Archive for the EVÉNEMENTS Category

Concert d’Ultime Souffle

Posted in EVÉNEMENTS with tags , , , , , , on 17 juin 2012 by larocheauxloups

Terre qui brûle amasse les foules! À tous ceux qui, comme Votre Serviteur Loup en sa taverne, au coin des bars, érigent l’Humain d’abord en Vérité souveraine, projetons-nous un instant hors de cet écrin écarlate, hors des sphères humaines et de nos petites envergures, au côté de nous-même pour remonter la pente. Car elle est glissante, à notre époque de bulles qui éclatent l’une après l’autre, guirlande explosive qui préfigure le savon que l’Hominidé Premier, Petit Roi pacotillard du plancher des vaches, risque de voir s’abattre comme une lame sur ses habitudes toxiques.

Le Hors Humain nous invite, nous, les vivants si près du gouffre, promeneurs du soir ou curieux de passage, à nous faufiler entre les mondes, à souffler le temps d’un crépuscule, loin du marche-ou-crève, à ne faire plus qu’Un avec soi et reprendre l’ascension de notre zénith. La passerelle Debilly, arche rivetée au bout des eaux, éprise du vent, voie consacrée et passage d’une rive à l’autre, accueille le ballet des ombres, pour un concert d’Ultime Souffle en voltige majeure.

Le 3 juillet 2012, c’est communion. Car guerre échoue où pleine puissance advient. Alors accordons à la vie un pas de deux avant le trépas, désincarcérons le vent libre de la coque des pensées-forme, avant que le roseau ne rompe sous holocauste, et surtout: respirons!

Concert d’Ultime Souffle en voltige majeure, 3 juillet 2012 à 22H, passerelle Debilly, Paris.

Retrouvez toutes les infos sur le blog du Hors Humain.

Ici, le site web officiel du Hors Humain.

Retrouvez la page Facebook de l’événement.

Franck Balmary.

Au bonheur des hommes

Posted in EVÉNEMENTS on 11 septembre 2011 by larocheauxloups

À la bonne heure! Les Ohms de la résistance à la connerie conductrice se manifestent parfois en la capitale des lumières… Éteintes. Rien que de pâles flammèches, ami. Mais des qui persistent et gardent la flamme. En cette époque d’allégeance au Confort Ménager et à l’Avoir Suprême, la fraîche verdure du bon sens perdure tout de même sous les pluies rongeuses de l’acide mainstream et son cortège odieux de politiquement correct. L’Humain et sa civilisation du tout marchand est à la croisée de l’acceptation coupable et du Réveil. Le sursaut des gueules ouvertes bientôt affamées par l’idéologie de privatisation rampante refuse ici la sclérose des esprits. Plus qu’une question de « culture », il n’est rien de moins question ici que de garder les idées claires et la vision dégagée sur la nasse mentale qui se referme et l’orage qui ne préviendra pas. À paysage psychique consciencieusement dévasté à force de réalité téléspectaculaire, le demi siècle formidable des points de détails et des modernités radioactives accouche, au bout du rouleau compresseur, d’un besoin d’expression de plus en plus en plus vital, comme un bol d’air, et de spectacles savoureux, comme celui-ci.

Au bonheur des hommes nous trimballe d’une perversion sociétale l’autre, toujours financée par l’impôt citoyen. La logique bancaire? La rhétorique creuse? L’assèchement mental et les OGM plein vos estomacs? La République charter aux Rollex qui scintillent? La soupe aux isotopes? Le travailleur moyen, paupérisé au plomb durci des fatalités entretenues qui taxent toujours plus pour déconscientiser plus, n’a que l’embarras du choix des effondrements. Champ de concentrations verticales d’intérêts « supérieurs » qui piétinent, telles des colonnes d’acier irisées d’impérialisme, les libertés inaliénables du pantin « administré » réduit au vote mécanique et aux référendums muets, le pays des merveilles à peau lisse et sourire bleu pétrole passe à la moulinette de la plume surprenante de Jean-Marie Lecoq. N’en déplaise à la critique en bois, cette grande dame aigre et collaborante, corsetée dans le feu sombre des conservatismes, nous, nous ne ferons pas QUE fuir. Car la grenouille n’est pas encore cuite, que les crapauds d’or vicié à parachute se le disent. Clarisse Catarino fait moduler ses compositions originales et assaisonne la verve caustique des textes, la faisant résonner du chant de la note sensible. Rythmes et larmes de fond, fond et forme déforment et défont sans far, s’entrelacent et filent en une heure vingt cinq, telle une flèche enflammée d’humour grave. Liberté regarde-toi, tu n’es plus qu’apparat.

