Archive for the Culture Category

Romain Sardou

Posted in Culture on 20 janvier 2009 by larocheauxloups

Romain Sardou est la 3° génération d’artistes, après Michel le père, chanteur, et Jackie la grand-mère, comédienne truculente. Pas impressionné par son illustre lignée, Romain Sardou quitte l’école en première pour se consacrer entièrement à l’écriture dramatique. Il s’installe à la campagne et dévore les classiques de la littérature et du théâtre tout en prenant des cours d’actorat.

Romain Sardou s’installe pendant 2 ans à Los Angeles pour écrire des scénarii pour enfants. Il revient en France, trouve le temps de se marier et publie son premier livre en 2002, Pardonnez-nous nos offenses. Succès immédiat, sa carrière est lancée. Lire la suite

Charity

Posted in Culture on 20 janvier 2009 by larocheauxloups

Charity est un superbe documentaire réalisé par Yannick Carbonnaux. Le film porte sur les volontaires de l’humanitaire, lors d’une première expérience loin de chez eux, confrontés à la réalité du terrain. L’humanitaire est auréolé de romantisme, le sentiment de faire le Bien pour l’Humanité. C’est bercés de ces bonnes intentions que les volontaires d’une ONG arrivent à Calcutta pour 5 semaines de médecine tropicale. Le choc est rude, et les occidentaux déchantent malgré l’accueil.

Yannick Carbonnaux a su s’immiscer parmi ces jeunes volontaires venus de l’Europe entière jusqu’à vivre avec eux les moments de bonheur et de désenchantement. Le regard est porté plus particulièrement sur une jeune Slovène et un Italien, tous deux étudiants en médecine dans leur pays. Interviews subtiles au long du séjour, permettant de se livrer et de poser des mots sur des sentiments confus, mélange d’amour et de haine. Mélange d’impuissance et de colère.

Deux personnalités, deux parcours, deux projets d’avenir différents qui se confrontent au quotidien des Indiens pauvres de Calcutta. Deux expériences cristallisées autour d’un fil rouge discret, le cas déchirant d’une enfant brûlée au 3° degré. Le médecin qui dirige la clinique locale est très attachant, exigeant et lucide sur ses moyens. Une belle séquence que celle où il avoue les manques de son établissement.

L’Inde c’est aussi une image, une lumière, extraordinairement saisie en HD. Une ambiance particulière qui baigne de bout en bout le film et permet de rentrer véritablement dans l’univers des volontaires, dans leur dépaysement. Le cadrage est beau, propre, serein. Ca change des caméras épileptiques trop habituelles des films tournés caméra au poing.

La musique est importante dans Charity, offrant un contrepoint aux images du quotidien médical. Sur des plans plus classiques montrant la vie urbaine et rurale de Calcutta, ces plages musicales invitent au voyage et à la réflexion sur les séquences précédentes. Un choix rare dans les productions actuelles avares de temps morts.

Un beau documentaire à découvrir rapidement à la télévision.

Nicolas

Bienvenue Mister Chance

Posted in Culture on 9 janvier 2009 by larocheauxloups

affiche mister chanceBienvenue Miste Chance (Being There en VO) est un film de Hal Hashby sorti en 1979, avec Peter Sellers, Shirley McLaine et Jack Warden. Le scénario est adapté du roman éponyme de Jerzy Kosinski, professeur à Yale.

Bienvenue Mister Chance raconte l’histoire de Chance Gardiner, jardinier d’âge moyen qui a vécu toute sa vie au service d’un millionnaire à Washington, sans jamais quitter la maison de celui-ci. A la mort de son patron, il est mis à la porte par les nouveaux propriétaires. Gardiner erre dans la ville jusqu’à ce qu’il soit renversé par un riche businessman, Rand, qui l’invite chez lui.

