Le cinéma en chiffres

Il y a quelques semaines, un teu-po m’a envoyé une sympathique liste comportant quelques données chiffrées à propos du cinéma. Plus précisément, il est question du total de ce qu’on gagné certains acteurs et actrices têtes d’affiche sur toute l’année 2009. Autant dire tout de suite que, quand on connaît l’état du porte monnaie moyen des ménage et celui des réserves bancaires en cash en ce moment, le désir nous presse de voir ce système de privilégiés en arriver plus rapidement à la déflagration. En tous cas çà peut faire rire aussi, tellement cette liste nous montre des gens arbitrairement mis sur un piédestal de tunes pas du tout en phase avec la réalité de la majorité de la population. Rire? Jaune, évidemment, mais rire quand même. Parce-qu’il vaut toujours mieux çà que pleurer…

Merci donc à Stéphane C. de soulever ces petits points de détails trop souvent gommés par le culte de la personnalité médiatiquement entretenu de ces stars. L’idôlatrie aveugle est tellement plus simple et moins dangereux pour le système en place que de favoriser l’avis personnel et autonome de chacun sur un acte artistique (qu’il soit film, peinture, gravure, ballet, travail sonore, etc…). Car l’art, ou les agrégats de médiocrité qu’on nous fait passer pour de l’art, est un marché juteux au cinéma et ce genre de Fiendler’s list est toujours vivifiant. A y’est, je sens la Rage monter d’un cran. Un p’tit Rage Against s’impose, donc (je choisis le dernier, Renegades), histoire d’avoir le feu sacré. Le populace veut des noms? Don’t worry!

Le salaire des acteurs français les mieux payés en 2009

1: Jean Dujardin : 4,4 millions d’euros

Jean Dujardin obtient 2 millions d’euros par film. Pour qu’ils puissent se faire, il réduit son salaire et mise sur des intéressements de 0,15 à 0,50 euro par entrée.

2 – Dany Boon : 3 millions d’euros

Il est à la tête de six sociétés très rentables.

3 – Sophie Marceau : 2,9 millions d’euros

Payée 765 000 euros par film. Son succès 2009: « LOL ».

4 – Kad Merad : 2,75 millions d’euros

« Safari »: 757 500 euros.

« Le petit Nicolas »: 1 million d’euros.

« RTT »: 1 millions d’euros.

5 – Guillaume Canet : 2,5 millions d’euros

Il a pris 800 000 euros par film en 2009.

6 – Mathilde Seigner : 2,1 millions d’euros

700 000 euros pour chacun de ses  trois films à l’affiche en 2009.

7 – Jean Reno : 2,09 millions d’euros

« Le premier cercle »: 2,095 millions d’euros.

8 – Gad Elmaleh : 1,93 million d’euros

A la tête de cinq sociétés, il s’est octroyé 4,18 millions de dividendes en 2009.

9 – Gérard Lanvin : 1,7 million d’euros

Il a été payé 300 000 euros pour avoir écrit le scénario de « Envoyés très spéciaux ». En tant qu’acteur, il a obtenu 700 000 euros.

10 – Audrey Tautou : 1,5 million d’euros

« Coco chanel »: 1,5 millions d’euros.

Le pétit commentaire de Steph qui suit (hé, hé, hé…):

Voilà, les mecs font deux films par an et gagnent plus que les joueurs de l’équipe de France de foot. Alors ceux qui disent que les footeux gagnent trop… (je ne me sens pas visé,là…) Oui, c’est vrai… Mais les acteurs qui en plus dans cette liste font principalement du film pour décérébrés du bulbe sont tous à mettre dans le même panier!! Et les chanteurs aussi, euh surtout Pagny hi hi (ouais, va régler ce que tu dois à l’Etat français, Florent, au lieu de nous casser les tympans chez Drucker!). Voilà c’est tout :). Non mais! Je te mettrais tout çà à l’usine, moi!!

Exact, mais les footeux restent toujours plus nombreux à toucher des sommes de oufs (rien qu’au Real, çà fait déja 22!). Donc « oui mais »…

En tous cas, je ne sais même pas si aucun d’entre nous arrivera à palper des sommes pareilles dans toute une vie de travail! Ce qui est proprement scandaleux. C’est clair que quand on voit Gad Elmaleh, on a juste envie de se barrer! Sont dernier spectacle était en affiche dans le métro récemment et portait le titre de Papa est en haut. Il le prolongeait, apparemment.

Et moi de rajouter dans ma tête: … de l’échelle sociale… Uh, uh, uh! Ouais, je ris tout seul. Mais c’est presque çà, l’histoire! Et en plus çà joue à guichets fermés…

Pour en revenir à nos moutons (de Panurge?), il faut savoir que, dans un premier temps, les exigences pécunières déplacées de ces gens plombent littéralement les budgets des film. En fait çà devient comme aux US, la tête d’affiche va être payée tellement cher que c’est en général rien de moins qu’un quart du budget de la production qui s’engouffre dans le porte monnaie de la seule « star » en question.
En France çà marche parfois de la façon suivante, à savoir que, dans les boîtes de castings, quand une production prend, par exemple, Pierre Arditi, on lui « suggère très fortement » de prendre aussi Sabine Azéma et peut-être André dussolier, Michel Blanc, etc… C’est pour çà qu’on a l’impression de voir toujours un peu les mêmes depuis 25 ans. Ce n’est que du calcul de rentabilité potentiel par rapport aux entrées salles, fondé sur la popularité du comédien auprès du public au moment où il fait le film. Ce sont des estimations faites dès le montage financier d’un film. Le principe est vieux comme Hérode: On place des têtes d’affiches pour s’assurer un minimum de rentrées. Même quand le film est mauvais (ce qui est souvent le cas dans un film à brochettes de stars).

