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Qui suis-je? Pierre Plantard

Posted in RENNES-LE-CHÂTEAU with tags , , , on 27 avril 2014 by larocheauxloups

Comme toutes les histoires multidimensionnelles à rebondissements fous, le métafeuilleton à tiroirs de Rennes-le-château, au fil des recherches et des auteurs, abat ses atouts et tombe les masques d’une ténébreuse affaire, au doux parfum de meurtre et de gros sous, et notamment celui de Pierre Plantard, étrange instigateur à l’omniprésence absente dont l’habileté falsificatrice hors normes a réussi à nous monter un fait divers, pécunier en diable (c’est le cas de le dire!), au rang de pièce montée mytho-historico-ésotérique d’envergure nationale, voire plus si affinités.

EN TETE STATUTS PRIEURE DE SION

Zaepfel

Geneviève Zaepfel

L’historien Arnaud de l’Estoile, spécialiste de l’étude de l’ésotérisme et sociétaire de la Société des Gens de Lettres (SGDL), s’attache ici au parcours personnel de Pierre Plantard. Méticuleusement chronologique, ce dépoussiérage s’avère précis et fouillé mais pas seulement car il éclaire un aspect assez peu traité du personnage, à savoir l’envergure politique de celui-ci. Longtemps estampillé « collabo » lors de l’occupation allemande en 1940, doublé d’un opportuniste affamé de gloriole, l’image d’Epinal s’affine ici pour laisser entrevoir d’autres buts à plus long terme de cet homme de l’ombre, du moins un horizon mental et des visées sociétales plus vastes qu’on ne l’auraient soupçonné il y a encore deux ans, avant la parution de l’ouvrage commun de Christian Doumergue et Thierry Emmanuel-Garnier, Le Prieuré de Sion – Le véritable secret de Rennes-le-château, premier jalon de cette « trilogie plantardienne » qui marque le changement d’appréciation progressive que l’on a du personnage aujourd’hui. Car c’est dans sa jeunesse que Pierre Plantard va puiser toutes ses sources et inspirations, dans les milieux ésotérico-littéraires de l’entre-deux guerre, chaudron « fulcanelliesque » notoire cher à l’alchimiste Eugène Canseliet.

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L’engagement politique de Plantard va trouver son plein accomplissement à la fin des années 1950 et dans les années 1960, alors même que paraîtront, en parallèle, les premiers livres coup de poing sur les affaires de Gisors et Rennes-le-château, reposant sur les documents ou « archives » fournis par ledit Plantard, en une collaboration plus ou moins harmonieuse avec leurs auteurs affichés. Force est de constater qu’à la célébrité, ce fantomatique personnage choisit le retrait savamment calculé et l’anonymat pour mieux œuvrer, faisant le maquis des projecteurs pour mieux manœuvrer et distiller ses « sources », et ainsi imprimer sa vision de l’évolution du monde à des énigmes historiques françaises très localisées.

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Pierre Plantard et Jean-Luc Chaumeil

Entre en scène l’inévitable notion de canular gigantesque, au vu des « faux » (ou « vrais faux ») produits par Plantard, avérés de nos jours. La notion de farce fait évidemment partie intégrante du processus de my(s)thification de l’histoire du « curé aux milliards », jugée néanmoins insuffisante comme fin en soi par un auteur, cité dans cette étude, ayant approché de près le fantasque ésotériste. Alors, Pierre Plantard Grand Marionnettiste devant l’Eternel ou jouet des propres auteurs qu’il croyait piloter? Va savoir, Georges, blague de pataphysicien

Philippe de Chérisey

Philippe de Chérisey

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Gérard de Sède

Aujourd’hui, comme le prouve le passionnant Le secret dévoilé – Enquête sur les mystères de Renne-le-château paru en 2013, la réflexion s’est épaissie, déplacée, enrichie. A la vision poétique de Christian Doumergue, Arnaud de l’Estoile apporte un complément factuel d’une grande richesse sur la vie même de l’homme. Un homme qui, semble-t-il, a voulu inclure Rennes-le-château dans un ensemble pour peut-être nous aiguiller sur cet ensemble et ne plus seulement regarder vers un Rennes-le-château creux (et en transpirer des nœuds au cerveau)…

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Un livre assurément instructif pour les férus de cette histoire, sans creuseurs de tunnels ni piocheurs de trésors. Trouvable aisément sur le net: http://livre.fnac.com/a6960511/Arnaud-de-L-Estoile-Pierre-Plantard

Plantard Pardès

Franck Balmary.