Rand sympathise avec Gardiner, et lui propose de rester chez lui comme jardinier. Rand est conseiller et confident du président américain, à qui il présente Gardiner. Sa simplicité et son calme séduisent le président. Gardiner parle jardinage, le président y voit une métaphore politique du changement pour les classes défavorisées. Gardiner devient une célébrité alors que rien ne l’y prépare.

Bienvenue Mister Chance est l’avant-dernier film de Peter Sellers, et vaut principalement pour sa prestation remarquable de Chance Gardiner. Il y campe un jardinier apparemment stupide, sans éducation, qui ne connaît que le jardinage et la Nature. Il ne sourit pas, ne rit jamais, d’humeur égale. Calme et serein, il n’a peur de rien, puisqu’il n’en a aucune raison. Dans le tourbillon de la vie politique de Washington, il paraît un sage aux conseils avisés.

Sellers est un comédien extraordinaire, capable de tous les rôles. Je l’ai adoré dans The Party de Blake Edward, avec son accent indien impayable. Dans Bienvenue Mister Chance, sa prestation est fabuleuse, on dirait vraiment qu’il porte un masque de placidité. Son visage si mobile et expressif d’habitude ne porte aucune expression. Il semble véritablement stupide.

Les autres acteurs sont bons, Shirley McLaine en tête. Un vrai film qui fait la part belle aux comédiens et à la mise en scène, sobre et discrète. Hasby sait ce qu’il veut, ne multiplie pas les axes de prise de vue pour se « couvrir ». A l’image de Gardiner, tout est discret dans ce film, les décors, les costumes, l’image et le montage. On sent l’univers feutré des coulisses du pouvoir.

Lorsque Gardiner erre dans la ville, entre faubourgs déshérités et centre ville, une musique de Deodato accompagne cette longue séquence mythique. Ici les couleurs, les sons sont plus criards, les personnages sont plus populaires. C’est la seule incursion de Gardiner dans le monde réel. Un moment de pur bonheur.

Un film attachant et beau, très psychologique sur les enjeux du pouvoir et le sens de l’éducation. Un film rousseauiste, montrant la nature bonne de l’homme simple qui prend exemple sur la Nature pour vivre. Un film reposant et profond, loin des cris et de la fureur des blockbusters niaiseux actuels.

Un film sur le pouvoir de la télévision également. Gardiner adore la regarder, c’est sa fenêtre sur le monde, il ne le connaît que par ce médium. De nombreux films sont montrés via des écrans de TV tout au long du film, courtes incursions dans l’esprit de Gardiner abreuvé de ces programmes. Gardiner s’avère donc un produit du regard de la télévision sur le monde, qui devient modèle d’éducation. La parabole est étonnante, mais c’était le credo de nombreux experts à l’époque, la télévision offrant un regard juste sur le monde qui nous entoure, sonnant le glas de l’école traditionnelle.

Kosinski a nommé le personnage de Gardiner en hommage à un professeur de méditation transcendentale de Cambridge, Jerry Jarvis, qui avait le calme et les manières posées de Gardiner. Jarvis habitait à l’angle des rues Chauncy et Garden.

Le titre original du film, Being There (être ici et maintenant), est la traduction directe du mot Dasein utilisé par le philosophe et phénoménologiste Martin Heidegger pour décrire l’essence des êtres humains. Gardiner répond invariablement aux gens et aux phénomènes comme ils se présentent, sans arrière pensée ni manipulation. Ce qui en fait un personnage attachant et puissant, et confère au film une aura mystique qui perdure bien longtemps après le visionnage.

la bande annonce en VO non sous-titrée :

la scène mythique avec la musique de Deodato :

La scène finale voit Gardiner marcher sur l’eau d’un lac. Le critique de film Roger Ebert en discutait avec ses étudiants, qui pensaient que Gardiner marchait sur une jetée submergée. Ebert commente : « le film nous présente une image, et si on peut en discuter le sens il n’est pas permis d’en chercher l’explication. Puisque Ahsby ne nous montre pas une jetée, il n’y en a pas. Un film est exactement ce qu’il nous montre, et rien de plus. » Une belle réflexion sur le cinéma. La scène finale :

