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Moi Citoyen

Posted in REFLEXIONS with tags , , on 29 mai 2016 by larocheauxloups

Étant entendu que le « Moi » employé ci-après a valeur collective, non nominative et tend vers une acception universelle, il est déclaré ce qui suit:

 

Moi Citoyen, ne tolère plus outre mesure que soit pillée ma contribution financière à la société civile, impôt sur le revenu ou autre, à des fins de remboursement d’une dette d’Etat contractée par un cénacle restreint parlant abusivement au nom de la Nation, et dont les intérêts alimentent les poches off-shore d’un gang ultra-minoritaire d’estomacs hypertrophiés.

Moi Citoyen, refuse l’idéologie selon laquelle la notion d’équilibre comptable doive être appliquée stricto sensu à la vie d’un Etat-Nation, rognant celle-ci à la seule dimension bassement pécuniaire, et sous-entendant la bafouer encore davantage en la fusionnant, voire l’assimilant par un long travail de sape rhétorique, à l’idée de rentabilité, pire des indignités et première des violences.

Moi Citoyen, n’entend plus accepter l’austérité intégriste imposée à la masse vivante de tous les peuples par une poignée dormante d’élus aux patrimoines princiers et défraiements odieux, surclasse copinarde de moralisateurs à langues sales, voix creuses et intéressées devenues illégitimes au fil des scandales de corruption et/ou évasion fiscale.

 

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Moi Citoyen, n’abreuve plus mes réflexions à la petite bière falsificatrice de la mésinformation organisée, muraille mentale des lignes éditoriales conservatrices, complices de la diffusion à grande échelle d’une pensée bourgeoise comme modèle unique, terrorisme intellectuel vecteur de communautarismes et pourvoyeur de schémas sociaux inégalitaires.

Moi Citoyen, a toujours délaissée et délaisse pour toujours les notions de compétition et de spéculation, ainsi que leur pendant de spectacularisation grotesque de faits anodins, pensée-forme née du divertissement global, visant à faire diversion quant à la réalité des graves déséquilibres sociaux, économiques et écologiques, désormais intenables pour l’Humanité entière, qu’elle a elle-même engendré et dont elle est la source constitutive.

Moi Citoyen, réfute la monarchie libéralo-rigide qui a su faire croire depuis trop longtemps qu’elle œuvrait pour l’intérêt général alors qu’elle ne se résume qu’à un agrégat opaque d’intérêts particuliers, vaste toile d’araignée articulée autour du trivium létal « Politique / Finance / Medias ».

Moi Citoyen, laissé pour compte de l’expertocratie sélective, lassé de voir la « liberté-d’espression » laissée en monopole à « l’expérience-de-la-vie » dorée d’une jeunesse favorisée, avide de bons points en échange de son indigence visionnaire notoire, rejette l’agression continue du colonialisme des esprits tendant à faire ployer la capacité de réflexion autonome jusqu’aux pâquerettes de la compulsion d’achat.

Moi Citoyen, n’avale plus le concept nocif de malbouffe et d’agriculture concentrationnaire, porté jusque dans les assiettes par le jeu de lois traitresses votées dans le dos, adoptées dans la chaleur estivales de nuits secrètes et dépeuplées de « représentants », transmutés en VRP de la privatisation du vivant, dégénérescence post-moderne participant de la zombification.

Moi Citoyen, n’écoute plus guère le verbiage inversé des élus télévisés, janus assermentés par « Le Marché », ce « un pour cent » d’automates décideurs, institutionnalisés dans les dorures par l’effort des humbles et la sueur de trop nombreuses générations de travailleurs, capables de remâcher sans sourciller que « Tout va bien » quand rien ne va plus.

 

Moi Citoyen, indigné au plus profond des outrages faits à l’idée même de démocratie, fatigué de la voir vendue au clairon de toutes les guerres commerciales, éreinté du néo-féodalisme faussement républicain à but lucratif qui s’y est glissé en lieu et place jusqu’à l’asphyxie décomplexée, en appelle à la Souveraineté Populaire Intégrale par l’avènement de l’Agora à tous les échelons, local, interlocal, régional et national.

