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Marée populaire 26 mai – Le mans

Posted in POLITIQUE-SOCIETAL with tags , , , , , , , , , , , on 10 juin 2018 by larocheauxloups

Un an. Un record. Un battement de cil qu’il aura suffit au dernier avatar de l’idéologie libérale pour se foutre à dos un pays. Au bout de 40 ans d’attaques sur le modèle social, depuis le premier choc pétrolier jusqu’à l’atonie des années télé, l’occident ossifié est en marche vers la phase terminale du braquage institutionnel, à fond de cinq. Et forcément, le bitume craque où les esprits s’échauffent. Mais revenons un peu en arrière…

10H.

IL est droit, IL est fier, IL est de fer, IL marche sous les projecteurs aux pieds de la pyramide de verre, domine la poignée de votants aisés du haut de ses pieds d’argile pour le discours de la Victoire. IL irradie d’un bonheur cupide sur la tribune, sous l’angle favorable des caméras. Le verbiage s’enclenche, nourrit la fibre de la fascination. Du neuf! Du renouveau! Ô regardez! Plus de gauche, pas encore de droite! Comme il brille, ce phœbus promis, qu’IL est jeune, qu’IL est beau, l’Emmanuel, l’Envoyé de D… Adorez-le, bande de grolandais de basse extrace! nous allons être sauvés, nous le sommes déjà parce-qu’IL pose le regard sur nos pauvres porte-monnaies d’appauvris. D’ailleurs, IL le dit Lui-même, cette présidence sera « jupitérienne », les mecs. Jupiter, le roi des dieux à la table de l’Olympe. Rien que ça! Jupiter, du latin Jovis qui, par permutation de deux lettres, est la racine directe du prénom Louis (ainsi que du Clovis de la vieille langue franque, son ancêtre). Le tableau est donc posé: IL est « jupitérien », IL est notre nouveau Louis, nouveau roi d’un monde à rénover. Au plus vite. Nous voilà prévenus…

10H05

Les précédents faisaient encore semblant de composer avec le droit et les lois, celui-là c’est du monarque pur jus, une effigie shoutée aux ors de la République, trempé dans l’acier des ordonnances, pénétré de lobbies, comme dirait Ruffin. IL va défourailler à sec, droit devant, fracturer le socle de services publics qui fait encore de ce pays une nation, jusqu’à émiettement. L’ubérisation finale est à nos portes, nous clame le Manager qui préside à l’entreprise France, faut « moderniser » à grand train, on vous a assez tenu la main, les clampins, pas la peine de nous tenir la jambe. Nous culminons entre 60 et 80 milliards d’évasion fiscale, tout ce que vos chiards et vos vieux n’auront pas en crèches et en EPHAD. Avec Moi nous atteindrons les cimes. Fini l’impôt sur les revenus financiers, exit la taxe sur ces courageux entrepreneurs qui fuient la métropole. Il ne manquerait plus que ces braves engraissent le tas de fainéants sans ambitions qui pullulent dans nos gares! Chacun de Mes sujets doit être un conquérant, sinon il n’est rien. Surtout: très peu dormir comme Jupiter, dixit le Delahousse agenouillé. Tu veux participer au bien être de tes proches et de la communauté? Crée une start-up! Tu sais, la micro structure de hipsters qui tient sur 2 ou 3 PC installés dans un duplex à 700 000, dans le Néo-Paris gentrifié, et qui peut s’effondrer du jour au lendemain sans demander son reste ni rendre des comptes à ses salariés. Et d’argent tu ruisselleras! Pas besoin de Code du travail pour ces entreprenettes nouvelle sauce, nous sommes à l’ère de la simplification, nous allons édulcorer ce botin encombrant. D’ailleurs c’est fait. Le francé, ce genre de veau qui n’aime pas les « réformes », ça boude eu’le « changement » et « l’innovation », faut toujours lui s’couer les puces et lui faire la l’çon, même depuis la Roumanie, mais celle-là vous allez vous la manger sans broncher, pleine face. Permettre aux représentations syndicales minoritaires et pro-patronales de pouvoir éventuellement l’emporter dans des décisions importantes au sein de l’entreprise, diminuer la marge d’action des CHSCT, espacer les visites médicales de 4 ans, réduire l’Inspection du Travail à un simple donneur d’avis pour faire trimer plus vite son apprenti sur des machines-outils à risque, etc… maintenant que les copains ont rendus les cerveaux disponibles, où « pouvoirdachat » sonne comme seul horizon, ça va passer comme papa dans maman. Sans compter que bientôt il y aura moins de députés, ce sera encore plus facile…

10H15. Marée montante.

