Journées du patrimoine 2010

Depuis quelques années, nos institutions permettent au citoyen lambda de visiter gratuitement, une fois l’an, les monuments qui parsèment le territoire francé. Sympathique initiative, quand on sait qu’il s’agit en général de lieux à accès payant ou tout simplement interdit au public. Je me souviens du plaisir certain que m’avait procuré, il y a de cela quelques années, la visite commentée (et, bien sûr, gratuite), du dédale temporel et architectural des intérieurs du château de Rambouillet. Rambouillet, la cité présidentielle, plantée à 50 km au sud ouest de Paris en pleine forêt d’Yvelines et tout son tapis de légendes. Rambolitain pendant 17 ans,  je n’avais jamais contemplé ce château que de l’extérieur, lors de mes balades avec Jessy, feu ma chienne et fidèle binôme d’excursions forestières.

Cette année, c’est à Gaillon que çà se passe, tranquille bourgade du nord de l’Eure, en Normandie. Ci-dessus, la rue principale et coeur historique de la ville. En effet, un mini événement a lieu: l’ouverture du château! La chose n’est pas courante, mais très courue, alors il s’agit d’en profiter comme il se doit. C’est donc de bon matin que débute notre journée de promenade.

Église d'Aubevoye

Le train nous lâche en gare de Gaillon-Aubevoye (quasi direct depuis la gare Saint Lazare à Paris) et nous atterrissons à l’église d’Aubevoye vers 9H30. Point de rendez-vous est donné sur le parking tout proche, et, après quelques retrouvailles émues avec d’anciens compagnons d’arme des aventures ensoleillées de l’église Saint Roch de Paris et celles, houleuses, des mille et un boyaux humides d’Étretat, nous arpentons d’emblée les sentes boisées qui longent l’ancien domaine du château de Gaillon. Aubevoye et Gaillon étant limitrophes, l’immense domaine du château relie les deux communes comme un genre de grosse agrafe architecturale. Si l’on peut dire…

© Johan Netchacovitch

Le climat est clément en ce début d’automne, et les rayons du soleil qui dardent de bon matin est un ingrédient de balade bienvenu. En suivant la rue qui longe l’église, notre fine équipée emprunte la côte sévère qui grimpe vers les hauteurs du domaine. Nous arrivons dans des sous bois à la fraîcheur particulièrement appréciée de Votre Serviteur loup ici présent, pour, comme on dit, s’être « mis cher » la veille dans la calebasse (avé lé potes) et n’avoir point beaucoup profité de son copain oreiller (vive le week end!).

Ceci étant dit, la promenade se poursuit entre casque lourd et plénitude. Nous glissons alors doucement vers un site emprunt d’un voile de mystère. En effet, nous croisons une vierge noire, plantée en bord de chemin sur un piédestal de pierres maçonnées. Cette statue, levée vers 1880, est bien dite « vierge noire », ce qui peut sembler abscons étant donné son âge récent. Nous remarquons un liseret doré parsemé d’étoiles parcourant toute la base du drapé.

Cette appellation de vierge noire n’aurait rien de hasardeux et signalerait en ces terres un culte druidique ancien, dévoué à une déesse mère primordiale, matricielle, de type Cybèle-Isis. En somme, cette statue aurait été érigée là comme un rappel. Le rapprochement phonétique avec le nom même du pays de Madrie (contrée de Gaillon) pourrait en faire le pays des Mères. Madrie pouvant signifier également « pays humide » via une racine plus latinisante. Le sud du pays de Madrie débouchant sur la région de Chartres (actuelle préfecture d’Eure et Loir, 28), ville bien connue pour avoir été un haut lieu de célébration celte, on peut en toute logique imaginer la prégnance d’une culture druidique dans la région de Gaillon/Vernon mais aussi de toutes les Yvelines voisines.