Moi Citoyen, revendique le système coopératif comme clé de voûte de la vie économique, la réappropriation citoyenne, publique, de la gestion de l’énergie, l’informatique des libertés, créative, citoyenne et libre, la fin de l’ère du traçage numérique et la logique liberticide de la web surveillance injustifiée, l’étique érigée en valeur suprême, l’arrêt immédiat de l’usure et des dettes indues, la proclamation du salaire à vie pour une émancipation réelle, la condamnation de l’austérité et ses trucages en tant que crime contre l’Humanité.

 

Moi Citoyen, n’autorise plus le jeu de l’involution programmée pour qu’enfin l’Etre Humain reprenne en main le sentier de son ascension vers les monts de la Sagesse, dont il s’est suffisamment détourné pour l’appât du gain.

 

Une nouvelle conscience se fait jour au crépuscule des horreurs, pulse sous les vieilles peaux du burn-out sociétal qui vient et, Moi Citoyen, y prends ma part active, au modeste niveau qui est le mien, pour que cette vie ne soit plus vue comme vulgaire plus-value mais simplement vécue.

 

Fall's_Wolf

Un Citoyen Debout,

F.B.

 

 

La Cour des débâcles

Posted in REFLEXIONS with tags , , on 3 décembre 2012 by larocheauxloups

C’est une histoire de tous les jours, une ritournelle sordide devenue trop courante, qui fleurit à chaque coin de rue et gangrène aujourd’hui les boulevards comme les passages plus obscurs. Pour en venir aux faits, un ami de la Roche ici présente, l’auteur Richard Khaitzine, s’est fait agresser avec sa femme vers Porte de la Villette, un dimanche soir de novembre, en revenant tranquillement de la proche banlieue à chez lui, dans Paris. Ce genre d’événement fait partie de notre quotidien, a-t-on coutume de dire aujourd’hui, mais il est certains moments où certains actes franchissent allègrement la limite du tolérable et doivent être pointés du doigt avec force.

Herr k 2« Mais la violence à toujours existé, Monsieur Loup, elle est proche cousine de l’humain et se manifeste à lui de temps à autre, comme un beau renvoi de bile ». Certes, ami… Le brigandage de grand chemin et autres blousons noirs ont toujours malmené les promenades du populo en quête de quiétude. Cependant, la violence qui sévit aujourd’hui est un mal de nature un peu différente. Elle traduit le vide substantiel qui rogne les esprits avant de ronger les rues, sous les yeux mêmes de la Cité. L’ultra violence, « cosmétisée » à grands coups de dollars et de scénarii aussi improbables que souvent répétés, administrée au compte-goutte hypnotique de notre amie télévision par les sérails communicants, accouche aujourd’hui d’une anorexie sociale douloureuse, reflet d’un état d’esprit abâtardi par un trop plein de simplifications orientées, incapable de dissocier mises en scènes et vie réelle. Les masses partiellement connardisées (parce-qu’heureusement ce n’est pas le lot de tout le monde), avalent chaque jour les grumeaux de cette « way of life » assassine, insidieusement planquée dans l’obésité de la sous-culture surabondante chère à notre monde « libre », et l’assimilent comme une vérité première. Cette plaie nommée violence est la petite vérole de notre démocrassie à bout de souffle et nous parle de la boue qui a encrassé celle-ci à haut niveau, la faisant ressembler dangereusement à une vieille prostituée piétinée par la course au pouvoir, totalement Copé de ses racines humanistes,  dépossédée de son sens même. La démocrassie fast food n’est plus qu’un prétexte marketing à seul but vendeur. Mais pour vendre quoi? Un cadre sociétal d’un genre nouveau qui, sous des apparences de félicité à boire et à manger, impose sans discussion des décisions prises en petits comités pour « le bien de tous » en donnant la part belle aux inégalités. Un gigantesque parc à moutons standardisé, bouffeur de pubs et d’ipods. La déconstruction rend con, la paupérisation concasse le tissu social jusqu’à la bouillie, les paillettes du tout « entertainment » ne sont que bulles à stress vectrices de cassures.