Le secret dévoilé

Posted in RENNES-LE-CHÂTEAU with tags , , , , , , , , , on 24 mars 2014 by larocheauxloups

Rennes-le-château, Mystère éternel, mère de toutes les affaires occultes, n’en finit plus d’engendrer thèses et théories. Délires new age d’un côté, glissant vers un Bugarach toujours environné « de bio-énergéticiens », d’ésotéristes « tout amour » et de bases martiennes sous-jacentes, ou écrits rationalistes de l’autre, tentant de s’en « tenir aux faits » (quitte à en rester prisonnier), l’histoire du curé Bérenger Saunière fait couler l’encre et l’imagination en flots ininterrompus. Et puis, il y a toujours, surgissant de ce peuple nombreux de subjectivités « étayées », le propos qui détonne et sort du lot, mu par une intuition plus fine et un coup de projecteur bien senti et mieux ajusté. C’est le cas de Le secret dévoilé, enquête sur les mystères de Rennes-le-château.

Volontairement, je ne déflorerai rien, ou très peu, du livre, d’autres critiques et nombreuses conférences de l’auteur s’en sont déjà chargé. Mais on y reconnaîtra trois qualités:

Saunière 1891

Bérenger Saunière

1) la méthodologie.

La structure permet d’y voir enfin clair dans cette énigme. L’auteur commence par détricoter tout ce qui touche à la vie du curé, exposant les nombreuses histoires dans l’histoire. Car il importe plus que tout de partir d’un socle ferme. Arrivé le 1er juin 1885 à Rennes-le-château, Bérenger Saunière s’enrichit assez vite et le montre de manière ostentatoire par la réfection de l’église tout d’abord, puis la construction d’un domaine au faste pour le moins voyant dans une région agraire. Au fil des déductions et des documents retrouvés en archives (Bibliothèque nationale et archives départementales de l’Aude entre autres), Christian Doumergue met à jour la source de financement concrète des « grands travaux » du curé. Et, au passage, inscrit pleinement le personnage dans sa pensée politique et sociale du moment, à l’heure où la France s’approche de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, position déjà évoquée clairement par Catherine Pierdat à propos du curé de Rennes-les-bains, Henri Boudet, dans son livre L’île sacrée.

Saunière décède en 1917 et ainsi se termine le premier acte d’une histoire locale qui va s’amplifier jusqu’au mythe par l’entremise d’un certain Pierre Plantard. Intervenu bien plus tard, dans les années 1960, par le biais de divers écrivains, Plantard va créer, pièce après pièce, la fable que l’on connaît aujourd’hui. Ainsi, même si nous le savions déjà, Christian Doumergue met bien en évidence, dans une deuxième partie, les deux époques de cette affaire (la vie de Saunière, dans un premier temps, et l’action de Pierre Plantard qui se greffe sur l’affaire Saunière, dans un second temps) et l’importance de les étudier chacune à part pour mieux les mettre en lien. La compréhension de cette bi-polarité est essentielle. Les dix dernières années ont vu Pierre Plantard passé au pilori d’une déferlante de critiques dessinant le portrait d’un homme tantôt « collabo », tantôt mythomane. L’affaire de Rennes-le-château devait en passer par cette saine déconstruction mais aujourd’hui il importe de sortir de l’approche binaire faux-vrai / vrai-faux.

2) L’analyse littéraire.

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Pierre Plantard

Qu’il ait retourné sa veste, certes, mais à répéter que Pierre Plantard n’était qu’un sombre mytho narcissique, à force de « prouver » l’imposture plantardienne, à s’acharner ainsi en réquisitoires purement démonstratifs, l’affaire menaçait de s’échouer dans une sécheresse analytique de spécialistes. Car la question qui arrive juste derrière les dénégations est: pourquoi? Pourquoi diable cette immense construction fantasmatique de Pierre Plantard et consorts, pourquoi autant d’énergie et de temps passés au travestissement de lignées royales, à l’invention d’une fausse société secrète, le Prieuré de Sion, ou à l’écriture de récits initiatiques codés type Serpent rouge, brodé autour d’un fait local arrivé des années auparavant dans le fond de la France, au pied des montagnes? Seulement pour le plaisir de la farce? Cela semble un peu maigrelet… Ou peut-être le surréalisme formel façon canular est-il lui-même la substance du trésor et le témoin des richesses immatérielles que recèle l’humain… C’est sous cet angle que Doumergue attaque et fait montre d’une analyse emprunte de finesse, faisant autant œuvre de logique soucieuse de ses sources que de sensibilité, quittant enfin le moule de l’approche purement factuelle pour nous plonger dans un monde de suggestions et de puissances évocatrices. L’étude infratextuelle mettant en lumière les multiples degrés de lecture et clés de codage, s’avère capitale pour embrasser toutes les dimensions de l’œuvre scripturaire de Plantard et ses différents étages, construites au fil des années.