Théâtre du Lucernaire à partir du 3 août 2011 jusqu’au 9 octobre 2011 à 21H30.

Matinée: les dimanches 11/18/25 septembre et 2/9 octobre à 15H00.

Théâtre du Lucernaire, (Centre National d’Art et d’Essai): 53, rue Notre-Dame des champs, 75006 PARIS. Réservations: 01.45.44.57.34. Métro: Vavin ou Notre Dame des Champs.

Avec: Véronique Ataly, Christian Gaïtch, Jean-Marie Lecoq. Et le groupe Djazz’Elles: Clarisse Catarino (accordéon et compositions originales), Anne Gouraud-Shrestha (contrebasse) et Eva Slongo (violon).

Pour info: Les caisses sont ouvertes du lundi au jeudi de 11h à 22h, le vendredi de 11h à 23h, le samedi de 13h30 à 23h et le dimanche de 13h30 à 22h. Caisses fermées de 12h30 à 13h30. Les tarifs des différentes salles de spectacles et cinéma ici, aux différents horaires.

Un autre point réservation ici, sur billetreduc.com.

Franck Balmary.

Concert au profit de l’Union pacifiste

Posted in EVÉNEMENTS on 24 mai 2011 by larocheauxloups

Une pétite brève pour signaler un concert au profit de l’Union pacifiste auquel participe une amie chanteuse bien connue du Seigneur de la Roche. Une seule cause pour plusieurs artistes ce soir là au Forum Léo Ferré à Ivry. C’est dimanche 29 mai 2011, courrez-y!!

Franck.

Quartett

Posted in EVÉNEMENTS on 9 octobre 2009 by larocheauxloups

MERTEUIL – VALMONT – MÜLLER


laclos01Ce pourrait être l’accroche vendeuse d’une resucée ou suite douteuse du roman de Pierre Choderlos de Laclos (ci-contre) sorti en 1782, Les liaisons dangereuses. Considéré comme un chef d’oeuvre de la littérature française, cette histoire nous narre le duel indirect que se livrent deux membres de la noblesse française, la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont. A coups de défis toujours assez peu respectueux de leurs « cibles », ces deux personnages vont cultiver et pousser toujours plus loin leur art du libertinage et des intrigues. Jusqu’à développer une sorte de passion sous-jacente destructrice. Valmont, pourtant rusé et habile, en périt tandis que le masque de sois-disant vertu que Merteuil s’est patiemment construit s’effondre et laisse au jour ses sombres machinations de vengeance, la poussant à l’exil en Hollande. La petite vérole vient la défigurer et ainsi « couronner » la fin de parcours de cette reine de la manipulation.

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Imaginons maintenant que, par on ne sait quelle habileté dramaturgique ou scénaristique inspirée, nos deux personnages se retrouvent, des années après leurs frasques… dans un bunker après la troisième guerre mondiale! Vieillis et plus philosophes, ces deux ex-fleurons de la haute noblesse française du Versailles de la grande époque, somptueux et pourtant déja finement décadent, portent un regard sur ce qu’ont été leurs parcours respectifs, leurs actes, leur attitude face à la vie…

