Etre de gauche

Tribune de Pierre Sauvageot, compositeur, chez les confrères de Rue 89, à propos de la loi Hadopi. Sans commentaires.

Cinq artistes prestigieux viennent de voler au secours de la loi Hadopi. C’est leur droit, même si nous savons que beaucoup d’autres artistes pensent que cette loi est inadaptée face au formidable bouleversement intellectuel et industriel que provoquent les nouveaux modes de communication, et qu’elle est par ailleurs parfaitement inapplicable.

Le fait nouveau est qu’ils ne viennent pas alimenter la discussion sur le sujet, mais s’en prennent au PS qui s’oppose à cette loi, en prétendant être les vrais dépositaires des valeurs de la gauche.

Et donc « être de gauche » serait mesuré à l’aune unique du débat sur Hadopi. Peu importe de protester contre les coupes sombres effectuées dans le déjà petit budget de la Culture, contre la quasi-disparition de tous les budgets d’action culturelle en direction des établissements scolaires ou des quartiers, contre le court-circuitage du ministère par la mise en place d’un Conseil de la création artistique choisi par le président, contre la nomination du président de France-Télévisions par le président…

Mais tous ces combats, de gauche pour sûr, ne sont peut-être pas assez nobles pour les artistes prestigieux. A moins qu’ils ne les concernent pas directement.

La question de la gratuité de la culture, de la place de la culture sur l’Internet sont des questions complexes qui remettent en cause les équilibres économiques, sociaux, intellectuels et artistiques actuels. Depuis quarante ans, nous assistons à une privatisation de tous les pans de la vie sociale, à la disparition de l’échange, de la solidarité, du partage.

Or c’est vers la culture que se développent le désir de gratuité, de l’accès libre, la logique du partage. Pour nos artistes, instaurer des mesures répressives purement hexagonales serait la bonne réponse « de gauche » à un tel mouvement de société.

Etre de gauche, c’est se saisir de ce mouvement vers la démocratisation culturelle, tout en réinventant une économie de la création et des créateurs.

Etre de gauche, c’est porter à l’échelle européenne le débat entre soif de culture et financement de la création.

Etre de gauche, c’est développer la diversité culturelle qui existe par le financement public et par… le partage sur Internet.

Etre de gauche, cela serait proposer que les droits des auteurs prestigieux viennent financer les artistes émergents.

Etre de gauche, c’est ne pas confondre ses intérêts personnels avec les intérêts collectifs.

Ne voir que ses parts de marché dans ce débat est non seulement aveugle, mais surtout terriblement conservateur.

Pierre Sauvageot

© Rue89 – mai 2009

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