Dévoration

Je suis d’une génération sans idéals, consommatrice de musiques comme du reste. Les suivantes sont dépendantes de minuscules objets sans lesquels elles deviennent hébétées, esclaves grumeleuses. La France du XVIIIe siècle aurait-elle connue la Révolution si elle avait consommé les anxiolytiques et les antidépresseurs qui l’endorment aujourd’hui ? Parmi les premiers qui doivent mourir, je le leur dirai, les producteurs et les concepteurs de ces jeux à l’intérieur desquels on vieillit, de ces émissions devant lesquelles on s’oublie, de ces séries qui nous tiennent lieu de communautés, de toutes ces images pavoisées à cause desquelles on parvient à renoncer, les actionnaires des firmes qui « soignent l’âme », tous ceux qui tirent profit de la destruction de l’esprit, cultivent la soumission riante, tous leurs alliés, tous les avides, Pouvoir, Argent, Famille, étriquée humanité, riquiquite humanitude. Comme je les hais. Ma haine, mon amour, tu te meus en moi comme un enfant, tu es la seule présence rassurante que je puisse éprouver avec confiance chaque jour, chaque nuit, à quoi m’ont-ils acculé. Mes musiques lourdes, saturées, broyeuses, moissonneuses-batteuses du « réel », explosifs hachés auxquels ne résistent aucun impensé, aucune de ces mesquineries dénervées, aucun pragmatisme irrationnel bringuebalant ses idéologies inhumaines, rien, des ondes annihilant les barreaux levés en masse autour de nous par notre conscience, notre conscience enfin de vous et de votre propagation, de votre Argent, de votre néant viral, de vos tachines impériales suçotant notre nectar et dont les larves éclosent dans des corps vivants au fond desquels elles s’étaient enfouies comme les monstres aliénés d’Hollywood, plus rien, rien qu’un sol nu et des hommes, non de haletants amputés, âpres appareillés et décents, généraux, rois, grassouillets encostumés, Cid appointés à la casaque instantanée, héros des grands livres et des magazines. Oh ma musique. Oh mes musiques. Sur l’écroulement se lève la haute-contre. Le violoncelle est le son de cette harmonie. Puis revient le silence.

Dévoration, de Louis Mandler. Critique superbe chez Divergences.

Nicolas

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