© Johan Netchacovitch

Après un rapide exposé du maître de cérémonie et quelques minutes de contemplation et/ou shoutage à coup de déclencheurs photo, c’est la redescente dans la vallée, direction l’église d’Aubevoye, placée sous le vocable de Saint Georges, le tueur du dragon. Très bien conservé, cet édifice est une splendeur d’art roman (voir photo plus haut) avec sa pierre calcaire très blanche, son aspect massif et bas à l’ornementation ciselée et ses arcades plein cintre sur le pourtour de l’abside. L’épais clocher, lui, exhibe sobrement quelques arcatures aveugles en mi-hauteur et des ouvertures juste en dessous du toit. Deuxième indice discret de présence de cultes « antéchrétiens » fortement enracinés dans le pays de Madrie, l’église a conservé un petit dolmen accolé aujourd’hui à l’un des murs de son court transept.

Ce dolmen n’a pas toujours trôné à cette place, il a été déplacé en 1895 car, posé à l’entrée du cimetière, il en gênait apparemment l’entrée. On voit que le pied droit n’est pas d’origine, brisé très certainement lors de son déplacement.

L’intérieur de l’église est tout aussi riche visuellement. Nous entrons par un des côtés et pouvons apprécier le bel état de conservation du lieu, méticuleusement entretenu.

© Johan Netchacovitch

D’un style plus ogival à l’intérieur, nous pouvons admirer les arcades à claveaux en pierre de taille. Un revêtement un peu plus récent recouvre les murs mais sans effacer le style global. On remarque des boiseries très anciennes en haut des murs de la nef, attestant d’une facture ancienne. Et puis certains éléments frappent l’oeil, comme ces statues massives de moines agenouillés en prière, de part et d’autre de la nef.

© Johan Netchacovitch

Ces statues proviennent apparemment de l’ancienne chartreuse de Bourbon-lèz-Gaillon, édifiée en 1571 et 1572 en contrebas du château de Gaillon par Charles de Bourbon-Vendôme, alors archevêque de Rouen, entre 1550 et 1590 pour être exact. Ces moines ne manquent pas d’attirer l’oeil de par leur aspect massif. Nous faisons le tour de la nef et remarquons la véritable porte d’entrée de l’église, en bois copieusement ouvragé sur sa face extérieure.

L’autre côté de la nef présente plusieurs inscriptions tout aussi remarquables, comme cette plaque commémorative gravée en l’honneur de Charles de Bourbon-Vendôme (ci-dessous). En latin dans le texte, évidemment.

© Johan Netchacovitch

Ou cette dalle étrange et a priori assez ancienne…

© Johan Netchacovitch

On passe dans le choeur après avoir traversé un genre de « sas » dessiné par des arcades en ogive à clé de voûte (voir photo plus haut), typiquement gothique des premiers temps. Quelques chaises et présentoirs en bois dans cette « antichambre » et un tapis rouge au sol renforçant l’ambiance « chaude » qui règne dans tout cet intérieur. On passe la dernière arche et l’on entre dans l’espace du maître hôtel proprement dit. Ces deux espaces contigus du fond de l’église, presque fermés par l’architecture et renforcé par le décorum feutré, donnent une impression de quasi confinement, en tous cas d’isolation.

L’abside est trouée de fenêtres à pilastres joints par des arcs plein cintres, architecture doublée à l’extérieur. On note aussi les colonnes à chapiteaux corinthiens ou quasi, à la base des arrêtes entre chaque fenêtre.

Église, donc, tout à fait singulière que cette Saint Georges d’Aubevoye, singularité à laquelle nous ne manquerons pas d’ajouter cet élément maçonnique sur une stèle du cimetière, croisée en sortant (ci-dessous).

© Johan Netchacovitch

Le serrage de pogne façon frères maçons ainsi que le coeur un peu en-dessous soutenu d’une croix pattée ou assimilée. Tout l’art de l’hermétisme: la symbolique est inscrite dans la pierre. La stèle est visible de tous de manière ostensible, la symbolique, quant à elle, est lisible mais laissée à interprétation de ceux qui sauront la déceler.