Réformer, il faut. Nous devons. C’est ce que la Voix Me souffle à chaque minute. Car Je suis sa chose. De l’autre côté Je taperai sur les retraites et ces pouilleux qui raquètent 50 balles aux APL, au lieu de se lever le matin pour se payer le costume de leurs rêves et se renseigner sur l’histoire du pays. Ils vont devoir se sortir les doigts, ces zéros du productivisme qui devraient en prendre de la graine du colonel Beltrame et devenir des héros morts. Colonel, votre vocation exemplaire s’est fait instrumentaliser par un automate qui n’a connu le monde du travail que par la force des pistons, vous qui vous êtes jeté au secours de braves gens sans même y réfléchir, au fond d’une supérette de province. Vous, qui n’êtes plus mais qui vous êtes engagé dans la fonction publique, comme tant d’autres, parce-que vous ne spéculez pas.

Que les cheminots et la plèbe de fonctionnaires à grande gueule se le tiennent pour dit: « On est pas là pour le statu quo! » Le calendrier du monde nouveau est tracé. C’est un programme, c’est Notre Projet. Cette crise est un système, celui d’une contre révolution néolibérale anti-libertaire d’envergure mondiale, concoctée depuis un demi-siècle et dont Je suis l’Enfant Roi. Qui doit mener à la dérégulation policière. Chaque année, chaque mois de bénéfice net que Nous pourrons dégager de ce capitalisme qui n’en finit plus de clamser sera âprement sniffée. Nous pervertirons votre « Etat de droit » jusqu’à la moelle pour sucer le sang frais des dividendes acquis sur le dos de votre sueur et de vos données, consenties à vil prix. Nous écraserons la moindre abeille, le lycéen réfractaire n’a qu’a bien se tenir, les fourgons peuvent en isoler, du rebelle de bac à sable, de l’étudiant épris d’agora. Moi, Méprisant de la République, je vais accélérer, ça vous évitera de penser. Vous priver de cette possibilité de réflexion qui freine la flexibilité, c’est pour votre bien.

10H20

Oh, on avait compris, va, où Vous nous emmenez, Vous et Vos intérêts convergents. La nouveauté réside dans la blitzkrieg, le rythme d’enfer, le règne de la « com ». C’est le souffle court que nous assistons, impuissants, à cette escalade de coupes sombres, à la criminalisation de gens qui aident ou qui protestent, à la disparition des lits d’hôpitaux, la raréfaction des infirmières, la fermeture des petits bureaux de poste et la précarisation de leurs salariés, le soutien aux délocalisations type Whirlpool, aux licenciements abusifs type Ford ou Carrefour, au génie industriel bradé, au prolongement hors de prix de centrales nucléaires hors d’âge et de sécurité, à l’abandon de la loi Littoral qui permettait la protection de certaines zones, à l’installation autoritaire du compteur Linky par des sous-traitants privés, au maintient de l’emploi du glyphosate dans la belle agriculture toxique et la concentration toujours plus verticale des exploitations. Loyaux serviteurs de la République, vous en serez bientôt les intérimaires, braves employés du privé, vous ne serez bientôt plus qu’un peuple de serpillières qu’on pourra essorer à merci. Votre sort est bouclé, maintenant ils veulent se faire le rail. La bête humaine va reprendre du service, le salaire de la peur affûte ses incisives. D’ailleurs, il fait déjà des ravages au cœur du système, le Matignon nouveau est un despote dont le patron « assume » d’être un broyeur d’âmes et de compétences, pis encore, le justifie.