Le générique de fin montre le bétisier d’une scène coupée où Sellers essaie de dire des jurons d’argots. Un choix rare qui casse le personnage, que Sellers regrettait. C’était pourtant une manière pour Hashby de montrer le talent de Sellers à l’oeuvre :

Nicolas

Deodato

Posted in Culture on 9 janvier 2009 by larocheauxloups

Deodato est né Eumir Deodato Almeida en 1943 à Rio de Janeiro. Il apprend la musique en autodidacte, débutant avec l’accordéon à 12 ans. Il acquiert rapidement la maîtrise de nombreux instruments et de l’orchestration. Il enregistre ses premières sessions à 17 ans.

Il travaille comme pianiste et arrangeur sur la scène bossa nova de Rio, mais la dictature au pouvoir le fait partir à New York. Son premier album aux USA est Prelude en 1973. Son style big band latin jazz fait mouche. La version funk du classique de Strauss Also spracht Zarathustra se classe #2 aux charts US et #7 en Angleterre, et gagne un Grammy Award. Ce hit sera utilisé dans le film Bienvenue Mister Chance en 1979.

Son deuxième album, Deodato 2, ne marche pas bien qu’il ait le même style et la même qualité, entraînant la quasi faillite de son label. Une chanson sort du lot : Rhapdosy in Blue version funk. Deodato enchaîne les albums jusqu’à la fin des années 80 mais sans le succès de ses débuts. Il compose tout de même Theme from Peter Gunn, repris par les Blues Brothers.

Deodato est également arrangeur et producteur recherché, travaillant sur plus de 500 albums, dont 15 de platine, avec des artistes comme Wes Montgomery, Franck Sinatra, Kool & the Gang ou Bjork (pour l’album Homogenic). Il a aussi écrit de nombreuses bandes originales de films.

Deodato est un touche-à-tout musical de génie qui mélange big band et combo jazz avec des éléments de rock, pop, R&B, funk, musiques latines et symphoniques. Un artiste inégal qui a composé des pépites de funk à écouter avec délectation !

son chef d’oeuvre, Aslo spracht Zarathustra version funk sur fond d’images de la Terre vue de l’espace. Fabuleux !

le « gros son » Deodato :

Peter Gunn Theme, l’original :

September 13, superbe titre fusion :

http://www.eumirdeodato.com

Nicolas

Trilok Gurtu

Posted in Culture on 7 janvier 2009 by larocheauxloups

Trilok Gurtu est un percussionniste indien de génie, qui a su mélanger le jazz et la fusion à différentes traditions musicales du monde. Un musicien et compositeur talentueux qui a joué avec des artistes tels que Jhon McLaughlin, Bill Laswell et Robert Miles.

Gurtu est né à Bombay en 1951. Sa mère, chanteuse, l’initie à la tâbla, percussion traditionnelle indienne, qu’il étudiera assidûment. Il commence à jouer de la batterie dans les années 70 et s’intéresse au jazz. Il acquiert une dextérité impressionnante à la batterie par son manque de connaissance de la technique d’enregistrement. Il ne sait pas que l’on peut enregistrer une partition de batterie en plusieurs fois pour ajouter différentes sonorités des différents instruments de la batterie. Gurtu s’évertue pendant des années à tout jouer en même temps !

Il joue avec de nombreux musiciens occidentaux de jazz. Ses premiers enregistrements datent de 1977, et son premier album solo de 1983, avec sa mère à la voix. Dans les années 80, Gurtu joue dans le trio de McLaughlin, faisant la première partie d’un concert de Miles Davis en Californie en 1988.

Sa collaboration avec McLaughlin est créative pour les deux musiciens. Les traditions occidentales et indiennes se mélangent pour un résultat épatant et innovant. Le trio utilise même des beat-box vocaux et des improvisations vocales à base de marques japonaises et de mots indiens !