Sorti de l’enceinte de l’église et du cimetière la jouxtant, nous marchons de concert avec Thierry Garnier vers le point noir de la promenade: la chapelle de Bethléem. Un peu plus loin mais toujours à Aubevoye, nous arpentons, de même que pour la vierge noire, de larges chemins en sous-bois jusqu’à l’entrée du mini domaine. Ici, notre guide nous explique que, emprisonné dans les affres de l’immobilisme, ce monument se dégrade, bon an mal an, depuis environ dix ans et en arrive aujourd’hui à un état de délabrement avancé. Le soucis, c’est qu’il n’y a pas que l’usure naturelle qui entre en ligne de compte. Cette chapelle, lovée dans son écrin de ronces, mais d’accès non surveillé et relativement simple lorsqu’on l’a pratiqué une fois, est sujet à de fréquentes visites.

© Johan Netchacovitch

S’il ne s’agissait que de çà, encore… Car, pour le non averti, le premier coup d’oeil ne décèle rien de manifeste. Avec certaines parties masquées dans la végétation, les murs présentent plutôt bien. Mais avec un peu plus d’attention, on voit qu’il n’y a plus de fenêtres et que les bords de celles-ci ou des quelques portes présentent de petits éboulements. Et dès lors que l’on risque le bout de sa truffe humide et fouineuse en dedans, on se rend mieux compte du côté pilleur des « visites ». L’intérieur (photo ci-dessus) est tout bonnement dévasté. Le sol du premier étage est entièrement effondré et des tags en tous genres décorent les murs. La crypte de la chapelle (dont on voit l’entrée ci-contre), a pris cher en terme de déprédations, elle aussi. Qu’elles soient intentionnelles ou simplement dues au squattage intempestif, elles n’en sont pas moins visibles. Pour rappel, cette chapelle fut construite en 1585 par l’archevêque de Rouen Charles de Bourbon-Vendôme, oncle d’Henri de Navarre, devenu Henri IV, roi de France (et de Navarre, évidemment), quelques années plus tard.

Pour ce qui est de la crypte, sa disposition intérieure est calquée sur la grotte de la Nativité. Quant au pourquoi de l’érection d’un tel monument, on peut dire que venant d’un homme d’église, çà paraît somme toute assez logique. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque de sa construction, la chapelle s’insère dans un ensemble. Le site de Gaillon comporte le château, la chartreuse et le parc du Lydieu, ce dernier étant relié aux jardins du château (jardins du haut) par une grande allée verte. Entre la riche bibliothèque de la chartreuse  et la symbolique architecturale du château, de ses boiseries et le tracé si singulier du parc, cette copie miniature de la chapelle de Bethléem vient s’ajouter en tant qu’élément de culte, certes, mais très certainement doublé de quelque signification plus souterraine.

© Johan Netchacovitch

Pour le moins intriguant, ce parc du Lydieu vu du dessus… Le « passe-partout » hermétique menant à la compréhension. Pour sortir du « fog »🙂. A noter qu’aujourd’hui, ce qui reste de ce parc est inclus dans un terrain d’essais appartenant au constructeur automobile Renault. Zone privée, ceinturée de haut murs. Pas moyen d’entrer.

La crypte, quant à elle, est cernée par le désintérêt et la stupidité: ci-dessous la plaque de marbre inscrite de la crypte, par terre et en morceaux.

© Johan Netchacovitch

D’indignations en abattement, de mauvaises surprises en questionnements, voilà donc pour le petit tour de chauffe du matin, celui de juste avant le kir et les cahouètes. A repos, apéro! Mais que faire en face d’un tel tableau de désolation silencieuse? C’est malheureusement le lot commun de nombreux monuments anciens, mais le site de Gaillon a toute son importance. Résignation faisant, la faim se fait quand même sentir. C’est que la marche creuse! Direction la tablée garnie aux moult poulardes farcies et feuillantines de pomme fondantes. Sans oublier la dive bouteille!