Le cynisme décomplexé a passé un degré. Que peut-on attendre, à l’échelle nationale, de telles coquilles vides à part le vide de sens et la mascarade permanente? Car il n’y a rien de neuf dans cette France de la marche arrière, les marcheurs apportent la nuit et franchissent les douves, vidangent leur huile sur le feu qui couve. Et parfois, l’hydre tombe un de ses masques, le « worst of » des fonds de tiroir de la réaction, le Darmanin qui s’improvise penseur et s’autorise le petit commentaire de trop sur le trop grand nombre d’aides sociales « dans c’pays », ce pays qui t’as éduqué et nourrit, p’tit, quoiqu’on puisse dire, dans ton cas, qu’il ait salement échoué. Cette verberie disséminée au goutte à goutte, sciemment, par petits crachats radioactifs dans les têtes, fait partie du plan. Un effort consciencieux, une agression de chaque jour, les acquis sont plus difficiles à faire tomber « dans c’pays » qu’ailleurs. La Grèce était une miette, le Portugal une poussière, la France est la clé de voûte. Si elle tombe…

Mais, à être trop gourmand, on brûle les étapes. Et qui brûle les étapes se brûle les miches. Le torchon brûle entre populo et politicard, plus précisément les carriéristes à l’œuvre aujourd’hui, vendus aux jeu des petits cadeaux entre « amis ». Le désaveu n’est plus d’hier et a viré au dégoût dans bien des cœurs. La fine équipe aux commandes n’échappe pas à la règle, avec ce surplus d’arrogance et de mépris pour les moins bien lotis, c’est-à-dire la grande majorité. La grogne a monté d’un cran, de concert avec la hausse de brutalité répressive et législative, inlassablement relayée par un chœur de louanges des grands médias, majoritairement acquis à l’idée de marche forcée. Car les quelques courageux journalistes d’investigation ou lanceurs d’alerte indépendants auront bientôt affaire au secret des affaires…

Reste donc le rassemblement, les drapeaux, la couleur, les chants et les guez-mer. Le ton (encore un peu) jovial, joyeux (du même latin jovis que pour le morveux royal) avant le pavé (dans la gueule).

11H. Prise de la préfecture.

Parce-que, comme le clamait les syndicalistes cheminots sur l’esplanade de la gare du Mans, notre point d’arrivée de manif où, comme dans nombre de villes en France, le rouge a brillé sous l’azur, nous ne voulons pas de cette réforme. Elle est pensée pour démanteler, elle est amenée sans discuter, c’est une œuvre de mort. Alors prudence, messieurs les gouvernants, car lorsqu’on est dénué de capacité d’écoute, la voix ne porte plus.

11H15. Marée haute.

Le mouvement n’est pas prêt de s’arrêter, scandent haut et fort les grévistes, ces métiers ne seront jamais cédés au chantage de la reprise partielle de la dette. Pas question de toucher au statut des travailleurs pour les voir se précariser, même pas en rêve de laisser le train à l’appétit des requins. Et nous tous, derrière, quidams lambda rassemblés par une colère, 1500 tout au plus, entendé-je sur place, 1200, nous rapporte Le Maine libre, nous tous exigeons un service publique au grand complet sur les secteurs clé, sanctuarisés et hors concurrence: Education, Santé, Recherche fondamentale, Ferroviaire, Énergie, Eau. C’est sans négociation possible. Alors non, monsieur Jean-François Kahn, ces manifs n’ont pas été un « fiasco », non, la grogne des étudiants n’est pas le fait d’une « ultra-minorité de fascistes de gauche ». Plumitiver de la sorte ne sert à rien, ces non-analyses bien rémunérées ne sont plus écoutées, cracher un tel discrédit est de l’arriérisme. Certes, on aurait aimé être plus nombreux, en ce samedi mais, pour ceux qui n’auraient pas saisi l’évidence de la grande entreprise de destruction à l’œuvre depuis au moins 20 ans, oui, le ras-le-bol déborde de bien des bottes et chauffe les têtes. Un exemple, parmi d’autres, des dérives de la privatisation:

11H30. Prise de la gare SNCF.