Gurtu rejoint le groupe Oregon avant de développer une carrière en solo dans les années 1990, où il manie musiques indiennes et électro ou sonorités africaines. Il va enregistrer un album en Afrique avec une famille de musiciens, rejoint un groupe de tâbla, le Tabla Beat Science, et compose un album avec Robert Miles, Miles Gurtu. Depuis 2007, il joue au sein du Arkè String Quartet.

Gurtu est un musicien touche-à-tout déroutant et rafraîchissant, qui ne se laisse pas facilement cerner ni étiquetter, évoluant avec une facilité déconcertante tant dans le jazz que la musique traditionnelle ou électro. Un compositeur qui brise les frontières bien souvent hermétiques des genres pour notre plus grand plaisir. Un percussioniste devenu célèbre qui ne se prend pas au sérieux et reste humble face à la force de la musique.

McLaughlin est un génie du jazz, son travail avec Gurtu est fabuleux. Je ne connais pas les derniers albums de Gurtu, je l’ai découvert à travers 3 disques fascinants : African Fantasy, The Beat of Love et Broken Rythms. Trois oeuvres disparates mais liées par la même énergie que déploie Gurtu dans ses compositions. Mon préféré est The Beat of Love, un album puissant de musiques indiennes sur des rythmes électroniques avec des voix magnifiques. Broken Rythms suit la collaboration avec Robert Miles, et semble un peu fade. On sent que Gurtu se cherche, tombant dans la facilité. African Fantasy est un album plus inspiré, enrichi par les sonorités et les rythmiques africaines.

un solo extraordinaire en live, avec Nils Petter Molvaer :

avec McLaughlin et le bassiste Di Piazza, son jazzy :

sa collaboration avec la famille de musiciens maliens, en live, sonorités africaines :

un court live pour Lille 3000, la qualité est moyenne mais c’est le son de Gurtu que j’adore :

de l’album Broken Ryhtms en live :

un dernier pour le plaisir du funk à la Gurtu :

http://www.trilokgurtu.net
Nicolas

Darshan

Posted in Culture on 6 janvier 2009 by larocheauxloups

affiche darshanun film superbe de l’énervé Jan Kounen sur Amma, une sainte femme hindou qui pratique le darshan, l’enlacement de milliers de personnes.

Kounen est plus connu pour ses premiers films barrés, comme Vibro Boy ou l’inclassable Dobermann. Des films bien tarés où Kounen se lâche complètement. Après le tournage épique de Dobermann, Kounen est un peu perdu et découvre le shamanisme amérindien et la spiritualité, qui lui permet d’apaiser un peu son âme.

Il apprend un  jour l’existence de Amma et est immédiatement séduit par son histoire. Avec son producteur Manuel de la Roche, il la convainc de pouvoir la filmer lors de son 50° anniversaire pour en faire un documentaire de long métrage pour le cinéma. C’est le début de l’aventure Darshan.

Amma est née Mata Amritanandamayi en 1953. Très tôt elle a des expériences mystiques. Dans son village du Kerala, elle est déjà révérée et respectée. Elle est connue pour avoir léché les plaies d’un lépreux quand elle était encore ado ! Depuis 1981, elle a des disciples qu’elle forme partout dans le monde. Sa grande oeuvre, c’est sa fondation qu’elle a créé pour venir en aide aux plus démunis. Très connue en Inde, sa fondation oeuvre dans de nombreux domaines comme l’éducation, l’habitat, la nourriture; elle possède ses propres programmes TV !

Amma est mondialement connue pour ses « darshan » qu’elle effectue tout au long de l’année sur tous les continents. Assise pendant des heures, Amma enlace quelques instants toutes les personnes qui se présentent à elle, des milliers à chaque session. Rien de spécial, rien à vendre, rien à prouver. juste une embrassade qui fait tant de bien d’après les personnes qui l’ont vécu.