Le sentier aux mûres, vers Bethléem. Vive septembre!

Pour le menu de l’après-midi, c’est château de Gaillon en magnificence, à la sauce bain de foule et sa farandole de touristes finement brûlés au soleil de septembre. C’est aussi çà, les journées du patrimoine… D’autant plus qu’il y a une fanfare qui joue non stop sur un des côtés. En plus! Mais c’est pas mal.

La façade extérieure du donjon dresse ses tourelles et son toit en pointe comme s’ils jaillissaient du centre ville. Le soleil en fait rutiler le bleu-gris des ardoises. Les murs arborent fièrement les banderoles rouge tape à l’oeil du Patrimoine. Profitons-en, çà va pas durer longtemps! Pour la petite histoire, et la grande très sommairement résumée, Gaillon est le tout premier château Renaissance de France. Bâti sur l’emplacement de la forteresse militaire qui l’a directement précédé, l’édification du château Renaissance commence en 1501 pour s’achever vers 1510. 9 ans d’ouvrage qui verront défiler nombre d’artistes et de corps de métier de l’époque, tailleurs de pierres, charpentiers, jardiniers, sculpteurs et j’en passe. Ce projet colossal est initié par Georges d’Amboise, personnage clé de l’époque et, entre autres, archevêque de Rouen de 1494 à 1510. C’est lors de ses campagnes d’Italie qu’il s’émerveille des finesses architecturales et ornementales qu’il y voit et décide de les ramener avec lui en France. De là l’idée de donner aux archevêques de Rouen la demeure la plus somptueuse de France. D’ailleurs, la présence d’un architecte italien dans l’élaboration des plans du château est fortement pressenti, à défaut d’être attesté. Il s’agit de Jean Joconde (fra Giovanni Giocondo, Dominicain puis prêtre séculier), génie constructeur de l’époque. A Jean Joconde, s’ajoutent les architectes français Androuet du Cerceau et Jean Juste de Tour.

Aux premières heures de la Renaissance, ce château archiépiscopal ne garde plus rien de la forteresse médiévale mais n’en impose pas moins un aspect massif de par son architecture mais aussi l’agencement et l’étendue de ses bâtisses. L’édifice que l’on voit aujourd’hui est bien incomplet par rapport à ce qu’il était l’année de son achèvement. La cour intérieure, notamment, était scindée en deux par la Galerie des Cerfs.

Pour autant, cette ornementation foisonnante ne laisse jamais une impression de surcharge mais plutôt de raffinement. La petite touche du cardinal d’Amboise: les médaillons que l’on voit un peu partout apposés sur les galeries mais aussi sur certains pans de bâtiments, contenaient des marbres datant réellement de la Rome antique et non fabriqués exprès pour le château.

Le XVIIIème siècle voit défiler des archevêques de Rouen beaucoup moins soucieux de l’état de leur demeure que Georges d’Amboise en 1500 ou Charles de Bourbon quarante ans après, pour ne citer qu’eux. Le château entame une descente en pente douce vers le syphon révolutionnaire. Porteuse d’un nouveau paradigme sociétal, et donc fatal à l’ancien ainsi qu’à toutes ses représentations, la Révolution va dévaster nombre de monuments, religieux ou non, à travers tout le territoire. Gaillon n’échappe pas à la règle et le château se voit démembré, quand ce n’est pas pillé. Devenu propriété de l’État en 1792, ce dernier va le revendre. Nombre d’éléments d’architecture intérieure comme extérieure s’éparpillent ainsi et disparaissent au gré de la cupidité des pillards et des revendeurs.