Nous n’acceptons plus la dégradation organisée aux frais de la princesse. Nous vomissons le capitalisme fascisant qui impose ses règles sans prendre autre chose en compte que ses desideratas. Nous ne pouvons plus en souper de l’esprit de compétition et sa moisson de burn outs, témoins incontestables d’une époque malade. Nous rejetons en bloc l’économie de l’idolâtrie et de la starification, cette indignité permanente est un servage. La logique de vie à crédit expire sous nos yeux et vous êtes son dernier VRP, le Mal Élu. L’espace publique se doit d’être le bouillon de culture d’une société non hiérarchique, sans autre visée que le bien commun et non plus une somme d’interdictions. Le temps de l’autogestion est arrivé.

Un président n’est pas roi, il est citoyen et un citoyen ne décide pas seul. Une élection n’est pas la justification d’une déprédation à grande échelle, surtout quand les électeurs votent contre l’épouvantail lepéniste qu’on leur colle sous le nez à chaque coup. Surtout quand, un an plus tard, des journalistes mettent en évidence les irrégularités en masse des financements d’une campagne…

Au petit jeu de l’entêtement et des crispations, du passage à tabac de la jeunesse, des zadistes ou écolos de toute nature, c’est toute une démocrassie qui se meurt. Au demeurant tant mieux, cette logique irascible est l’artisan de sa propre destruction.

Au jeu tendancieux du déni de l’altérité, la majorité de papier se ramassera à la cuiller et l’on mesurera alors, peut-être, un autre genre de coefficient. Celui de la protestation devenue insurrection.

IL est fier

Immature

IL est enfer

Se croit dur

Mais toute thatcher

Rencontre cassure

Macronie: mode d’emploi.

‘Va pas jouer à bonaparte longtemps, jupiter…

 

Franck Balmary.

 

 

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Tableau d’un glissement néolibéral

Posted in POLITIQUE-SOCIETAL with tags , , , , , on 9 juin 2013 by larocheauxloups

Parce-qu’en ce jour plus qu’aucun autre il est Kapital de comprendre dans quel monde nous vivons, parce-qu’il est vital, à l’heure où les esprits s’échauffent par ici, se ringardisent par là, se barricadent dans leurs vieilleries par là-bas, de connaître les tenants et aboutissant des logiques d’ensemble, parce-que nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les agissements d’une sphère politique désincarnée, que nous laissons faire par ignorance, connivence, ou, pis encore, par soumission à la « peur du lendemain » instillée au-dedans des têtes, sachons identifier le mal qui ronge actuellement les démocraties avec le succès d’un acide: le libéralisme. Cette mouvance extrémiste en col blanc, silencieuse comme une falsification, dégénérescence appauvrie du principe de commerce, phase terminale de la corruption de tout système égalitaire, pilote les raisons d’Etat jusqu’à la déraison écologique, technologique et financière. Et ce depuis 30 ou 40 ans maintenant, avec une persistance de moins en moins dissimulée, « décomplexée » dirons certains, et ce malgré le « Changement » proclamé par la machine à pouvoir qui détient actuellement les rennes.

France, juin 2013. L’élection présidentielle n’est déjà plus qu’un souvenir, le « socialisme » occupe les palais de Matignon et autres allées Elyséennes tant convoitées. La question, sempiternelle et pressante, fend les esprits et gerce les lèvres: qu’en est-il des promesses électorales après un an d’exercice? Quelle est l’orientation réelle de la gouvernance actuelle? Peut-on déjà en esquisser les contours ou en dégager un fil conducteur? La réponse est oui. C’est ce que s’est évertué à faire la Fondation Copernic dans un ouvrage collectif qui annonce la couleur rien qu’avec son titre tapageur: Tableau d’un glissement néolibéral. Le lecteur est prévenu, c’est compact comme un parpaing dans les gencives et c’est peu de le dire…

La politique: plus çà change, plus c’est la même chose.

