un concept philosophique de « système de valeur ». L’argent se définit très concrètement. L’argent a de la valeur parce qu’il est une promesse de la banque que l’a émis. Au 19e siècle, cette promesse était d’échanger la monnaie contre de l’or. Au 21e siècle, la monnaie est une obligation politique de l’État.

    3. Vous dites que la monnaie serait une « fonction régalienne ». Je ne suis pas d’accord. La monnaie fonctionne mieux lorsque l’État ne s’en occupe pas du tout. Seule la cupidité de l’Etat explique que l’État tente de monopoliser la monnaie. Mais aucune raison économique ne justifie le monopole monétaire de l’État.

    4. Les banques commerciales ne pratiquent pas l’usure. Elles sont en concurrence. Chacun peut créer sa banque librement. Celui qui jugerait que le taux d’une banque serait trop grand, peut proposer une offre concurrente moins chère. Cette concurrence garantit que nul banque n’impose son taux à son client.

    5. Vous parlez de dette nationale sans fin. Oui, l’État s’endette sous la pression des lobbies qui demandent toujours plus d’argent. Le dette de l’État est prêtée, in fine, par la Banque Centrale émanation de l’État. les banques de second rang n’y sont pour rien dans cette irresponsabilité de l’État.

    6. Oui, tout prêt bancaire est un échange. La banque donne des créances à très court terme, c’est a dire la monnaie. Et l’emprunteur donne une créance à long terme, c’est a dire sa reconnaissance de dette.

    7. La monnaie est une promesse de la banque. Cette promesse est sous la forme de billet, de pièce ou de compte bancaires. Ce sont trois formes matérielles prouvant l’existence d’une promesse de la banque. Il n’y a pas de différence de nature entre un billet de banque et la monnaie sur un compte bancaire. Ce sont des promesses.

    8. Vous avez raison de dire que je démontre tout ce que je dis. Vous pouvez tenter d’invalider mes démonstrations.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :