Les étoiles de Compostelle

couv etoiles compostelleXIII° siècle. Les « essarteurs » vous prenaient une forêt chenue et, en vingt ans, vous en faisaient un versant fertile. Jehan le Tonnerre était de ceux-là, sauvages et farouches comme des chevreuils, tenus en lisière par les gens des villages, quand la curiosité et la fatalité l’ont mené jusqu’au chantier de construction d’une abbaye cistercienne. Et le voilà bientôt enrôlé par les Compagnons constructeurs, ces « Enfants de Maître Jacques », mystérieux « Pédauques » dont il fera partie après une longue initiation. Vincenot se fait plus que le chroniqueur de cette singulière aventure, à la fois mystique et quotidienne, des bâtisseurs de cathédrales : « Ces gens, ces pays, ces édifices, je les ai vraiment vus, touchés, respirés avec les yeux, les mains, les poumons de Jehan le Tonnerre… J’ai pensé alors que j’étais le « retour » de Jehan le Tonnerre, à sept cents ans de distance, dans le cercle d’Abred… »

Superbe résumé de 4° de couverture qui met goulûment en appétit et donne fébrilement envie de se plonger dans ce roman atypique et mystérieux.Henri Vincenot nous propose un livre fabuleux, truculent et initiatique, qui ne lâche plus le lecteur une fois les premières pages entamées. Vincenot, cet auteur aux multiples chefs d’oeuvre, longtemps rédacteur à La vie du rail, véritable Bourguignon « de la Montagne » où se déroule la majeure partie du roman. Une racine profonde, rurale, forestière, qui marque fortement l’histoire et l’environnement de Jehan le Tonnerre, jeune essarteur promis au dessouchage et au déboisement sa vie durant, happé par le compagnonnage des charpentiers qui coiffent les églises partout en construction dans l’Europe chrétienne du 13° siècle. Personnage central du roman de Vincenot, personnage attachant et terriblement naïf, qui découvre la vie, la religion et le monde à travers ses périples initiatiques.

Les étoiles de Compostelle, c’est d’abord l’écriture particulière de Vincenot, une écriture empesée, alourdie de termes techniques, architecturaux, nécessaires pourtant à la richesse sémantique et à la crédibilité des propos tenus. On ne forme pas un jeune apprenti (et par là-même le lecteur) avec des mots banals et courants. C’est encore une écriture lourde, profonde, difficile à maîtriser au début, sauvage, ardue à dompter. Une écriture vive et surannée, qui confère au roman un style inimitable qui embarque le lecteur dans un autre monde, un autre univers, la France du Moyen-Age, une France catholique, fille aînée de l’Eglise, traversée par un renouveau religieux via les croisades et les mouvements monastiques, une France encore celtisante, marquée par son passé gaulois, loin d’être unie et « française ». Un pays de montagnes bourguignonnes dur à vivre, où le labeur permet de survivre.

C’est ici que vit la Communauté, dont rien d’autre ne sera précisé, à part le mode de fonctionnement, simple et efficace : du communisme primaire, sans connotation politique, du Fournier en pratique, un phalanstère spontané, rejeté par les villageois. Jehan a 15 ans, et ne supporte plus cette ambiance étouffante. Curieux de nature, il surveille le nouveau chantier d’une abbaye, construite par des moins blancs au creux d’un val fertile, sous la direction d’étranges Compagnons marqués d’étranges sceaux. Aux côtés du Prophète, personnage énigmatique et truculent, Jehan observe le manège des bâtisseurs, et apprend les bases du Savoir. Un bien étrange personnage, ce prophète, nabot nauséabond, vieux et sénile, qui balance des bribes de Savoir peu à peu, montrant finalement l’étendue de ses connaissances. Et quelles connaissances ! Les Druides, les Celtes, tous ancêtres des Français, battus par César mais jamais véritablement défaits, mixant leurs cultures avec le catholicisme montant, mêlant au culte officiel leurs symboles et leur mythologie.

Une Connaissance fabuleuse, où le Prophète expose des révélations fracassantes, comment les symboles druidiques restent vivants, dans la pierre même des sanctuaires catholiques, ce qu’est la Vouivre, ce courant cosmique et tellurique des Celtes, comment les églises en sont la caisse de résonance, pour unir les Forces du Ciel et de la Terre, pour la régénération de l’humanité. Comment le catholicisme a adopté nombre de mythes et symboles celtes, comme la résurrection ou la croix, cette croix celtique, aux branches égales en un cercle qui les englobent, triple symbole de la Source, de l’incarnation terrestre et du Paradis. Et pourquoi les églises ne sont autre que des dolmens améliorés, ces temples primaires bâtis par les Atlantes rescapés, ces géants à la grande sagesse qui ont tout appris aux tribus celtes des côtes atlantiques.