Alphonse Karr

FRANÇOIS HOLLANDE VOIT "ARRIVER LA VAGUE"

C’est une petite chose au format poche, peu épaisse mais bien remplie, dense comme une colère qui monte, déclinant, après une introduction qui résume fort bien la nature de la crise économique actuelle, les actions ou non-actions de la présidence Hollande. Les thématiques force sont égrenées au cours de 134 pages sous forme d’un abécédaire, chacune étant développée dans ses grandes lignes. Malgré la volonté de vulgarisation, l’analyse est toujours précise, étayée par des exemples ou des chiffres. Deux idées maîtresses se détachent après cette lecture consciente: continuité austéritaire (du sarkozysme) et flou plus ou moins généralisé, tous secteurs confondus. Et comme dans tout flou il y a un loup… A titre d’exemple, nous reproduisons ici trois thèmes qui résument assez bien l’état d’esprit au pouvoir et l’ambiance générale, dont un sujet, le premier, assez peu relayé.

Base élèves

Durant le quinquennat de Sarkozy, la mise en place du fichier « Base élèves premier degré » (BE 1D) avait suscité un tollé de protestations. « Base élèves » est un fichier national nominatif où les enfants sont recensés dès l’âge de 3 ans afin d' »assurer un suivi du parcours et de la scolarité des élèves ». Les champs renseignés dans ce qui est qualifié de simple « outil » comprennent, entre autres, les difficultés scolaires, les absences, le suivi médical et psychologique, la situation familiale et sociale de l’élève. La mobilisation conjointe d’enseignants, de directeurs d’école et de parents a permis le retrait des références à la nationalité et à la date de scolarisation en France, toutes choses qui aurait facilité le repérage des élèves sans-papiers. Les champs renvoyant à des suivis particuliers, notamment dans le cas des élèves handicapés, ont également été retirés.

Durant toute la campagne électorale, le candidat Hollande s’est bien gardé d’évoquer le sujet. Seul Bruno Julliard, ancien président de l’UNEF et maintenant au PS, s’est exclamé, dans un meeting à Saint-Etienne en mars 2012: « Nous ne pouvons accepter ce fichage qui n’a aucune visée pédagogique, nous reviendrons dessus. » Mais rien n’a changé et le fichier « Base élèves » est toujours renseigné. Mieux, les directeurs d’écoles sanctionnés sous Sarkozy pour avoir refusé de le remplir n’ont pas été rétablis dans leurs droits.

Si le fichier « Base élèves » est maintenu, c’est qu’il constitue le principal maillon d’une chaîne qui vise à affecter à chacun un identifiant national élève (INE), sur lequel va se greffer tout le parcours scolaire de l’élève (y compris son livret de compétences), puis de l’étudiant – et pourquoi pas du futur travailleur? Avec le maintient de « Base élèves », le gouvernement socialiste poursuit une entreprise de fichage dont nous connaissons les dangers. Le problème de l’interconnexion des fichiers se pose ici avec acuité, augmenté d’un contrôle social renforcé des individus dès leur plus jeune âge. Rien ne garantit que les renseignements contenus dans ce fichier ne poursuivent pas les enfants dans leur vie d’adulte, devenant ainsi des stigmates numériques. Derrière « Base élèves » se pose la question des libertés, mais aussi celle du droit à l’oubli, au changement et à l’émancipation dans une société de plus en plus numérisée.

Voilà pour l’aspect technologique, pointé du doigt de manière concise. L’attitude de la présidence actuelle pose question, car l’absence d’action est déjà une action. Ensuite, l’attentisme hollandais en matière économique et sociale est, lui aussi, largement abordé.