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… C’est là qu’intervient Heiner Müller et sa puissante relecture. Toujours sous le signe du libertinage et d’une certaine « crudité sexuelle », mame la marquise et notre « vicomte-chasseur » revisitent et rejouent eux-mêmes leurs « exploits » de jeunesse, leur propre mythologie. L’avancée dans la vie, l’altération purement physique, les emmène dans des considérations qui touchent au spirituel. Lying by the rags (L. Freud)C’est là tout le paradoxe de l’avachissement progressif des chairs qui se délitent et se dilatent, alourdies par le poids des ans et des expériences, qui mène l’esprit vers une liberté inattendue. Liberté de ton et de pensée, sans forme préfabriquée par des années de dogmes rassurants. « Les trois entrées du paradis », comme nous le crie ce Valmont encore debout, sont finalement très matérielles. D’après Hermès Trysmégiste, fondateur mythique de l’alchimie, dans sa Table d’Emeraude: « Tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas ». Dont acte.
Homme de dos (L. Freud)Savoir désapprendre pour mieux comprendre ou percevoir. La matérialité la plus crasse peut-être bien souvent la porte de la spiritualité ou d’un début de sagesse. Une personne ayant fait les 400 coups dans sa jeunesse aura-t-elle plus de choses à raconter que quelqu’un qui enferme sciemment son comportement dans un cadre culturel ou religieux (quel qu’il soit) trop étroit? La question est posée car certains religieux peuvent atteindre une grande connaissance de soi par la prière. Priver son corps de certaines expériences sous le poids d’interdits gravés dans on ne sait quelles pierres condamne à se priver de l’élargissement de son horizon mental, donc de sa conscience. La mémoire corporelle, riche de sensations emmagasinées au cours d’une vie, est essentielle. Ce doit être la quintessence, les cinq sens fondamentaux par lesquels se forge l’expérience, donc la pensée… Donc la liberté. Un corps est une surface impressionnable, comme la pellicule photo, véritable interface sensible menant à une meilleure compréhension du monde. L’esprit-matière… Ô, les condamnables envies! Mais n’est-ce pas en ayant des envies qu’on est en vie?
Des personnages ambivalents, destructeurs, peut-être pas si isolés dans leur tourmente, apercevant, en filigrane, « quelque chose », comme une réalité bien plus réelle encore, au-delà de la matière. Personnages tout en même temps profondément plongés dans leur addiction sensuelle.

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« La nuit des corps »
Cette confrontation entre Valmont et Merteuil est un jeu de masques pervers: sur la scène, les libertins jouent tantôt leur propre rôle tantôt se « travestissent »… Telle Merteuil jouant Valmont séduisant Mme de Tourvel ou Valmont déflorant la jeune Cécile de Volanges, jouée par Merteuil.

Nu (Matisse) La farce érotique tourne très vite à l’entre-dévoration aboutissant au sacrifice de Valmont-Tourvel sur l’autel du narcissisme de Merteuil. Ces deux personnages qui en deviennent quatre, pour ce jeu de rôles, forment un quartette et affrontent avec une violence inouïe la réalité odieuse et brutale. Pour ces libertins post-modernes, l’idée de l’âme humaine est un long mensonge nécessaire au christianisme pour assurer son empire sur les corps. Le corps seul, en effet, dit vrai, même et surtout altéré par le temps et férocement en quête de désir et de volupté.

« Chaque mot est un caillot de sang »
Pour Heiner Müller, le détour par la fin du XVIIIème siècle, c’est-à-dire le monde qui précède la Révolution Française, permet de toucher au coeur le mal occidental et s’écrit en lettres amorales le temps des massacres qui auront lieu dans un bunker après la troisième guerre mondiale. Le monde n’est plus qu’une « encyclopédie à l’agonie ».
Cette pièce qui fouille impitoyablement l’archéologie du monde occidental est l’une des seules qu’ait représenté Müller au Berliner Ensemble.

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Cette mise en scène d’Emmanuel de Sablet, minimaliste et peu éclairée, confère à ces répliques riches de sens le sentiment de la proximité du Néant. Néant fatal qui succède à l’usure finale de « l’habit de chair », cette « nuit des corps » qui succède à la finitude. Seule la mort est éternelle, dit-on… Un voyage en eaux troubles servi par des acteurs vibrants et polymorphes, imprégnés de leurs personnages irrévérencieux jusqu’au bout des… ongles. La justesse de ton, tantôt sobre, tantôt enflammé, nous  emporte directement au coeur de ce texte hors normes.

Juste pour le plaisir, une petite citation de la Merteuil (qui n’a rien perdu de son mordant :-)):
« Qu’avez-vous appris si ce n’est à manoeuvrer votre queue dans un trou en tous points semblable à celui dont vous êtes issu, (…) dans l’illusion que l’applaudissement des muqueuses d’autrui va à votre seule personne, (…) alors que vous n’êtes que le véhicule inanimé de la jouissance de la femme qui vous utilise. »

C’est sûr que vu comme çà… Pour les plus curieux, une bande annonce est déja disponible:

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QUARTETT
d’Heiner Müller

Avec : Joséphine Déchenaud et Claude Crétient

Mise en scène : Emmanuel de Sablet

Lumières : Cyril Hamès

Du mardi au vendredi à 21 h
A partir du 7 octobre 2009
(relâche exceptionnelle le 9 octobre)