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Bref, trêve de philosophie de comptoir, j’en fais des tartines loin des blessures réelles et de leurs conséquences. Le coup de gueule ou de crocs ne changera rien à ce qui s’est passé. L’atteinte à l’intégrité physique reste un acte grave (surtout à sept contre deux, dont une femme). L’idée étant que nous ne devons pas laisser la diversité sociale et culturelle de l’idéal républicain dériver dans le n’importe quoi de la ghettoïsation économique ou sociale, Voix Unique de l’ultra libéralisme. Nous ne devons plus accepter cet état de fait, car nous en paierons tous, tôt ou tard, le prix fort. Nous n’allons pas nous taire pour une poignée de connards qui s’amuse à pourrir l’ambiance en agressant des gens ou en brûlant des gymnases gratis ou que sais-je encore. Ce réel problème de petit banditisme ultra violent, qui agit comme une dictature de la peur, doit nous amener à en dénoncer les causes autant que les effets, sans faire le jeu d’une récupération toute trouvée et indigne d’intelligence mais sans détour et sans langue de bois non plus.

Laissons donc la parole à Richard. Nous relayons ici son propos car il nous paraît important de ne plus fermer les yeux.

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Courrier adressé à AUBERMENSUEL, journal d’Aubervilliers

Suite à la très violente agression dont mon épouse et moi-même avons été victimes Dimanche, j’ai décidé de porter cette affaire sur la place publique dans l’intérêt général en usant des réseaux sociaux, dans un premier temps, et en faisant remonter l’information aux ministères concernés par la sécurité et la justice. Si certaines et certains d’entre-vous ont des entrées et/ou la possibilité de relayer à grande échelle qu’ils ne s’en privent surtout pas. Pour commencer, vous pouvez prendre connaissance du texte ci-dessous, adressé au mensuel édité par la Mairie d’Aubervilliers…

« Messieurs,

Je porte à votre connaissance les faits suivants:

Dimanche soir, aux alentours de 19h45, mon épouse (68 ans) et moi-même (65 ans) revenions de chez nos enfants où nous venions de fêter le premier anniversaire de notre petit-fils. Nous nous apprêtions à quitter le terre-plein situé devant Darty afin de prendre le bus Porte de la Villette, quand nous avons été victimes d’une attaque particulièrement sauvage. Mon épouse a été dépouillée de son sac à main, quant à moi, l’un des assaillants, qui voulait s’emparer de ma sacoche, n’a pas hésité à me projeter violemment contre une voiture en stationnement tout en me cognant le visage contre ledit véhicule, m’occasionnant deux blessures ouvertes. Voyant que je ne n’étais pas assez “sonné”, il a tenté à deux reprises de récidiver sans pouvoir y parvenir. A cet instant, j’ai pris la décision de ne pas lui faciliter la tâche – non afin de préserver mon sac, mais en espérant provoquer une diversion suffisante afin que l’intégrité physique de mon épouse soit épargnée. Bien décidé à s’emparer de ma sacoche, l’assaillant m’a roué de coups de pieds. Fort heureusement, ayant eu la présence d’esprit de me “rouler en boule”, les coups n’ont pas eu les effets escomptés. Mon sac (toilé) s’étant coupé en deux, l’agresseur a détalé, n’en emportant qu’une moitié dont il s’est débarrassé plus loin, sans se douter qu’un compartiment intérieur contenait mon portefeuille. Nous devions retrouver le sac de mon épouse un peu plus loin également, délesté de quelques objets.

Bilan:

* Aucune blessure à déplorer pour mon épouse

* De mon côté:

   – Deux plaies ouvertes au visage: arcade sourcilière et arête du nez et deux hématomes dans la région de l’œil

   – multiples contusions et hématomes sur le corps – dont un important au niveau de l’articulation de la hanche

   – Fracture du majeur de la main gauche…

Tout ceci pour un butin se montant en tout et pour tout à vingt euros et un téléphone bas de gamme usagé… Et encore nous en sortons-nous à bon compte, si vous me permettez l’usage d’un euphémisme, car j’ai bien cru ne pas en réchapper vivant. Mon épouse et moi-même avons passé la fin de la soirée aux urgences de “La Roseraie”. Dès le lendemain, nous sommes allés déposer une plainte au commissariat de notre quartier (Paris 18e) où les faits ont été caractérisés « de “ vol avec violences en réunion”. Les assaillants, au nombre de 6 ou 7, pour autant que nous ayons pu en juger, étaient vraisemblablement des mineurs, sauf peut-être celui qui s’est acharné sur moi. Ce dernier était muni d’une béquille en métal – qui ne doit pas lui servir de point d’appui, vu la vitesse à laquelle il s’est enfui, mais bien plutôt d’arme par destination. Il y a de fortes chances pour que ce gang soit déjà connu des services de police municipale et réside dans la rue des Cités, vers laquelle il a pris la fuite.