RSA

Le plan quinquennal de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale a dernièrement été adopté par le gouvernement Hollande. Contre toute attente, il ne comporte pas d’augmentation sérieuse du revenu de solidarité active (RSA). Les quelques 2 millions d’allocataires du RSA devront en effet se contenter d’une hausse de 10% sur 5 ans, soit à peu près à la hauteur de l’inflation. Cela fera passer en 2013 son montant mensuel, pour une personne seule, de 475 euros à 485 euros, soit 10 euros de plus par mois. Le Premier ministre avait pourtant justement déclaré quelque temps auparavant qu’il n’était pas possible de vivre avec le montant actuel du RSA et qu’il s’engagerait dans « une politique résolue de soutien au revenu des plus pauvres ». Au total, cette « revalorisation » représentera un peu plus de 1 milliard d’euros, à comparer aux 20 milliards qui, dans le cadre du pacte de compétitivité, ont été distribués au patronat, sans aucune contrepartie en matière d’emplois. 10% d’augmentation en 5 ans ne parviendront même pas à rattraper la perte de pouvoir d’achat enregistrée sur les 20 dernières années par le revenu minimum d’insertion (RMI), puis le RSA, par rapport au Smic. Le RSA continuera donc de décrocher par rapport au salaire minimum, et les pauvres vivront toujours avec un revenu dont le niveau atteint à peine la moitié du seuil de pauvreté.

Quant au million de jeunes de moins de 25 ans en situation de pauvreté, dont le gouvernement nous dit qu’il constitue la cible principale de son action, ils ne sont pas mieux lotis. Ceux qui espéraient qu’enfin le RSA soit ouvert à tous sans condition de durée préalable d’emploi devront encore attendre. Peu importe que dans les cités près d’un jeune sur deux vive sous le seuil de pauvreté. Refuser d’ouvrir le RSA à tous les jeunes de moins de 25 ans entérine une véritable discrimination par l’âge: majeurs à 18 ans, pénalement responsables, électeurs, potentiellement éligibles…, ils ne bénéficient pas des mêmes droits que leurs aînés.

A aucun moment n’ont été discutées les causes véritables de la montée de la pauvreté qui touche aujourd’hui plus de 14% de la population. Les femmes, les jeunes, les salariés précaires, les chômeurs attendaient des mesures concrètes qui ne sont pas au rendez-vous. Il faut exiger que soit mis en place un véritable plan d’urgence pour les plus pauvres, et que des mesures structurelles soient engagées pour mettre fin aux inégalités économiques et sociales qui ne font que prospérer.

Mais cette réflexion n’est pas seulement critique, elle a l’intelligence de donner des pistes pour des solutions, parfois évidentes, comme en matière d’écologie, par exemple.

Transition énergétique

Le gouvernement conduit-il vraiment une transition énergétique, et vers quoi? Il y a de quoi sérieusement se poser la question. « Diminuer nucléaire et pétrole tout en finançant le renouvelable est irréaliste » a, en effet, déclaré Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, le 18 septembre 2012 dans Le Monde. Une déclaration qui prend le contre-pied de ce qu’il faudrait faire: réaliser des économies d’énergie (notamment par la sobriété énergétique et l’amélioration de l’efficacité énergétique), organiser une montée en puissance des énergies renouvelables, planifier la sortie progressive du nucléaire, réduire la consommation d’énergies fossiles et permettre un contrôle social sur la production énergétique qui ne laisse pas ce secteur aux mains du marché.

Côté nucléaire, le président a confirmer les déclarations du candidat et toute perspective de sortie du nucléaire, même à moyen-long terme, a été écartée. On nous annonce simplement un vague rééquilibrage du mix énergétique. Si le gouvernement a bien confirmé son intention de fermer la centrale de Fessenheim, les modalités laissent pourtant planer un doute sérieux: l’échéance est fixée à fin 2016, début 2017, soit quelques mois avant la prochaine présidentielle. L’autorité de sûreté nucléaire annonce qu’il faudra deux ans de plus.