C’est pour çà que lorsqu’un réalisateur réussit le tour de force de faire un film à petit budget qui se taille quelque succès avec des non-stars ou avec des stars mais sous-payées (enfin par rapport aux montagnes d’or outrancières qu’ils gagnent d’habitude ), il est très courtisé et les dites stars acceptent plus facilement de travailler « pour rien » quand ils tournent de nouveau avec lui par la suite. Le « pour rien » est, bien sûr, à remettre à l’échelle de la planète people. Mais ce type d’acceptation reste de l’ordre de l’exception qui surnage dans le système global de l’excès. Comme une sorte de soupape. Ben oui, la star se dit qu’étant donné qu’elle est payée comme un pape (ou une papesse) la plupart du temps, elle peut parfois se permettre un tournage à moins cher, voire gratos. Mais juste un. En plus, çà entretient l’image de marque comme quoi la « star » n’agit pas par intérêt et a une démarche totalement désintéressée. Bienvenue dans un monde de com… De toutes façons, le marché de la publicité, qui brasse littéralement des milliards, est toujours là pour rattraper un coup foireux. Un petit spot Chanel pour ravaler l’image de marque et vous obtenez une Nicole Kidman fraîche comme aux temps kubrickiens.

Mais parfois, il faut bien avouer qu’un acteur ou une actrice de premier plan peut soutenir par sa seule présence le film d’un jeune réalisateur pour lequel il a tourné par coup de coeur et, en général il ou elle se bagarre vaillamment pour en faire la promo en toute bonne foi. Je pense, par exemple, à Clovis Cornillac pour un film d’anticipation se passant sous terre, sorti il y a quelques années, Eden log. Un truc un peu fantastique sur les énergies nouvelles, bien dans l’air du temps, quoi. Malgré l’univers gigérien très développé, çà n’a pas vraiment marqué les esprits, faut bien le dire, plus personne ne s’en souvient. Mais là, effectivement, on avait un choix d’acteur tête d’affiche motivé par d’honorables raisons. Et qui n’a pas manqué de remplir son rôle de promoteur.

Aux US (décidément le pays de tous les contrastes), c’était arrivé à Quentin Tarantino ou moment où il montait le projet de Pulp fiction: des stars intergalactiques avaient accepté de tourner pour quelques centaines de milliers de dollars « seulement ». C’était le « prix à payer » pour avoir le plaisir de s’afficher dans le nouveau film de Tarantino qui, finalement, est devenu culte de lui-même et a, de surcroît, rafflé la Palme d’or 1994 à Cannes. On se rappelle que dans Pulp, il y avait quand même Samuel L. Jackson, Maria de Medeiros, Uma Thurman, John Travolta, Rosanna Arquette, Tim Roth et Bruce Willis. Rien que çà! C’était le contre coup de son film d’avant, Reservoir dogs où se répondaient déja une impressionnante brochette composée de Michael Madsen, Tim Roth, Harvey Keitel et Chris Penn dans un quasi huis clos incisif savamment monté.


Mais c’est unique avec Tarantino. Quand Soderbergh tourne sa trilogie des Ocean avec une brochette de stars, on peut imaginer que ces dernières sont toutes très bien rétribuées… En France quand on te fait des adaptations ineptes des romans cryptés de Gaston Leroux (Le mystère de la chambre jaune et sa suite Le parfum de la dame en noir) avec une brochette d’acteurs nantis (Pierre Arditi, Denis Podalydès, Sabine Azéma, Claude Rich, Olivier Gourmet, Michael Lonsdale, Zabou), c’est exactement le témoin de ce schéma de fonctionnement. Même s’il s’agit là de comédiens talentueux, voire géniaux, les boites de castings des stars vendent quasiment des « packages » d’acteurs. Et tout ce beau monde est entretenu dans la tête des gens par le surnombre des émissions de divertissement décérébrantes de type Arthur (sans ses minimoys!) ou, encore plus bas, Cauet dans lesquelles certaines « stars » se complaisent. De manière générale (car il y a toujours des rebelles au système), ce schéma de prégnance psychologique fonctionne puisque les spectateurs se précipitent dans les salles à chaque blockbuster débile. L’effet induit est simple: l’on ne peut connaître que les personnes que l’on voit à longueur de journée, logique. Çà donne une idée de l’horizon kulturel des citoyens de ces dernières années.

Aujourd’hui on voit des pseudo-comiques essayer d’intégrer à tout prix ce sérail artistico-aristocratique, type Manu Payet dont la non-drôlerie typique de cette époque consensuelle n’a d’égale que son aisance télévisuelle (également une caractéristique de l’époque). En ce moment, Manu Payet joue une pièce avec Jean-Pierre Marielle. De même ici, nous sommes en présence d’une technique éprouvée: on joue avec des anciens de talent (de vrai talent, ceux-là) pour se créer une légitimité et imposer progressivement son image dans l’inconscient collectif du public et ainsi avoir une chance d’accéder au même statut que le dit ancien d’ici quelques années. Ces jeunes aux dents longues (je ne les qualifierait même pas de loups, je ne peux me résoudre à égratigner ce noble animal) oublient juste que pour arriver au panthéon, il faut précisément du talent. C’est le coeur palpitant sous l’écorce des apparences, on ne peut en faire abstraction. Jean Dujardin, malgré ses exigences salariales d’acteur au top (qu’il en profite maintenant), a du talent et dégage une puissance comique qui lui est propre. Mais l’attraction-désastre du porte monnaie est toujours le plus fort. Aaaaahhhh, le cinéma… Cette « grande famille ».

Franck.

Une Réponse to “Le cinéma en chiffres”

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