3) La poétisation.

Rédigé à la première personne, on note, dès les premières lignes, le souffle poétique qui tient en vie ces réflexions. Vision subjective presque « fictionnalisée » sur la base du parcours mental de l’auteur, nous assistons à l’évolution de conscience de celui-ci au fil des découvertes, de sa prise d’épaisseur au détour des questionnements, évolution que tout un chacun peut connaître au contact de réalités gigognes de ce type.

Bref, au-delà même du propos de Pierre Plantard mis à nu, dont chacun est libre de penser ce qu’il veut, ce livre apporte une nouvelle vision de l’affaire, une nouvelle façon de la comprendre et de l’envisager. Qui, d’ailleurs, serait peut-être à étendre à d’autres protagonistes, comme Philippe de Chérisey… Finalement, nous nous trouvons au cœur du monde littéraire français de la fin du XIXème et du XXème siècle qui s’est transmis certains savoirs de nature hermétique, milieu dont a si souvent parlé Richard Khaitzine.

Pierre Plantard et Philippe de Chérisey

Pierre Plantard et Philippe de Chérisey

Grâce à une structure claire, un propos accessible, poétisé par une passion incontestable pour la région de l’Aude, son histoire et CETTE histoire, loin des exégèses mécanistes des techniciens du mystère qui ont fleuri ces dernières années, Christian Doumergue rend à l’énigme son éclat de merveilleux et nous reconnecte avec la dimension du rêve, cette poche d’imaginaire si nécessaire pour avancer. Le pire des néophytes peut même risquer un voyage dans les méandres de ces six cent et quelques pages sans crainte de s’y perdre, l’esprit de synthèse offrant une compréhension limpide, marque d’un certain respect des lecteurs. Un bon moment pour qui aime fourrer sa truffe dans les sujets à mystères ou batifoler en bordure d’irréel, incontestablement.

Sorti le 6 juin 2013, Le secret dévoilé est encore largement trouvable, par exemple sur le site internet des Editions de l’Opportun: http://www.editionsopportun.com/produit/164/9782360752492/Le%20secret%20devoile

Secret dévoilé

Franck Balmary.

L’île sacrée

Posted in RENNES-LE-CHÂTEAU with tags , , , , , , , , , , , on 13 avril 2012 by larocheauxloups

Une somme. C’est l’idée maîtresse qui s’impose lorsque l’on ressort de la lecture de L’île sacrée, de Catherine Pierdat. Un mot a entendre dans toutes ses dimensions, pas uniquement quantitative. C’est plutôt par sa finesse d’analyse et la prise en compte de différents niveaux de compréhension que brille cet essai pas comme les autres. Catherine Pierdat nous raconte l’éternelle histoire du trop fameux curé de Rennes-le-Château, Bérenger Saunière, et de son enrichissement mystérieux, mais vu du côté de son collègue de l’époque Henri Boudet, curé du village voisin de Rennes-les-Bains. Longeant les rives de la Salz, Rennes-les-Bains est nichée en contre-bas, à quelques kilomètres de sa sœur « inspirée », au creux des sources chaudes et ferrugineuses connues déjà des Romains.

Un puits de savoir(s) trop souvent boudé, ce père Boudet, qui produit pourtant plusieurs livres de son vivant. Mais c’est l’un d’eux qui accapare le vedettariat avec la mise à jour de l’affaire du « Curé aux milliards » en 1956. C’est en 1886 que l’abbé Boudet publie La vraie langue celtique et le cromleck de Rennes-les-Bains, dans lequel il s’évertue à démontrer par moult exemples que, grosso modo, la langue anglaise est la racine de la langue celte. Un propos audacieux, pour ne pas dire férocement capillotracté, qui est accueilli à gorges déployées par ses pairs de l’époque. Comment croire un instant qu’un aussi fin lettré, qui plus est détenteur d’une licence d’Anglais, puisse soutenir une thèse grotesque comme pas deux? La réponse est simple: c’est que, à l’image de l’œuvre d’un François Rabelais, d’un Maurice Leblanc ou autre Jules Verne (pour ne citer que ces pointures aux imaginaires hypertrophiés), son livre est codé. Beaucoup de gens qui s’affairent à dénouer les fils de l’énigme rennaise s’accordent à dire que LVLC est un ouvrage « spécial » mais jamais jusqu’à présent il n’avait été détricoté avec une aussi perçante acuité.