Côté hydrocarbures, le remplacement de Nicole Bricq de son poste de ministre de l’écologie, suite à son attitude vis-à-vis du pétrolier Shell, à qui elle s’opposait sur les conditions de forage au large de la Guyane, n’augure rien de bon. Certes, François Hollande a maintenu l’interdiction d’exploiter le gaz de schiste. Mais cette position se fonde sur le seul argument de la dangerosité de la technique de la fracturation hydraulique, pas sur le principe de laisser dans le sol de nouvelles quantités d’hydrocarbures, afin d’éviter toute nouvelle augmentation des émissions de gaz à effet de serre, compte tenu du réchauffement climatique. On nous indique ainsi périodiquement que la découverte d’une nouvelle technique ouvrirait la voie à l’exploitation de ces gisements. Côté renouvelables, après la politique du gouvernement précédent qui avait entraîné des suppressions massives d’emplois dans la filière solaire, le flou le plus total règne. Côté économies d’énergies, il n’est prévu aucun objectif chiffré de baisse de la consommation, contrairement aux recommandations (pourtant modestes) du « paquet climat énergie » de l’Union européenne en 2008. Dans le dossier crucial de la rénovation thermique des bâtiments, tous les arbitrages ne sont pas rendus. L’enjeu est considérable, à la fois écologique et social. Il s’agit de rénover massivement les logements, notamment ceux des foyers à revenus modestes, qu’ils soient propriétaires ou locataires: comment un tel objectif peut-il être conciliable avec les coupes budgétaires massives prévues? Or, la rénovation des logements existants et de tous les bâtiments publics serait source à la fois de créations d’emplois et d’économies d’énergie: autant d’avantages économiques et sociaux.

Enfin, la transition énergétique suppose d’offrir le cadre juridique garantissant aux salariés les conditions de leur reconversion dans les secteurs où elle est inévitable. Un gouvernement de gauche devrait donner la priorité à cette question en garantissant salaire, qualification, reconversion, des collectifs de travail, et absence de tout licenciement, tout en permettant que les salariés soient parties prenantes de leur avenir en les associant aux décision.

La Fondation Copernic est un gigantesque vivier d’anonymes, un éclaté de compétences et d’horizons professionnels, culturels et politiques aussi divers que variés. On note tout de même une très nette balance à gauche mais de nature non idéologique, qui pourrait se résumer en une haute conscience de l’importance d’un service public fort, digne de ce nom, avec la volonté affichée d’alerter sur les dérives actuelles. Pour remettre à l’endroit ce que le libéralisme fait fonctionner à l’envers, selon ses propres termes. Les auteur(e)s sont intégralement cités(e) en fin d’ouvrage. Au hasard, nous trouvons ici un juriste, ici un inspecteur du travail, là une directrice d’école ou encore une agent des Finances publiques. La Fondation Copernic expose, en dernière page, l’intention initiale qui prévaut à sa création:

La Fondation Copernic a été fondée en octobre 1998, à l’initiative de 331 chercheurs, universitaires, militants associatifs, culturels, syndicalistes ou politiques. Son appel fondateur constate que le libéralisme n’a pas cessé d’occuper des positions décisives. Qu’il imprègne aujourd’hui toute la pensée de la droite est dans l’ordre des choses. Qu’il influence encore largement la gauche est plus préoccupant. C’est en effet une imposture que de présenter, face à l’effondrement des économies du socialisme dit réel, le libéralisme comme l’alternative de la démocratie et de la liberté. Les marchés ne sont pas la démocratie: bien au contraire, tout concourt à ce que s’instaurent à travers les marchés des cohérences et des initiatives forgeant un ordre mondial qui fait fi de la liberté des peuples et des citoyens, et de leurs besoins (…) Ces groupes publient leurs résultats sous la forme d’une « Note » ou de « Cahiers » qui sont publiés aux Editions Syllepse et disponibles en librairie (voir la liste complète des ouvrages parus sur www.fondation-copernic.org et www.syllepse.net).

En effet, la modique somme de 7 euros vaut largement l’approfondissement. Ce premier bilan est déjà fort instructif , au vu de son argumentaire complet, pluriel et structuré, fondé sur l’esprit constructif et la force de proposition afin de mieux penser une réelle alternative à l’endormissement. Une lecture indispensable pour mieux percevoir les forces à l’œuvre derrière le fatras d’effets de manche et d’engagements politiques non tenus.

Tableau_Copernic

Les couleurs politiques sont comme les couleurs du peintre, elles n’ont qu’une surface mince et cachent toutes la même toile.

Alphonse Karr

Sarkhollande

Franck Balmary.