Un Savoir fabuleux donc, que Jehan va affiner au contact des bâtisseurs, ces Compagnons qu’il rejoint bien vite en apprenti charpentier, parmi les Pédauques, portant symbole de la patte d’oie sur eux. Une initiation plus technique et en même temps spirituelle, au contact de l’architecture sacrée, apprenant la construction de la nave inversée au-dessus des murs montés par les Compagnons maçons. Une initiation longue et difficile, tant pour Jehan que pour le lecteur, mais tellement passionnante. Les démonstrations géométriques sont ardues mais fascinantes, et les Maîtres de Jehan tout autant. La dernière partie du livre constitue la révélation de Jehan, qui part rejoindre St Jacques de Compostelle en compagnie du Prophète, sur les traces des premiers géants Atlantes qui ont accosté sur les finis-terra européennes, là-bas en Galicie, mais également en Bretagne ou en Irlande. Un pèlerinage plein de surprises, où le but n’est pas celui auquel on pense… Et n’allez pas croire que la religion catholique est ici dénigrée, au contraire, la foi est universelle, et le Charpentier, comme le Prophète nomme Jésus le Christ, est un symbole puissant, malheureusement dévoyé par les hommes.

Un livre fort, qui prend au corps et aux tripes, un livre plein de Connaissances rares, à assimiler et à digérer, longtemps après avoir tourné la dernière page. Un livre qui sonne, et fait résonner en soi des échos lointains, quand la France n’était pas encore France, au plus profond de nos racines, parmi les druides, dans ce peuple celte aux multiples facettes, lointains échos qui survivent grâce à des personnages comme le Prophète, un être humain faillible et plein de contradictions, mais heureux de transmettre le Savoir, ce Savoir tant oublié et dénigré par nos esprits rationalistes ou religieux. Un Savoir qui ne s’offre pas mais doit se dompter et s’intégrer à soir, un Savoir généreusement donné au fil des pages de ce roman merveilleux. Serez-vous vous y ouvrir ?

Les étoiles de Compostelle
de Henri Vincenot

Nicolas

2 Réponses to “Les étoiles de Compostelle”

  1. larocheauxloups Says:

    La Gnose (Connaissance) ne s’est jamais tue mais, à un moment de l’Histoire, n’a pas eu d’autre choix que de se perpétuer à travers un symbolisme codé pour ne pas se faire totalement écrabouiller par l’anti-culture dogmatique qui s’installait. Mais du temps d’Héliopolis, en Egypte, c’était pareil: l’initiation était ardue et donnée à qui le voulait vraiment car elle confine au sacré, c’est-à-dire à la structure même de notre Univers.
    C’est tout l’art du « Gay Savoir », effectivement issu des druides mais qui le tenaient eux-mêmes des cultes égyptiens ou « autres », ce « Gay Savoir », donc, qui s’est transmis de manière voilée à travers l’architecture, la peinture (« Poussin et Teniers gardent la clé » nous disent les messages décodés des parchemins de l’abbé Saunière), l’héraldique (le codage des blasons de familles), d’ordres de la fin du Moyen Âge type Templiers fondés par l’érudit Bernard de Clairvaux et dont beaucoup de compagnons bâtissaient les commanderies et mobiliers, et, bien sûr, la littérature par le biais de la « langue siflée » de nos amis à plumes, à peu près phonétiques qui font bien rire les tenants rationalistes d’un Savoir tronqué parce-que voyant les choses sous un seul angle, mais qu’il est fondamental d’intégrer pour capter « l’Esmeralda » (l’émeraude) du Savoir Ultime et Spirituel, tombée du front de Lucifer (Porteur de Lumière), lui-même « tombé » dans la matérialité. L’Homme, quoi…
    Ouff!! Oui, les Anciens maîtrisaient certaines notions que l’on a un peu perdu aujourd’hui. Merci, la télé…
    Bon ba çà donne envie de lire ce livre, alors. Après TG :-).

    Franck.

  2. un très beau livre qui touche au Coeur…

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