Un nommé Alexandre Lenoir tente alors un sauvetage au tout début du XIXème siècle en ramenant des éléments d’architecture pierre par pierre, comme la Galerie des Cerfs, dans le musée parisien des Petits Augustins qu’il avait créé pour l’occasion. Grâce à son action désintéressée, ces éléments sont conservés aujourd’hui.

Aujourd’hui l’État, de nouveau propriétaire du château depuis 1975, entreprend de sérieux travaux de rénovation comme par exemple la remise en place, comme nous avons pu le voir ce jour là, des façades des galeries à clefs pendantes, dans la cour. Celles-ci sont aujourd’hui maintenues grâce à des piliers de béton coulé. Gageons que cette infrastructure de type industriel, peu gracieuse, mais qui a au moins le mérite de la solidité, s’effacera du champ visuel une fois le puzzle reconstitué. Nous pouvons nous demander pourquoi un chantier tenu par des compagnons tailleurs de pierre n’a pas été privilégié pour reprendre les techniques des ingénieurs et ouvriers de la Renaissance, comme çà l’a été fait pour d’autres monuments. C’est dommage. Peut-être Gaillon posait-il des défis trop grands pour le refaire à l’ancienne. Ou bien n’est-ce encore qu’une histoire de contrats juteux…

La seule partie du château qui se visite est le donjon. Ses combles sont coincées sous un toit réellement vertigineux. Entre deux étages, nous profitons d’un engorgement imprévu dans les escaliers en colimaçon qui accèdent aux étages. Déjà que dehors l’attente a été longue pour pouvoir entrer… Nous est conté l’Histoire du château, ses différentes phases jusqu’à aujourd’hui, les différentes parties, etc…

Et puis le clou de cette visite est quand même la salle sous le toit. On ne peut décemment pas parler de « grenier », tellement le cubage est impressionnant. Dans cette salle, un maquettiste nous présente la maquette du château tel qu’il était en 1510, lorsque Georges d’Amboise l’a achevé. Tout nous est décrit en détail, même les quelques doutes qui persistent sur certains détails.

© Johan Netchacovitch

Le château n’étant aujourd’hui que le pâle reflet de sa splendeur passée, nous prenons donc toute la mesure du grand oeuvre de Georges d’Amboise. L’agencement des différents bâtiments, l’aspect des galeries, des différentes tours, Tour de la Sirène, Tour de la Grand-vis, de la double chapelle, de l’ornementation. Détail intéressant: la présence des couleurs, en particulier dans la cour intérieure. En effet, à l’époque, il faut imaginer un genre de pseudo mosaïque colorée sur toute la surface du pavage de la cour. Avec la monumentale fontaine en marbre blanc de sept mètres de haut, à deux « étages » et placée au centre, l’impression de gigantisme cartésien devait fonctionner à plein.

© Johan Netchacovitch

Le tout conté par un artiste de la maquette, passionné et limite intarissable. La charpente de cette salle (sous le toit) a été refaite avec des matériaux et techniques modernes. L’ancienne structure de charpente était une véritable dentelle de poutres enchâssées les unes dans les autres en un savant jeu d’équilibre des forces pour maintenir le tout debout. Le problème était que cette structure remplissait la plus grande partie du « chapeau » du toit, rendant l’espace quasiment inutilisable. Dans ce cas là, il est vrai que la refonte de la structure du toit de façon minimaliste avec des piliers de béton posés en triangle, permet de profiter intelligemment de l’espace. N’étant visible que de l’intérieur, çà ne gâche pas le plaisir. Ci-dessus, un reliquat de l’ancienne forteresse médiévale, conservé par l’architecture Renaissance: la tourelle d’Estouteville. En configuration normale, ce bâtiment est relié à la tour de la Grand Vis par la Galerie des Cerfs (voir première photo de la maquette ci-dessus, où la tourelle d’Estouteville est à droite au fond de la cour et le donjon derrière la Galerie des Cerfs, au fond).