Théâtre du Picolo (http://www.lepicolo.com)
58 rue Jules Vallès. 93400 Saint-Ouen
(métro : Porte de Clignancourt) Localiser le théâtre avec la RATP

Réservation : 01 40 11 22 87 ou contact@lepicolo.com

Tarif unique : 5 euros jusqu’au 21 octobre
Ensuite : 12 euros et 10 euros (places sur billetreduc.com)
Photos et détails sur theatre-contemporain.net

Un dernier petit mot du metteur en scène:
Si vous ne connaissez pas encore ce petit théâtre qui fait également restaurant les jours de puces, c’est l’occasion de le découvrir. Son accès en est simple à partir de la Porte de Clignancourt (7/8 minutes de marche). J’espère que l’aventure vous tentera et qu’elle nous donnera l’occasion de nous voir ou revoir autour de cette œuvre d’une puissance organique incroyable et savoureuse !

Lucian Freud (par Guy Oberson)
Franck.

Les Jardins de Bagatelle avec Richard Khaitzine

Posted in EVÉNEMENTS with tags , , , , , , on 5 mai 2009 by larocheauxloups

L’incontournable Richard Khaitzine propose à nouveau une promenade du Savoir pour découvrir cette fois les Jardins de Bagatelle. Au programme : visite d’une demeure philosophale (autrement dit un support architectural de l’Art Hermétique), histoire et symbolisme du domaine, visite de la roseraie (concours international des roses). Conférence-promenade gratuite qui s’annonce passionnante sous le soleil de juin (histoire de respirer le bon air de la nature), merci Richard de nous dispenser votre savoir éclectique. Plus d’informations chez l’ami JCC.

Retrouvez sur LRAL les détails de cette promenade.

Nicolas

Serial plaideur

Posted in EVÉNEMENTS on 27 décembre 2008 by larocheauxloups

Il sévit dans les tribunaux depuis les années 50 où il plaida la cause d’une jeune Algérienne nommée Djamila Bouhired. Djamila avait agi au nom du FLN en pleine guerre de décolonisation lorsque l’Algérie voulût rompre le lourd cordon ombilical qui la liait à la métropole française. Bombes posées çà et là, guérillas et embuscades, ces actes que l’on qualifierait aujourd’hui bien vite de terroristes fleurissaient et l’Etat français comptait bien sur les quelques activistes pris au passage pour montrer à quel point la sanction serait dure.
Maître Vergès, eût l’idée de médiatiser le procès à outrance pour recentrer le débat, non pas sur l’acte violent de sa cliente en tant que tel mais bien pour pointer du doigt le procès en lui-même et amener l’opinion publique à réfléchir sur la légitimité d’une institution représentant une nation, la France, écrasant de manière arbitraire une autre nation, l’Algérie, par la force depuis 130 ans de colonie.
Cette démarche amena tant de réactions sur le plan international que Djamila devint un emblème, à tel point que le Président René Coty préféra la grâcier au début de l’année 1958.
Après ce coup d’éclat et au cours d’une longue carrière tumultueuse, l’Avocat de la Terreur, bête noire du barreau et surtout de l’Etat français, côtoya de près la matière humaine avec tout ce qu’elle comporte de dérapages et de déviances et en tire aujourd’hui une vision d’ensemble. Il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre les méchants, nous dit-il en substance. Tout acte dit répréhensible par la loi est toujours le résultat d’un cheminement, d’un enchaînement parfois complexe d’événements ou de coups durs qui font basculer la vie d’un individu lambda dans le déraisonnable et amènent au geste fatal, à l’irréparable.
Cette obscurité latente est en chacun de nous, homme ou femme, enfant comme adulte et elle peut surgir à la faveur d’un contexte difficile. Sans non plus excuser les gestes les plus horribles, jamais, Maître Vergès nous explique qu’il est de notre devoir, d’une part, d’en comprendre la mécanique fatale pour ne plus les reproduire et, d’autre part, parce-que les dérapages, si condamnables soient-ils, restent parfaitement humains et nous renvoient, en cela, à notre propre nature.