Kounen a dit « au début du projet, quand j’ai commencé à filmer, je me disais que Amma est une bonne personne, faisant des choses bonnes, en retour je peux faire quelque chose de bien pour elle. Mais à la fin, j’ai réalisé que c’était moi qui recevait un cadeau. »

Le film de Kounen est un cadeau, une offrande qui touche le coeur et l’esprit. Amma est belle, terriblement humaine quand elle s’énerve, drôle aussi, et profondément religieuse dans le sens premier du terme. Elle relit les Hommes entre eux, elle relit chacun à son dieu intérieur, son énergie.

Le coeur du film est la séance de darshan pour les 50 ans de Amma, avec les coulisses, la foule, l’organisation. La séquence est très émouvante, Amma prend dans ses bras des dizaines de personnes, un moment fabuleux où le temps est comme suspendu.

Mais le film est aussi un portrait de Amma, son quotidien dans son Ashram du sud de l’Inde, énorme complexe en bord de fleuve où vivent des centaines de personnes. Amma y donne un darshan une fois par semaine quand elle est là. Kounen a obtenu d’interviewer Amma, moment étonnant où elle nous livre ses pensées. Instant de grâce en toute simplicité.

Kounen interroge aussi les collaborateurs proches de Amma, témoignages éclairants sur le parcours de Amma et son mode de fonctionnement. Il filme également l’Inde comme on ne la voit pas souvent, lumineuse, par des plans séquence en mouvement, ou par des moments contemplatifs, plus personnels sur son rapport à l’Inde. Kounen a tenu à tourner en pellicule, pour faire un film de qualité, ce qui confère à l’image un grain fabuleux, rendant l’image plus vivante, plus cinématographique.

La musique est discrète, mais bien présente, ces sonorités qui rappellent immanquablement l’Inde et tellement différentes de nos habitudes occidentales qu’elles reposent instantanément, musiques instrumentales ou chants religieux.

Darshan touche simplement, c’est une pause agréable dans le flux de la vie, 90 minutes qui reposent et ressourcent. Pas de prosélytisme, pas d’ostentation, juste une constatation tranquille d’une femme étonnante. Indispensable.

la bande annonce en espagnol :

une bande annonce plus longue (presque 10 minutes) qui résume bien l’ambiance du film :

http://www.amritapuri.org

Darshan fait partie d’une collection initiée par Kounen, Another Reality, pour enquêter sur les traditions ancestrales :

Les films auront pour point commun de pénétrer l’Univers de ceux qui explorent une autre réalité, qu’ils la vivent seuls, ou en groupes, qu’ils soient les représentants de traditions méconnues, des mystiques, des chercheurs, des philosophes, des botanistes, des chamanes, ou des artistes… L’univers de ceux qui explorent, pensent et vivent une autre réalité.

Cette collection regroupe actuellement 5 films, sur le Tibet, la Corée, le shamanisme sibérien et africain. Une belle intiative pour mieux comprendre des traditions éloignées de nos habitudes mais étonnamment proches de nous, de ce que l’on ressent.

Darshan
de Jan Kounen, 2005

Nicolas

All That Jazz

Posted in Culture on 6 janvier 2009 by larocheauxloups

affiche all that jazzAll That Jazz est un film légendaire, un chef d’oeuvre absolu de Bob Fosse, chorégraphe et réalisateur américain de génie. Natif de Chicago, Fosse part à Hollywood pour devenir le nouveau Fred Astaire, mais se tourne vite vers le théâtre. A 27 ans, il signe la chorégraphie de sa première comédie musicale, créant un style de danse jazz très personnel, reconnaissable entre tous.

Fosse aura une vie tumultueuse, plusieurs fois marié, abusant des femmes, des cigarettes et de l’alcool. All That Jazz est une fantaisie semi-autobiographique qui s’inspire de la partie de sa vie où il mettait en scène Chicago à Broadway tout en montant frénétiquement son film Lenny.

Fosse n’écrit pas le scénario mais y participe activement en mettant en scène sa propre vie et son double à l’écran. Le trait paraît chargé mais le film est je pense en dessous de la réalité.