© Johan Netchacovitch

Ainsi rien ne se perd, tout se reconstitue. Nous nous prêtons à rêver qu’un tel château retrouve un jour son apparence première. C’est peut-être aller un peu vite en besogne. Car les autres zones du château sont encore fermées. L’une des ailes de la cour intérieure serait, à ce qu’on dit, ouverte aux visites pour l’été 2011. En attendant, ces corps de bâtiment renferment encore les derniers trésors de l’ancienne demeure archiépiscopale, du moins ceux qui ont été conservés. Espérons que le public et les historiens en quête de vérité (et/ou de vraie pierre Alcor) pourront en profiter un jour. Pour tout savoir sur le château de Gaillon et son histoire, consultez les pages web du Mercure de Gaillon.

La journée s’est rapidement finie à l’église de Gaillon.

L’église Saint Ouen de Gaillon est édifiée en 1773 sur l’emplacement d’une première église qui l’a précédée. C’était l’église Saint Antoine, élevée en 1205 par Cadoc, gardien de l’ancienne forteresse médiévale de Gaillon. L’église était au pied du château et accueille en 1208 une collégiale d’Antonins, ces chanoines qui répondaient de l’enseignement de Saint Antoine dit « l’Ermite » ou « l’Égyptien ». Les Antonins étaient connus pour pratiquer les médecines douces et l’alchimie. Mais également pour leur connaissance des courants telluriques, à la manière des anciens druides. Voici donc encore un enracinement de science sacrée ou secrète au coeur de Gaillon, habilement planqué derrière son vernis de syncrétisme religieux.

Finalement, l’ordre des Antonins se disloque et signe l’arrêt de mort de la première église, laissée en ruine en 1772. Après la Terreur, la seconde église recompose son décorum intérieur et expose, au fond du choeur et de part et d’autre du maître autel, des statues en bois provenant du château, notamment un Christ janséniste (les bras en « V » marqué). L’autel de marbre blanc, son tabernacle et ses angelots proviennent, eux, de la chartreuse. Tout au fond du choeur et placée au-dessus du maître autel, trône une peinture sur toile, Les adieux de Saint Antoine à Saint Paul. Les parois du choeur sont recouvertes de boiseries sur le pourtour, jusqu’à une hauteur allant un peu au-dessus de l’autel, la toile peinte étant elle-même inclue dans une grande boiserie. Totalement remaniée il y a un peu plus de cinquante ans, suite à des déprédations, la décoration, beaucoup plus sobre aujourd’hui, ne ressemble en rien à ce foisonnement fin XVIIIème. Les éléments qui ont été retirés sont classés. La question de l’existence d’une crypte sous l’église se pose car d’un point de vue officiel, il semble ne rien y avoir. …

Gaillon n’a donc pas livré tous ses secrets et la quête continue en terre normande. Une quête du « pourquoi? », du « qu’est-ce qu’il y avait avant? ». A l’heure où même la culture religieuse et liturgique s’estompe des esprits, au profit d’un autre genre d’idôles, il est une vraie gageure de gratter cette couche d’histoire récente pour tenter de retrouver la culture et la Tradition endémique qui a précédé, la nôtre, celle qui a baigné toutes les régions des Gaules et fait ériger les champs de pierres avant l’entrée en scène de « l’ami » romain et son organisation étatique, puis des premiers prêcheurs chrétiens et leur dieu unique. Car de par toutes les clairières et croisées de fleuves, aux confins des forêts et des gorges les plus reculées, le chêne et le gui ont précédé l’or et la pourpre dans la célébration de la Mère des mères et son maillage de « veines » telluriques, propices aux blé nourricier et autres bonifications.

Affaire à suivre, donc… Pour approfondir la question, ne manquez pas les articles en ligne du Mercure de Gaillon.

Franck Balmary.

N.B.: la totalité des clichés photographiques présents dans cet article dont l’auteur n’est pas mentionné, sont la propriété intellectuelle et morale de Franck Balmary.

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