 Ceci pour les faits bruts. Mon témoignage n’est aucunement destiné à ce que l’on s’apitoie sur notre sort, car aucune commisération ne parviendra à contrebalancer les traumatismes physiques, et psychiques et moraux occasionnés. Ce qui nous est arrivé est hélas le lot quotidien de citoyens qui ne demandent rien à personne, sinon le droit de pouvoir vivre paisiblement. Les agressions de ce type sont monnaie courante et, lorsque les médias se donnent la peine de les relater, elles meublent la rubrique des faits-divers, oubliés dès le lendemain, même s’il n’en va pas de même pour les victimes.

Venons en à présent aux raisons plus profondes qui motivent mon témoignage. Toutefois, avant de les exposer, et parce que je sais, par expérience, comment les propos peuvent être dénaturés ou interprétés, je vais faire une mise au point, en évitant cette langue de bois tellement en usage dans le milieu politique, et en appelant un chat un chat. Tout mon passé, comme ma démarche présente, attestent de ce que je suis et des valeurs que je défends. Je suis un humaniste – au sens ancien de ce terme et non en l’acception tellement galvaudée et récupérée que l’on donne à ce mot de nos jours. Petit-fils d’émigré moi-même, je sais ce que peut signifier le fait de posséder des racines étrangères. Pour autant j’aime profondément mon pays et suis fortement attaché aux valeurs démocratiques et républicaines inscrites dans notre Constitution et la Déclaration des Droits de l’Homme. J’abhorre le racisme sous toutes ses formes et ce qu’il s’agisse de l’antijudaïsme, de l’antisémitisme, comme de l’ostracisme qui en constitue le terreau. Je suis un homme aux idéaux de “gauche”, pour autant que cela puisse encore signifier quelque chose. Néanmoins, je considère qu’une “bête fauve” et un barbare restent une bête fauve et un barbare, quelles que soient leurs origines et ne puis me satisfaire d’un discours lénifiant teinté d’angélisme visant à minorer les délits dont ils sont coupables en leur trouvant des circonstances atténuantes, de préférence en invoquant des origines sociales modestes. La pauvreté n’explique rien et, surtout, ne saurait justifier un tel comportement.

Ceci étant posé, j’en appelle aux édiles de notre pays, aux femmes et hommes politiques, qui ne seraient pas uniquement préoccupés de la pérennité de leur situation personnelle, ainsi qu’aux différents ministères chargés de la Sécurité. Il faut que cela cesse. Il est grand temps de nettoyer en profondeur les quartiers sensibles afin d’assurer aux citoyens français le minimum de sécurité à laquelle ils aspirent et ont droit. Cela passe par une présence renforcée de la police de proximité sur le terrain et encore plus par une prise de conscience de la magistrature, cette dernière ayant une fâcheuse tendance à requalifier les faits afin de faire juger les délinquants en Correctionnelle plutôt qu’aux Assises. En ce qui me concerne, je n’entends pas lâcher “l’affaire”, bénéficiant d’une notoriété, modeste certes, mais dont ne peut même pas se prévaloir la majeure partie de nos concitoyens, je vais relayer ce message sur les réseaux sociaux et m’efforcer de faire bouger les différents acteurs en charge des responsabilités civiles et cela même si ce type d’intervention fait office de “poil à gratter” .

J’espère que, de votre côté, vous aurez à cœur de publier ce courrier, mesuré dans sa formulation, qui ne peut que servir vos propres préoccupations et intérêts  locaux.

Veuillez croire en mes sentiments les meilleurs.

