Les déboulonneurs relaxés

En v’là une nouvelle qu’elle est bonne: une fois n’est pas coutume, les déboulonneurs, ces citoyens ordinaires qui barbouillent les affiches publicitaires de nos villes, sont relaxés au terme du procès qui leur était intenté ces derniers mois pour un barbouillage sur des affiches à Paris début 2008. Les déboulonneurs précisent toujours que leur but est non pas de commettre des actes illégaux et répréhensibles pour le plaisir d’aller faire caca par terre en scandant « la-société-elle-est-mé-chante! » dans une mentalité de casseur décérébré, mais bien de forcer ladite société à réfléchir sur le phénomène d’envahissement progressif (pour ne pas dire de véritable pollution tous azimuts) des espaces visuels et des points de vue qu’offre une ville. Il est, certes, plus agréable de se délecter de l’agencement des rues, des architectures qui se télescopent, des effets de perspective induits, des espaces verts disséminés çà et là, des terrasses « garnies » des cafés au printemps naissant, de la beauté d’un fleuve dont la masse d’eau nonchalante traverse la ville, voire même des restes de bâtisses de l’époque industrielle qu’on a réussi à conserver, etc… bref de tout ce qui fait l’identité d’une ville, plutôt que de se goinfrer à chaque virage de métro un urbanisme publicitaire agressif vous dégueulant ses nouvelles affiches « communicantes » de yaourt chimiques à exhausteur de goût et femme-photoshop en slop vantant les sois-disant mérites du produit à coup de terminologie scientifico-burlesque, ou encore de chaussures aux composant synthétique pétrolifères, dites « de marque » mais fabriquées sans aucun scrupules par des « ch’tites niaqwés » qui n’ont rien demandé à notre obésité consumériste maladive.

Le but des déboulonneurs est, d’après eux, d’aller volontairement jusqu’au procès pour poser ce débat, au coeur de la vie des cités. Puisque, comme ils disent, le débat n’a pas lieu en place publique, c’est-à-dire au travers de nos élus ainsi que des « grands médias » (on dira plutôt des médias de grande écoute), il faut bien apporter le débat publique quelque part. Puisque la « publicisation » galopante des espaces urbains se fait sans concertation des citadins eux-mêmes (car, c’est un fait, les pouvoirs publics et les grands intérêts privés, main dans la main, ne tiennent pas compte de l’avis des gens dans nos démocraties), eh bien exprimons notre désaccord de manière claire, directement sur l’objet du vice: l’affiche publicitaire. Et l’on s’aperçoit que cet acte constitue un véritable tabou. Non pas pour le citadin lambda (enfin en général) mais bien pour les pouvoirs publics. S’il faut, pour discuter de ce phénomène, aller jusque devant les tribunaux, qui s’avèrent être, en l’occurrence, les derniers espaces de débat, allons-y gaiment. C’est une démarche courageuse car les déboulonneurs relèguent au second plan les conséquences que peuvent avoir de tels actes sur leur vie dans le seul but de porter le débat au yeux de la collectivité. Il y a eu deux personnes interpelées au moment du délit. Lors du démarrage du procès, les autres barbouilleurs ayant réussi à ne pas se faire « per-cho » par les forces de l’ordre, se sont présentées d’elles-mêmes à la justice, en soutien des deux premiers mais aussi pour répondre des mêmes actes en âme et conscience et nourrir le débat. C’est clair que quand on passe de deux personnes dans le box des accusés à huit, l’effet n’est plus le même.

N’étant pas fondamentalement contre le concept même de publicité ou de « réclame », les déboulonneurs s’élèvent surtout contre le principe de matraquage et demandent une réduction drastique non seulement de la quantité des affiches publicitaires mais aussi de leur taille, afin de ramener les grands panneaux à la taille réglementaire des affiches publicitaires de spectacle. Le but de cette proposition permettrait ainsi de disposer d’espaces de promotion (car il en faut) sans qu’ils soient omniprésents. C’est une question de qualité de vie, dans le sens où ce foisonnement publicitaire de type chienlit, avec sa cohorte de clichés sociétaux simplistes répétés sans cesse, fini par ravager l’horizon culturel. Et, dans un premier temps, c’est l’espace visuel que çà pourri.

Avis aux "cerveaux disponibles"…

Pour l’instant, cette demande des déboulonneurs relève plutôt de l’utopie risible mais la réflexion a le mérite de surgir sur le devant de la scène depuis quelques années à coups de procès et de mettre en évidence le désaccord d’une partie de la population face à des pratiques autoritaires (car c’en est). Souhaitons que ce débat en arrive à plus de visibilité et à prendre une plus grande importance dans les prochaines années.

Franck.

3 Réponses to “Les déboulonneurs relaxés”

  1. […] Les déboulonneurs relaxés « La Roche aux Loups […]

  2. larocheauxloups Says:

    Hello!

    Merci du lien. Un bon complément à méditer, en effet. Mais même si la… « matrice » du modèle surconsumériste actuel se fissure avec la crise, qui peut dire avec certitude vers quoi cela va évoluer? Et surtout à qui profite les abus boursiers et fiscaux perpétrés depuis bien longtemps? Et pourquoi? Mais y’a-t-il vraiment un pourquoi? Y’a-t-il une volonté supérieure de contrôle mondial des populations, ou bien toute cette déconfiture banquière n’est-elle due qu’à un excès et un cumul de comportements bêtement vénals? Bonnes questions…

    Pour plus d’info, allez voir sur le blog du loup:
    la conférence de Jacques Cheminade
    la conférence d’Annie Lacroix-Riz
    la conférence de Pierre Hillard
    la conférence de Jacques Asselineau

    Franck.

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