Règles d’or à Hollywood

Le cinéma blockbusterisant états-unien, anglo-saxon dans son acceptation plus large, ne s’est jamais mieux porté qu’aujourd’hui. Une affaire qui roule, une recette qui fait mouche et perdure à mesure que les techniques d’effets spéciaux s’améliorent. Mais les effets spéciaux ne sont pas tout. Une bonne structure est la clé, un scénario au reins solides relève de l’indispensable pour une accroche efficace.

Grâce à ses agents infiltrés sur le terrain, et au prix de moult dangers, La roche aux loups dévoile les « commandements » du cinéma hollywoodiens, ses fondements qui lui assurent une aussi grande écoute depuis tant d’années. Voici mises à nu, pour Toi Lecteur, pour Toi Spectateur, les règles d’or de l’improbable, pour que l’on ne puisse plus dire que l’on ne « savait pas »…

Les grand justiciers aux sales méthodes doivent être d’anciens bérets verts que la société a renié et qui doivent se racheter.

Si un personnage est seul et désespéré, il faut de la pluie, une route et un travelling arrière lorsque la musique monte.

Toutes les maisons hantées, ou dans lesquelles d’horribles événements se sont produits, doivent finir en flammes.

Dans une maison hantée, les femmes doivent rechercher l’origine des bruits étranges en portant leurs plus beaux sous-vêtements.

Pourchassé dans une ville, le héros doit toujours avoir la chance de tomber in extremis sur un défilé de la Saint Patrick n’importe quel jour de l’année, et de pouvoir s’y dissimuler.

Il faut que tous les lits aient des draps spéciaux qui s’arrêtent au niveau des aisselles de la femme mais seulement au niveau de la taille de l’homme allongé à ses côtés.

N’importe quel ringard doit pouvoir faire décoller un avion pourvu qu’il y ait quelqu’un dans la tour de contrôle pour lui donner l’autorisation de partir.

Le système de ventilation de tout bâtiment doit être le parfait endroit pour se cacher. Les méchants ne penseront jamais à y trouver le gentil et, pour couronner le tout, ce dernier pourra accéder aisément à toutes les pièces de l’édifice et ainsi dénouer le scénario impossible dans lequel il s’est fourré.

Le personnage doit toujours pouvoir se garer en bas de l’immeuble où il veut aller, même s’il s’agit du pire repaire d’un gang de vilains mexicains et/ou d’arabo-terroristes.

Les cuisines ne doivent jamais être équipées de lumière. En pleine nuit, la lueur du frigo doit suffire.

Le héros pourra encaisser les plus terribles coups sans broncher mais sursautera immanquablement lorsqu’une femme tentera de nettoyer ses blessures.

Lorsque le héros prend son petit déjeuner au milieu d’une table copieusement garnie, il se voit contraint, au détour d’une pirouette dialoguée bien balancée, de partir en mission ou en rendez-vous capital quelques brèves minutes seulement après s’être attablé, remerciant toujours pour le « bon café » qu’il n’aura fait qu’effleurer du bout des lèvres.

Le chef de la police doit être noir.

Pendant une enquête de police, le personnage doit forcément passer au moins une fois dans un club de strip-tease.

Pendant la nuit, le téléphone qui sonne doit toujours se trouver à côté du lit.

Lorsque le héros entre dans son appartement ou y invite son faire-valoir comique, il ne ressent jamais le besoin de fermer la porte d’entrée derrière lui car il est doué d’une hospitalité supérieure à la moyenne et d’un esprit bien plus ouvert que celui, communément admis, des masses laborieuses.

Le premier mort doit être le noir qui a sauvé la vie à son copain blanc, mais en se sacrifiant, permettant ainsi à l’autre de vivre une histoire d’amour avec une belle femme blanche.

Au moment de payer le taxi, le personnage ne doit jamais regarder son portefeuille pour sortir un billet. Il doit le prendre au hasard et le tendre, ce sera toujours le prix exact.

Pendant une perquisition de nuit dans un appartement ou une maison, il y a toujours une panne électrique afin de découvrir les lieux à la lampe torche au milieu de contre-jours « naturels ».

Les nuits sont toutes de pleine lune, et toujours bleutées.

Même lorsque le personnage conduit sur une avenue parfaitement droite, il est nécessaire qu’il tourne vigoureusement le volant de gauche à droite de temps en temps.

Une simple allumette doit suffire à éclairer une pièce dimensionnée comme un terrain de foot.

Un homme visé par vingt autres doit avoir plus de chance de s’en sortir que vingt hommes visés par un seul.

La famille d’un personnage mort dans un étrange accident doit toujours garder un album rempli de coupures de presse relatant les faits et recélant des indices probants.

Lors d’un combat d’arts martiaux, même en nette supériorité numérique, les ennemis doivent attendre patiemment d’attaquer le gentil un par un, en dansant de manière menaçante autour de lui jusqu’à ce que leur prédécesseur mange le parquet ou le bitume.

Toutes les bombes doivent être connectées à un chronomètre à gros affichage rouge afin de pouvoir être renseignés de manière exacte sur le temps qu’il reste.

Les bombes n’explosent jamais mais le font toujours au dernier moment.

Le personnage doit survivre à toutes les guerres sauf s’il commet l’erreur fatale de montrer à un clampin lambda la photo de sa bien-aimée qui l’attend sagement à la maison.

Toute pièce un peu inquiétante doit être filmée par un mouvement de plongée partant du plafond.

Lors d’une conversation très émouvante, au lieu de parler en regardant son interlocuteur en face, le personnage doit être dans le dos de celui-ci et lui parler.

Si un malade psychopathe est en fuite, cela doit coïncider avec un orage qui coupe les communications téléphoniques dans les parages.

Une histoire d’amour entre deux personnages doit toujours débuter par un antagonisme marqué ou un conflit.

Un méchant qui fait peur doit toujours surgir du bord du cadre.

Pendant une scène de mariage, lorsqu’arrive la fameuse question de savoir si quelqu’un veut s’y opposer, le véritable amant doit toujours intervenir de justesse après avoir affronté les pires difficultés pour parvenir à l’église à temps (accident, enfermement, vaincre des crocodiles dans un marais, déjouer un trafique d’armes au khazakstan, faire exploser un satellite espion coréen, etc…)

Lors de grosses déceptions, le gentil doit toujours exprimer son désarroi par « Putain de merde! »

Les ruelles les plus sordides sont richement pourvues en grandes bennes à ordures savamment disposées, dans lesquelles le gentil pourra amortir sa chute lors d’une poursuite finissant en cul-de-sac. Ces mêmes ruelles doivent toujours avoir le pavé légèrement mouillé, et contenir une ou plusieurs bouches d’égoût crachant force fumée.

Pour une fin « ouverte », le film passera en revue tous les protagonistes, ayant ou non réglé leur situation, sur fond de de musique à la mode.

Voilà… dorénavant vous savez tout et pourrez retrouver tous ces tics du « gros cinéma ». Et les ausculter d’un œil averti. Pour s’assurer qu’un film hollywoodien en est bien un.

Yeux du loups

Franck Balmary.

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