S’inspirer de la nature pour changer le monde

“Il faut changer fondamentalement nos façons de penser. Nous devons créer des chemins pour que nos enfants imaginent un futur différent afin qu’ils ne répètent pas nos erreurs”, explique Gunter Pauli.

“Aujourd’hui, on donne des prix environnementaux aux hommes d’affaires qui disent qu’ils vont polluer un peu moins. Mais il ne faut pas polluer un peu moins : il faut arrêter de polluer.”

Gunter Pauli est un industriel belge qui a lancé une société fabricant des produits biologiques pour la lessive et la vaisselle, Ecover. Son usine a été conçue pour être complètement biodégradable, tous les matériaux pouvant être démontés, réutilisés. Il innova même par exemple en payant ses employés, 50 centimes d’euros par kilomètre parcouru, pour qu’ils viennent en vélo à l’usine, jusqu’à ce que la justice belge le condamne pour cette initiative qui sortait des cadres du droit du travail… Il a tenu Ecover jusqu’à ce qu’il découvre que les produits qu’il utilisait (l’huile de palme notamment) étaient responsable de la déforestation et de la disparition des Orang-Outan en Indonésie. Il vendit alors son entreprise pour se consacrer avec l’aide de 300 chercheurs du monde entier à la recherche de solutions alternatives, rentables, non polluantes et créatrices d’emploi. Pour l’exposition universelle de Hanovre en 2000, il réalisa un pavillon (le Guadua Pavilion de Manizales) construit uniquement en bambou, afin de montrer que le bambou, le matériel de la pauvreté, celui avec lequel plus d’un milliards de personnes dans le monde construisent leur maison, pouvait être un matériel durable et de qualité. Un véritable acier végétal. Cette réalisation a changé le regard que les pauvres portaient sur ce matériau.

C’est par des réalisations comme celle-ci que Gunter Pauli a mis au point sa théorie et méthodologie de la “pollution zéro” qui a donné le nom de son Institut de recherche (zero emission research institute). Pour Pauli, on a trop exploité les facteurs travail et capital de la dynamique de la croissance mise au point par Adam Smith au détriment des matières premières qui sont gaspillées sous formes de déchets. Le développement durable c’est la capacité de répondre aux besoins de tous avec ce dont nous disposons. Chaque système naturel, dont il s’inspire totalement, fonctionne avec ce qui est disponible. Or depuis des années, notre économie, comme notre système financier, a fonctionné avec ce qui n’existe pas. Un système qui n’a cessé de produire du chômage, de la pollution, des déchets et de la pauvreté… Aujourd’hui, l’économie américaine gaspille chaque année 1 000 000 000 000 de dollars pour gérer ses déchets ! “C’est une folie !”, clame Gunter Pauli. “On ne met pas l’argent au bon endroit !”

Il faut en revenir à la satisfaction des besoins fondamentaux (l’eau, la nourriture, le logement, la santé, l’énergie, l’emploi, l’éthique) et stimuler l’entrepreneuriat dans ce sens. La science hélas n’est pas liée à la satisfaction de ces besoins fondamentaux. “Les systèmes naturels sont mon inspiration”. Nous nous devons de ne générer aucune polution, aucun déchet, aucun chômage…

De quoi avons-nous besoin pour arriver à une société durable ? D’abord, y croire. Avoir une pensée positive. Se dire que c’est possible. Il faut s’engager dans un apprentissage créatif pour comprendre comment fonctionnent les systèmes naturels et nous en servir pour que les transformations s’accomplissent. On a besoin d’une innovation massive et de nouveaux modèles commerciaux pour y parvenir. Mais dans les écoles de commerce, le modèle économique qu’on apprend consiste à investir plus et économiser un peu. Mais ce n’est pas le modèle des systèmes naturels. L’évolution nous apprend le contraire : il faut investir moins pour générer plus de création et de capital social pour que chacun contribue à l’écosystème. Nous ne pouvons pas accepter les dommages collatéraux que nous faisons peser sur la nature et sur l’humanité.

Mais Gunter Pauli veut être concret et montrer par quelques exemples forts, comment on peut transformer les choses.

La nature nous rappelle qu’il faut remplacer quelque chose par rien. Le système naturel cherche toujours à faire plus avec le moins d’énergie possible. Comment les systèmes naturels génèrent-ils de l’électricité tous les jours ? Ce n’est pas grâce au soleil comme on le croit souvent. Mais par la gravité et la biochimie. Les systèmes naturels n’utilisent ni piles, ni métaux. Comment peut-on résoudre le problème de la connectivité, si ce n’est en regardant comment la vie elle-même génère de l’électricité. Et de montrer le prototype du film d’électrocardiogramme (thin film electrocardiogram), un électrocardiogramme qui fonctionne sans batterie, comme un patch qui permet, en utilisant la connectivité naturelle du corps, de fonctionner pendant 24 heures, sans piles, sans fils. Oubliez les technologies qui ont besoin de trop d’énergie pour fonctionner comme le Bluetooth. Faisons tout sans pile. Les prothèses auditives, les téléphones mobiles peuvent fonctionner par la conductivité naturelle que nos corps produisent. Comment le dispositif nanométrique inventé par le professeur Jorge Reynolds qui permet de récupérer de l’électricité dans nos corps et nous permettent d’imaginer bientôt des Pacemakers ne nécessitant ni chirurgie, ni anesthésie, ni pile pour fonctionner… Le Fraunhofer Institut est en train de produire le premier téléphone mobile qui fonctionne en convertissant la pression générée par la voix en électricité ! On peut créer de l’électricité avec le corps (60 volts/heure) ou par la pression de la voix et cela permet d’envisager de faire fonctionner un téléphone mobile pendant plus de 200 heures ! Plus vous parlez, plus votre téléphone est chargé !

