Autogestion contre spéculation

Les Sociétés coopératives de production (Scop) remettent l’économie au service de l’homme. Les salariés sont même propriétaires de l’entreprise et se répartissent les bénéfices. Incroyable, non ?

En 1791, un patron philanthrope britannique, Robert Owen, met en pratique la redistribution équitable des bénéfices dans sa filature et accorde une place centrale à l’éducation des ouvriers. Face à l’essor de la révolution industrielle et du capitalisme moderne, les ouvriers britanniques s’organisent en coopératives. La première est fondée en 1844 par des tisserands à Rochdale près de Manchester : la société des Equitables pionniers. Les principes adoptés inspireront le mouvement coopératif dans toute l’Europe : la démocratie (un homme égale une voix), la ristourne (redistribution des profits à ceux qui participent à l’activité et pas aux détenteurs du capital), la libre adhésion et l’éducation apportée aux adhérents. Parallèlement, les premières coopératives de crédit, qui évitent aux paysans de s’endetter auprès des banques en cas de disette, voient le jour en Rhénanie. En France, la lente industrialisation et la persistance de petits ateliers favorisent l’émergence de coopératives de production. « L’association », regroupant des corps de métiers, apparaît comme une manière d’échapper au salariat. Le mouvement coopératif connaît ses heures de gloire : « A chacun selon ses besoins », lance Etienne Cabet après la révolte des Canuts à Lyon ; Proudhon planche sur l’idée de « banque du peuple » ; Louis Blanc tente d’institutionnaliser les associations ouvrières ; la féministe Flora Tristan parcourt la France industrielle pour fonder son « union ouvrière ». En 1920, la France compte 4000 sociétés coopératives regroupant 6 millions de coopérateurs. Charles Gide, co-fondateur, entre autre, de la Ligue des droits de l’homme, prône sa « République coopérative ». Mais le mouvement coopératif n’échappe pas aux divisions et à la lutte que se mènent révolutionnaires et réformistes. Il est combattu par les totalitarismes, en Allemagne, en Italie et en URSS. Après-guerre, « l’économie sociale » renaît avec les « communautés de travail » dans la région de Valence, ou les expériences d’autogestion mises en oeuvre à Marseille dans les entreprises dont les dirigeants ont collaboré. Après Mai 68, la forme coopérative s’étend aux métiers de la culture. Puis la domination du capitalisme financier, l’individualisation, l’avènement de la grande distribution réduisent la coopération à sa portion congrue, même si nombre de structures (société de crédits, mutuelles, coopératives agricoles) sont censées en être les héritières. Symbole de ce déclin, La Verrerie ouvrière d’Albi inaugurée par Jaurès en 1896 a été rachetée par Saint-Gobain un siècle plus tard. Mais l’histoire n’est pas terminée : chaque crise sociale et économique s’est traduite par un regain de coopération…

Plus d’infos :

Les Coopérateurs, deux siècles de pratiques coopératives, Patricia Toucas, Editions de L’Atelier, 430p, 50€

L’économie sociale de A à Z, Hors série pratique d’Alternatives Economiques, 9,5 €

L’article complet : http://www.bastamag.net/spip.php?article56

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