All That Jazz est un bijou, un des mes films préférés, qui prend de la valeur à chaque visionnage. Je rêve de le voir un jour sur grand écran. Une oeuvre puissante qui résiste au temps et aux modes.

La matière première du film est de toute façon fascinante: la vie et le travail d’un chorégraphe vécus de l’intérieur, ses rapports amoureux, personnels et professionnels. L’histoire en elle-même est forte, mais la réalisation rehausse cette base écrite pour en faire un film superbe.

Le scénario n’est pas linéaire, ce sont des moments de vie qui s’enchaînent élégamment, on suit simplement le double de Fosse, Joe Gideon, à New York. Il travaille sur sa prochaine comédie musicale, peu soutenu par ses producteurs, et sur le montage d’un film sur un comique, dont il n’est jamais satisfait.

Joe Gideon est interprété par Roy Scheider, comédien magistral méconnu et sous-employé. Scheider s’est glissée dans la peau de Fosse et compose un rôle à la mesure du film, dément et attachant. Il trompe tout le monde et lui en premier, il est agaçant mais finalement tellement humain.

Jesssica Lange est l’ange de la mort, et quel ange ! Sublime, on mourrait pour elle, mais Gideon se débat et passe sa vie en revue. Un rôle trop court pour son talent. Les autres acteurs sont tous très bons, pas de surjeu, tout en finesse. La fille de Gideon est drôle et sautillante, son ex-femme est une danseuse étonnante.  Le comique filmé par Gideon est merveilleux ; il paraît que c’est une caricature de Dustin Hoffman dans Lenny. Le casting est vraiment excellent, on sent que tout le monde a pris du plaisir à tourner ce film.

All That Jazz est aussi un film de danse. Ici encore Fosse montre son talent, les chorégraphies sont belles, novatrices, exigeantes, et font la part belle au jeu des comédiens. Une leçon de mise en scène pour moi, chaque scène dansée fait avancer l’histoire, ce n’est pas un assemblage de chorégraphies liées par une histoire sommaire. Fosse plie la danse à son scénario.

Les musiques sont fabuleuses, la chanson d’ouverture, de George Benson, est superbe, et la chanson finale est un petit bijou. Les sons ont vieilli, on sent un côté électronique vieillot, mais mélodies et textes restent forts. Je me surprend à fredonner de temps en temps ceratines chansons du film.

La mise en scène de Fosse est moderne pour l’époque (1978), influencée par l’arrivée des « jeunes loups » à Hollywood (Spielberg, Lucas, De Palma…) mais foncièrement personnelle. Fosse ose des plans séquences, des raccords déroutants, ou des séquences plus psychédéliques. La prise matinale et quotidienne de drogues par Gideon est traitée en un mini-clip de quelques secondes qui enchaîne les images, comme un effet stroboscopique. Aronofsky piquera l’idée pour Requiem for a Dream. Sans abuser des travellings et des grues comme maintenant pour « dynamiser » la mise en scène, Fosse crée une ambiance intime très entraînante.

Le montage est exemplaire, je ne me lasse pas de revoir certaines séquences pour le plaisir de les décortiquer. Le monteur a fait un travail remarquable, discret mais très efficace. On devrait visionner ce film dans toute bonne école de cinéma.

L’image est belle, plutôt sombre mais le film paraît tout de même lumineux grâce à l’utilisation de spots à l’écran. C’est l’aspect du film qui a le plus vieilli, à cause des fringues et des décors, mais le film garde une image globale un peu floue qui fait son charme. Ce n’est pas de la belle image pour l’esthétisme, le film défend avant tout une histoire.

Un chef d’oeuvre à déguster au calme, le son à fond, et surtout en VO, le son est très important. La scène du début est superbe, la scène finale est démente, la scène rêvée à l’hôpital est fabuleuse, et la séquence « air-rotica » un morceau d’anthologie. Ne manquez pas ce film!

la bande annonce en VO non sous-titrée (quel titre stupide en français!) :

Nicolas