« Aucune vérité ne peut émerger d’un procès, car plus important que les faits, il y a l’homme et cet homme échappe aux verres fumés de nos juges, à la logique binaire des interrogations. D’où la beauté ambigüe des personnages dans les procès réussis, prêts à toutes les métamorphoses. Jeanne d’Arc, chef de guerre, devient sorcière puis sainte; contrebandier, Mandrin devient un chevalier sans roi; Raymond la Science n’est pas le même aux yeux d’un banquier et aux yeux d’un prolétaire. » *

Maître Vergès pointe du doigt cette humanité là, celle qui varie, qui dévie, un jour, de son « droit chemin » pour nous expliquer qu’il n’y a pas « les hommes et les autres mais bien les hommes et les hommes ». Car « les autres », c’est nous.

« Défendre Hitler, c’est évidemment le rêve de tout avocat digne de ce nom, un artiste judiciaire et non un alpiniste de l’ascension sociale. Et pour établir son dossier il devra s’appuyer non pas sur Mein Kampfouvrage de circonstance et lieu commun de tous les racismes de l’époque mais sur les propos de table précisément recueillis par Martin Bormann où apparaît un héros de Dostoïevski, un possédé, un Stavroguine à même de réaliser tous ses défis à la morale courante, plus préoccupé d’esthétisme que de rationalité. C’est le genre de personnage ambigu taillé pour donner naissance aux mythes les plus contradictoires. » *

A propos d’une éventuelle défense d’Oussama Ben Laden:

« Bien sûr que j’accepte. La défense ici est simple. Vous occidentaux vous occuppez matériellement une partie de la communauté des musulmans et spirituellement la totalité, chefs et rois étant des pantins entre vos mains. Nous portons la guerre chez vous comme vous la portez chez nous. Et les attentats que nous commettons ne diffèrent pas des bombardements et blocus dont sont aussi victimes les civils chez nous. » *

A propos d’une éventuelle défense de Georges W. Bush:

« Le procès Bush ne peut-être un procès de rupture car son action correspond à la morale de l’Occident. Il y a un monde du Bien, le nôtre, et un monde du Mal, celui des autres, et la Terre est trop petite pour qu’ils puissent coexister. Il faut que l’un d’eux disparaisse. Comme nous sommes les plus forts, ce sera le monde des autres. Et que nos méthodes ne correspondent pas à notre idée affirmée, quoi de plus normal puisque la guerre est un moment d’exception. » *

* propos recueillis par Frédéric Franck, directeur du Théâtre de la Madeleine.

Un long monologue d’une heure et demi, certes, mais passionnant miroir de nous-mêmes que cette réflexion d’un homme de terrain s’abstenant toujours de juger autrui. Le tout sobrement présenté dans le décorum du bureau du Maître. Pour info, c’est 33€ la place, 25€ sur le site de la FNAC. Donc pas excessif.
Pour les dates, c’est du 21 septembre au 29 décembre 2008, le dimanche et le lundi. Le spectacle a récemment été prolongé jusqu’au 28 février 2009 et joué le samedi soir en plus.

Franck


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Voici quelques pensées et réflexions en lien avec le sujet:

 

« Il est effrayant de penser que cette chose qu’on a en soi, le jugement, n’est pas la justice. La justice, c’est l’absolu. Réfléchissez à la différence entre un juge et juste. »

Victor Hugo (L’homme qui rit, 1869).

 

« (…) Votre littérature, vos beaux-arts, vos divertissements d’après-dîner, célèbrent le crime. Le talent de vos poètes a glorifié le criminel que dans la vie vous haïssez. Souffrez qu’à notre tour nous méprisions vos poètes et vos artistes. Nous pouvons dire aujourd’hui qu’il faut une rare outrecuidance au comédien qui ose feindre sur la scène un meurtre quand il y a chaque jour des enfants et des hommes dont le crime, s’il ne les conduit pas toujours à la mort, les charge de votre mépris ou de votre délicieux pardon. (…) »

Jean Genet (L’enfant criminel, extrait).