Mais on peut aller plus loin encore ! Peut-on faire du métal sans fonderie ni exploitations minières, c’est-à-dire sans la chaine industrielle que nous avons conçu jusqu’à présent et qui n’est absolument pas durable. Pourrait-on exploiter du métal juste en récupérant le métal existant ? A quoi servirait une place de marché de compensation des émissions de carbone comme l’imagine le protocole de Kyoto, si on peut réduire de 99 % nos émissions de carbone ?

Autre exemple. Comment les systèmes naturels produisent-ils des polymères ? Ils sont fabriqués à partir des acides animés d’insectes par exemple depuis des millions d’années. Si nous étions capables de fabriquer des polymères comme le font les insectes plutôt que d’utiliser la pétrochime, nous arriverions à révolutionner profondément la production. Gunter Pauli défend ardemment le biomimétisme. Aujourd’hui, on utilise la soie pour faire des réparations nerveuse ou osseuses. L’arraignée est capable de produire 9 types de soies différentes, avec des qualité de résistance différente selon l’eau qu’elle y incorpore. Fritz Vollrath a produit la première usine produisant du fil comme l’arraignée en utilisant des acides aminés et la pression. On utilise 100 000 tonnes d’acier pour fabriquer des rasoirs jetables, alors que la capacité de la soie pourrait nous permettre de nous raser sans jamais pénétrer la peau. On pourrait remplacer l’acier et le titane de nos lames de rasoirs par de la soie, ne nécessitant ni pétrole, ni énergie, ni déchets. Un hectare de murier permet de produire 2 tonnes de soie. La Chine ancienne a travailler à regénérer des sols arides en y plantant des mûriers dont la soie a été le sous-produit. Pour fabriquer des rasoirs avec de la soie, il faudrait planter des mûriers sur 250 000 hectares de sols arides qu’on pourrait reconquérir par ce moyen et on pourrait générer plus de 12 500 emplois. Au final, l’observation et l’imitation des systèmes naturels pourraient nous permettre de générer des polymères naturels, conquérir des terres arides et créer des emplois !

Autre exemple encore. Remplacer la chimie par la physique… Les systèmes naturels ne jouent pas avec les molécules non biodégradables. Or, si on se débarrasse de toutes les bactéries avec de la chimie, nous risquons surtout de finir par nous débarrasser de toute l’humanité ! Comment les systèmes naturels contrôlent-ils les bactéries, sans utiliser le chlore et les produits chimiques ?… On pourrait imaginer utiliser le vortex, la pression que génère un vortex, comme le fait Realice, un système qui créé de la glace en enlevant l’air (l’eau glace plus facilement sans air). Sans air, pas de bactérie, pas de corrosion… Très rapidement (trop), Gunter Pauli a évoqué la climatisation naturelle du zèbre ou des termitières (en citant une école en Suède où l’air circule sur le modèle des termitières pour faire de la régulation thermique naturelle). Les systèmes naturels savent comment refroidir et réchauffer… Autre exemple encore : nous avons pris l’habitude d’incinérer les déchets organiques, alors que dans les systèmes naturels, ils deviennent des aliments. Dans le café par exemple, ont trouve seulement 0,2 % des graines de café dans un petit noir. 25 millions de fermes produisent du café dans 70 pays dans le monde. L’initiative Chido’s Blend au Zimbabwe consiste justement à utiliser les déchets du café pour créer de la nourriture pour animaux ou de l’électricité. Autre exemple encore évoqué trop rapidement, celui de “Las gaviotas en el Vichada”. Ici, le projet était de reconquérir des territoires qui ont subis la déforestation en régénérant une forêt primaire. Ce programme lancé depuis 25 ans est le plus important programme de reboisement dans le monde. Il a permis de montré qu’on pouvait régénéré de la biodiversité. Sur cet espace, nous sommes passé de 11 à 250 espèces. La forêt génère une production naturelle d’eau offerte gratuitement à la population locale et pour partie embouteillée pour être revendue ailleurs et générer des revenus… Ce territoire a été acheté pour quelques dollars et génère aujourd’hui des revenus pour toute une population, souligne Gunter Pauli pour montrer que le modèle économique est sensé.

Impressionnante intervention en tout cas, qui nous fera nous précipiter, pour ceux qui ne l’ont pas déjà lu, sur les livres de Gunter Pauli pour aller plus en détail et plus en profondeur dans sa vision.

Hubert Guillaud © FING 20/06/2009

3 Réponses to “S’inspirer de la nature pour changer le monde”

  1. Auprès des Rois , Hauts Centenaires ,
    Dans La Nature , elle était Reine .
    Au pied des Chênes , l’Hors d’un Hiver ,
    Le vent chantait une vieille Balade ,
    Dans un Redoux de veines Lumières,
    J’ai pris le Temps d’une Promenade ,
    De voir les Songes venus de Mère .
    Une Arche former un Pont de Pierre ,
    Et le vieux Lierre , une robe de Jade.
    NéO~

    Voici le Lien d’un Beau Chemin.

    http://drenagoram4444.wordpress.com/2011/01/18/l-hors-dun-hiver-en-terres-de-songes/

  2. larocheauxloups Says:

    Très beaux textes, merci.

    Franck.

  3. Bonsoir,
    Mais de Rien , c’était un Lien ,
    Comme un Echo à Mère Nature 🙂
    NéO~

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