Richard Khaitzine

Ecrivain

Membre de la Société des Gens de Lettres »

Intw 2

Ces affranchis à la petite semaine, Scarface du pauvre, sont donc tombés sur un os. Plainte a été déposée en bonne et due forme et ils devront répondre de leurs saloperie devant la société civile. Du moins espérons… Parce-que nous ne devons pas non plus nous bercer d’illusion quant aux blocages politiques qui minent l’espace démocratique. Pour exemple, ce commentaire de Richard suite à l’envoi du courrier reproduit ci-dessus, tout à fait révélateur des omertas en place:

Complément qui en dit long sur le fonctionnement de nos institutions. Le mail de AUBERMENSUEL indiqué par la mairie ne fonctionne pas et quand vous essayez de contourner le problème en adressant un mail au Maire, même résultat. Je viens de lui copier le texte sur son blog…

En tous cas, il figure à présent en bonne place sur le blog du Loup. Un autre message fesse bouc de Richard suite à ma manifestation de soutien, allant dans le même sens:

Merci de ton soutien. Ta présence n’aurait rien changé et tu aurais riqué de de faire estropier. Dailleurs ma fille voulait nous raccompagner jusqu’au bus, et heureusement que je l’en ai dissuadée. J’ai été le seul à « morfler » et même si cela est très douloureux, j’estime que nous avons limité la casse. Ce qui me fout en colère, c’est que personne au Ministère de l’Intérieur ou à la justice ne réagit à mes mails. J’en tire la leçon qui s’impose et vais envoyer ma carte d’électeur en confettis à l’Elysée, avec une lettre explicative. Je n’envisage plus de voter pour des margoulins, qu’ils soient de droite ou de gauche. Mais tu peux être sûr que je vais militer activement pour la désobéïssance civile. Quand la loi est injuste et quand les textes ayant fondé la démocratie ne sont pas respectés par ceux chargés de les appliquer, les citoyens ont le devoir de la combattre. Bien à toi Richard.

Herr K 1Voici donc les conséquences directes du laisser faire: le désaveu. Il est évident, quelque soit l’époque, que l’émergence d’une réelle conscience citoyenne, c’est-à-dire ayant à cœur le bien commun, ne peut se faire qu’en-dehors des contingences politiciennes et des frontières idéologiques. La « stratégie politique » ne doit servir que la Vie Publique et rien d’autre, c’est-à-dire celle de tous, et ne doit plus être un tremplin de carrières honteusement surpayées (et rigolez pas, c’est avec vos impôts!). Car c’est faire outrage à l’intelligence collective. Et c’est tout l’enjeu de notre temps, où le vernis des apparences craque sous le poids de l’intention véritable, dite « décomplexée ». Une Fronde démocratique est peut-être le remède à la logique de « calcul », véritable tumeur compétitiviste et infantilisante. Le cercle politique n’est plus à l’écoute du monde? Alors laissons le tomber comme une vieille chaussette, c’est signe que nous n’en avons plus besoin, et posons les fondements d’une base saine. Car il est plus difficile de construire, mais c’est bien plus enrichissant au final. Et je suis tout disposé à y prêter mon modeste bout de plume, quel qu’en soit la manière.Non, l’histoire de France ne s’arrête pas en 1789, comme peuvent le proclamer certains nantis du haut de leur montagne de bénèfs faciles (et j’en connais d’autres, gorges chaudes, qui pensent de même), elle ne fait que commencer. Sus aux poseurs de limite incapables d’imagination, castrateurs d’espoir, l’on voit trop bien où ils nous mènent. Car même s’il « n’y a plus rien », comme dirait l’Autre, nous pouvons tout.

Et maintenant, souhaitons tous à Richard un prompt rétablissement, tous en chœur (allez, je ne vous entend pas!): Bien à toi Camarade Citoyen!

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Franck Balmary.

P.S.: toutes les photos présentes dans cet article proviennent de la balade alchimique à Montmartre de juin 2010 organisée par Richard Khaitzine et relayée par Étoiles du cœur (j’en ai d’autres en stock qui sont superbes, sur les rues de Montmartre 🙂 ). Elles sont la propriété intellectuelle et morale de leur auteur, Franck Balmary (hormis la dernière)

Paris sous le nombre

Posted in REFLEXIONS with tags , , , , , , , on 6 novembre 2012 by larocheauxloups