Sentant le lièvre d’importance, l’angle mort apte à éclairer les principales zones d’ombre de cet imbroglio extravagant, Catherine Pierdat s’embarque dans les sentiers tortueux de ce monument scripturaire, pour reprendre ses propres termes, amorcés en filigrane tout au long du livre. Car s’il présente un codage évident, il en va d’une toute autre paire de manche que de le décoder. En effet, nous entrons ici de plein pieds dans un monde de non-dits de type littéraire, où la logique « carrée » plus arithmétique doit être abandonnée, sous peine d’enfermer ses raisonnement dans le petit confort d’une interprétation monocorde. Pour reprendre la préface de Christian Doumergue, un autre auteur qui s’intéresse à Rennes-le-Château:

Le fait que le codage du livre (codage dont l’existence est à peu près acquise pour tous) ne soit pas logique, mathématique, invite à rentrer dans une façon de percevoir le texte qui ne relève pas des sciences exactes. C’est là que réside toute la subtilité de l’écrit (la difficulté de sa correcte réception) et l’ouverture à un nombre quasi illimité de lectures.

Le décor est planté… Mais à ce défi au tronc noueux et aux fleurs de coton, Catherine Pierdat répond par la complétude. Elle a su éplucher et comprendre une par une les allusions, les a-peu-près phonétiques, les rapprochements de sens ou les rejets trop visibles de l’auteur pour mettre à jour un fil conducteur habilement dissimulé. Son décorticage sillonne toutes les voies d’analyse: symbolisme, histoire, géographie dite « sacrée » (description de l’environnement audois mais aussi du tracé de certaines constellations), alchimie, mythes grecs, tarot de Marseille, analyse picturale, etc… ce cocktail hyper dense nous propulse droit dans les fondamentaux de la culture occidentale et sait envisager le contexte de cette énigme dans les multiples sens de lecture qu’elle imbrique. À mesure que les pages tournent, une formidable machinerie dévoile ses contours, toujours plus nette, et qui n’avait d’autre but que l’avènement d’un formidable événement, heureusement sans suite, même si certains aujourd’hui rêvent de la même chose, à force d’une compréhension tronquée de l’universalisme et ses symboles. Cette étude, avec ses finesses, arrive donc à point nommé et fait force pédagogie. Une lucidité salutaire et oxygénée quand d’autres aigreurs contemporaines prônent et croient encore, de façon premier degré, en une lignée royale française « d’essence divine » ou « venue d’ailleurs » et crachent sans cesse sur la mutation sociétale majeure qu’a occasionné la Révolution de 1789, sans se rendre compte qu’ils en bénéficient aujourd’hui des avancées libertaires (même si elles sont salement perverties et en grand danger actuellement). Le but n’étant pas ici de déflorer en quelques lignes insignifiantes un travail méticuleux de quatre années, tout juste démoulé de sa tempête sous crâne, nous n’en dévoilerons pas plus.

 L’île sacrée est assurément une recherche qui fait mouche, à lire et relire pour s’en pénétrer de la substantifique moelle et en appréhender de manière claire le cheminement considérable. Un point de vue qui apporte, sans conteste, un nouvel élan de fraîcheur et de lumières bleues à cette « affaire » qui dure, qui dure… mais qui interpelle plus que jamais. Car la conclusion est, pour reprendre Christian Doumergue dans la préface:

… située à des lieues (au propre comme au figuré) de celles jusque-là exposées.

Cet aboutissement m’a moi-même grandement surpris mais il ouvre une perception nouvelle, qui entre, avec force, en résonance avec les turpitudes de notre époque. Reste qu’au-delà de l’aspect politique, la dimension spirituelle est clairement posée. Ne sommes-nous ici-bas qu’un reflet de « métastructures » qui ordonnancent le vivant? Si oui, de quelle nature? Et l’on en revient à la logique pure, au Verbe Universel et son logos, au cercle composé d’une infinité de points de dimension nulle mais sans circonférence, etc… Mais l’on s’éloigne…

Un seul point noir, si l’on peut dire, concerne l’objet livre lui-même, non le contenu: les illustrations. Manque criant de définition, notamment pour le tableau de Nicolas Poussin, qu’on ne présente plus, ou la carte d’Edmond Boudet. L’œil s’esquinte les prunelles à essayer de débusquer les détails. Même sans parler d’impression couleur, toujours plus onéreuse, un effort sur la qualité d’impression des documents n’aurait pas été du luxe. Peut-être pour la prochaine édition… En attendant, le livre peut se commander sur le blog de Catherine Pierdat, consacré à l’affaire de Rennes-le-Château. Pour qui s’intéresse à cette histoire et à l’histoire secrète en général, ce pavé vaut d’être arpenté par nos intelligences, pour ensemencer de nouvelles réflexions. Car les chemins de traverse érudits d’Henri Boudet valent la promenade.

Franck Balmary.

P.S.: et merci à Catherine pour sa dédicace!