 

« (…) Le talion est de l’ordre de la nature et de l’instinct, il n’est pas de l’ordre de la loi. La loi, par définition, ne peut obéir aux mêmes règles que la nature. Si le meurtre est dans la nature de l’Homme, la loi n’est pas faite pour imiter ou reproduire cette nature. Elle est faite pour la corriger. Or le talion se borne à ratifier et à donner force de loi à un pur mouvement de nature. (…)
Laissons de côté le fait que la loi du talion est inapplicable et qu’il paraîtrait excessif de punir l’incendiaire en mettant le feu à sa maison qu’insuffisant de châtier la voleur en prélevant sur son compte en banque une somme équivalente à son vol. Admettons qu’il soit juste et nécessaire de compenser le meurtre de la victime par la mort du meurtrier. Mais l’exécution capitale n’est pas simplement la mort. Elle est aussi différente, en son essence, de la privation de vie, que le camp de concentration l’est de la prison. Elle est un meurtre, sans doute, et qui paye arithmétiquement le meurtre commis. Mais elle ajoute à la mort un règlement, une préméditation publique et connue de la future victime, une organisation, enfin, qui est par elle-même une source de souffrances morales plus terribles que la mort. Il n’y a donc pas équivalence. Beaucoup de législations considèrent comme plus grave le crime prémédité que le crime de pure violence. Mais qu’est-ce donc que l’exécution capitale, sinon le plus prémédité des meurtres auquel aucun forfait de criminel, si calculé soit-il, ne peut être comparé? Pour qu’il y ait équivalence, il faudrait que la peine de mort châtiât un criminel qui aurait averti sa victime où il lui donnerait une mort horrible et qui, à partir de cet instant, l’aurait séquestré à merci pendant des mois. »

Albert Camus (Réflexions sur la guillotine, 1957, extraits)

 

En février 1848, le Gouvernement provisoire de la Seconde République a aboli par décret la peine de mort en matière politique. en septembre, un débat s’ouvre sur la question d’une abolition totale. Ce projet notamment défendu par Victor Hugo, échoue.

Le citoyen Président
la parole est à M. Victor Hugo.
(Mouvement d’attention.)

Le citoyen Victor Hugo
Messieurs, (…) je dirais peu de mots, mais ils partiront du sentiment d’une conviction profonde et ancienne. Vous venez de consacrer l’inviolabilité du domicile, nous vous demandons de consacrer plus haute et plus sainte encore: l’inviolabilité de la vie humaine. Messieurs, une constitution et surtout une constitution faite par et pour la France, est nécessairement un pas dans la civilisation; si elle n’est point un pas dans la civilisation, elle n’est rien.
(Très bien! Très bien!)
Eh bien songez-y! Qu’est-ce que la peine de mort? La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie.
(Sensation.)
Partout où la peine de mort est prodiguée, la barbarie domine; partout où la peine de mort est rare, la civilisation règne.
(Mouvement.)
Ce sont là des faits incontestables. L’adoucissement de la pénalité est un grand et sérieux progrès. Le 18ème siècle, c’est là une partie de sa gloire, a aboli la torture; le 19ème abolira certainement la peine de mort.
(Adhésion à gauche.)

Plusieurs voix
Oui, oui!

Le citoyen Victor Hugo
Vous ne l’abolirez pas peut-être aujourd’hui; mais n’en doutez pas, vous l’abolirez ou vos successeurs l’aboliront demain!

Les mêmes voix
Nous l’abolirons!
(Agitation.)

Le citoyen Victor Hugo
Vous écrivez en tête du préambule de votre constitution: « En présence de Dieu », et vous commenceriez par lui dérober, à ce Dieu, ce droit qui n’appartient qu’à lui, le droit de vie et de mort!
(Très bien! Très bien!) (…)
Je vote l’abolition pure, simple et définitive de la peine de mort.

Victor Hugo, 1848.

 

Et ici, une vision fort à propos du colonialisme:

 

« (…) Je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie; que, de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir à extirper une seule valeur humaine.
Il faudrait d’abord la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viêt-Nam une tête coupée et un oeil crevé (et qu’en France on accepte), une fillette violée (et qu’en France on accepte), un Malgache supplicié (et qu’en France on accepte), il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors, un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour: les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit: « Comme c’est curieux! Mais bah! C’est le nazisme, çà passera! » Et on attend, et on espère; et on se tait à sois-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice; que ce nazisme là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’oeil là-dessus, on l’a légitimé, parce-que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens; que ce nazisme là, on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisations occidentale et chrétienne.
Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’un Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’Homme, ce n’est pas l’humiliation de l’Homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Indeet les nègres d’Afrique. (…). »

Aimé Césaire (Discours sur le colonialisme, 1950, extraits)