Pétitions, pièges à cons

Faire une pétition, la signer pour montrer sa colère, son opposition, son coup de gueule, à quoi ça sert finalement ? Un gaspillage de papier au mieux, un brassage de vent au pire. Qui s’intéresse vraiment à la pétition qu’il signe ? Ce sont toujours des thèmes banals et tellement évidents que personne ne peut refuser de signer la pétition proposée. Qui peut soutenir la faim dans le monde ou l’épidémie du SIDA ?

La pétition dans son principe même est une perte de temps, rares sont ces bouts de papier qui ont eu une véritable force capable de changer quoi que ce soit à la marche du monde. On a dit longtemps que les politiciens y portaient un regard particulier, soucieux de leur image de marque et de leur réélection. Mais leur légitimité puise sa force dans leur élection : un bulletin de vote a un poids démocratique et républicain, c’est le choix des électeurs, malgré les pressions et autres manipulations possibles. La pétition n’est que la représentation d’un avis populaire, d’un point de vue de la foule sur des phénomènes qui la dépassent.

La pétition est une émotion vécue par le peuple qui alerte maladroitement ses édiles sur des thèmes importants à ses yeux. Elle n’a vocation qu’à être un signal, sur un sujet précis. Signer une pétition contre la faim dans le monde est absurde, tant le sujet est complexe et mondial. Signer une pétition contre une antenne-relais sur le toit d’une école est un signal fort envers un maire ou un député. Mais il existe des moyens plus efficaces pour faire savoir ses griefs aux dirigeants que nous avons élus. Tel est le principe de la démocratie après tout : le peuple choisit.

Et le peuple de citoyens doit montrer son intelligence envers ses dirigeants. Envoyer des kilos de papiers noircies de milliers de noms, prénoms et signatures n’élève pas le débat démocratique. La pression du peuple se joue dans les urnes, pas par la Poste. Savoir communiquer avec nos dirigeants s’apprend, mais s’avère nécessaire au fonctionnement de la démocratie. En France, pays bureaucratique, nous avons trop l’habitude de s’appuyer sur le papier, graal de l’usage politique. D’autres solutions plus dynamiques existent, dont la démocratie participative. Derrière un nom pompeux et maintenant galvaudé depuis les dernières présidentielles, se cache une réponse fondamentale à la politique de l’autruche citoyenne. S’engager véritablement dans le fonctionnement démocratique, en réunions locales pour communiquer et faire remonter ses griefs, remarques et désirs du local au national.

Utopie politique ? Non, juste un manque de volonté des citoyens bien assis dans leurs fauteuils d’occidentaux. Nous avons des problèmes plus importants à régler que la politique ? Oui, bien sûr, mais ceci n’empêche pas cela. Ailleurs, des êtres meurent de faim, de soif, de coups, de torture sous des régimes plus violents ou coercitifs. En sommes-nous là en France ? Non. La mollesse citoyenne est juste un symptôme. Nous sommes désabusés de la politique ? Il n’y a pas de fatalité. Le citoyen doit se prendre en charge au lieu de toujours pleurer, les politiciens ne viendront pas le chercher et le prendre par la main. Nous ne sommes plus en cour de maternelle.

Nicolas

Une Réponse to “Pétitions, pièges à cons”

  1. larocheauxloups Says:

    Le problème est: tant que les individus s’indigneront par l’intermédiaire d’un clic de souris plusieurs heures par jour sans rien faire d’autre ou par le biais d’une pétition inefficace, c’est sûr que rien ne bougera. On aura beau avoir conscience d’une certaine marche du monde qui va dans le mur, on votera toujours pour elle! La problématique du vote est qu’il est aujourd’hui totalement fonction de l’acte de communication, donc du prisme des médias et de ce que ces derniers veulent bien nous montrer du monde (les faits divers) et de comment ils nous le montrent (de manière émotive et non analytique).
    Une pétition est un acte spontané déclenché par certains sur un sujet ou événement déterminé (ou un ras-le-bol) et qu’on décide de suivre ou non. C’est donc, tout comme l’expression libre sur le net (donc en dehors du système de représentation codifié des médias) un indicateur des courants de pensée. On touche du doigt l’idée de participation du public à des décisions prises par les gouvernants totalement en désaccord avec la réalité des administrés.
    Mais comme la classe politique n’y attache aucune importance, puisque la notion de participation n’est pas de mise dans la culture politique de notre époque totalement lobyifiée, çà n’a malheureusement aucun impact particulier.
    Les pétitions ne font en fait que souligner le manque de participation publique dans les débats politiques et sociétaux et le besoin pressant qu’éprouvent parfois les citoyens à s’exprimer sur un sujet donné. Il n’y a pas à (-BIP-)er! Les administrés que nous sommes doivent participer au débat politique au lieu de le subir benoîtement tous les midis et tous les soirs lors de JT connivents. Et en cela, oui, l’on peut dire que nous n’en sommes encore qu’à l’Âge de Fer (à tous les sens du terme) de l’organisation politique.
    Sarkozy et sa cour ne sont qu’un effet miroir des logiques politiques et d’une façon de voir le monde appartenant au passé. Mais encore faut-il en avoir conscience et vouloir passer à autre chose.

    Franck.

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