I – SOUS L’AUSTÉRITÉ L’ÉPAVE

Vu sur le Canard acharné

Avec un traité de Lisbonne non approuvé, très peu lu et surtout jamais compris, remis au goût du jour manu militari par un rafistolage hyperprésidentiel à forte teneur en foutage de gueule ; avec, ensuite, un M.E.S. sorti brusquement des boîtes à coucou libérales pour les crêpes de la chandeleur 2012, censé débloquer des aides financières aux États en crise via un système de prélèvements obligatoires, perçus par un organe hors de contrôle niché au c?ur d’un paradis fiscal (et même pas foutu d’être conforme au susdit traité de Lisbonne) ; avec, enfin, un T.S.C.G. de fin d’année, Imprononçable Tétragramme de technocratie, couplé au MES serpent, qui risque de faire ressembler nos porte-monnaies, déjà au régime sec, à de petites poches d’Austérité individuelles privées de parole, la coupe européenne commence à suinter le diktat et dégorge d’impopularité. Le nouveau gouvernement français, fraîchement revenu des petits fours de la victoire, va donc s’appliquer à appliquer les barreaux de fer du TSCG, antichambre de la rigueur et prison du bon sens politique, au pays des fromages à pâte tendre. Un virage auquel on pouvait s’attendre, après la pantalonnade abstentionniste du groupe socialiste en février dernier, lors du passage de l’ouragan MES à l’ordinaire de l’Assemblée nationale. Voici la merveilleuse histoire d’une petite ratification entre amis qui poursuit son bonhomme de chemin, tranquille mimile, sans l’ombre d’une consultation populaire ou d’un coin de table ronde. Les mauvaises habitudes sont coriaces mais le risque d’une nouvelle baffe référendaire façon Lisbonne est trop grand. Redouté comme la peste noire par une galerie de stratèges en col blanc et un peuple invisible d’éminences grises à larges rentes, “on“ se garde bien de soumettre les décisions importantes à l’avis populaire, comme on interdisait jadis des secteurs entiers de villages ou de bourgades aux lépreux ou cagots indésirables. Mais même si certains eurodéputés ont su garder leur âme, le spectre de la cale sèche et la crainte du banc des accusés forge l’anorexie politique de notre temps. L’image d’une Grèce épileptique, contrainte au remboursement brutal et assiégée par la pauvreté, voie de garage civile en phase terminale du cancer libéral, hante en effet toutes les pensées et réfrigère n’importe quelle audace gouvernementale, quelle que soit la couleur de son discours. L’Austérité, un plan 100% réel et sans prise de tête, puisque le sort des populations qui en font les frais ne fera jamais partie des bilans comptables.

La diagonale des fous trace les mauvaises directions, oblique vers l’horizon odieux de l’intolérable rabotage des services publics, projetant l’avenir des masses dans les angles morts à force d’imposer sans vote. En très gros et pour faire simple, les Etats verront leurs budgets nationaux décidés au niveau européen en fonction de la capacité de remboursement de leur dette respective. Une immaturité mère de naufrage et sœur d’indifférence…

 

II – SOUS LE SOLEIL L’HUMAIN

… et donc vecteur de réflexion. Et de promenade du dimanche. Car si les infrastructures publiques sont un droit pour tous, la désapprobation d’orientations mal avisées est le devoir de chacun. 30 septembre, le jour de colère balaye celui des prières. Adoubé par un soleil invincible, le bouillonnement social écume déjà le bitume et refoule le formalisme liturgique jusqu’au périmètre des chuchotements. Dehors, c’est douche de lumière, flamboiement du ciel et désert de nuages, la voie royale pour tout vent contestataire. L’été, même mort, déploie l’énergie du désespoir pour frimer comme un jeune premier et faire plier l’automne l’espace d’un jour, offrant ses dernières dorures comme une approbation. Peut-être tient-il à se faire pardonner la laideur de juillet et les eaux troubles du printemps qui l’a accouché. Il prête le panache de son baroud d’honneur à celui du mécontentement citoyen, alors que ce dernier affûte une polyphonie de gueulantes bien sonnées pour aller sonner les cloches de l’acceptation passive. Passée maîtresse en l’art de contourner ses engagements pour finalement aller à l’encontre du bien commun, la démocratie se retrouve toute fêlée de bonnes intentions rarement appliquées. Des fêlures devenues fissures, jusqu’aux escarpements sans fonds, c’est la petite vérole qui mange le visage de l’Europe. Il est temps d’hurler, d’avertir, de faire comprendre que l’entêtement à rembourser l’inremboursable ne mènera qu’aux privations inévitables auxquels succèderont les dégâts irréversibles. La tumeur civique du tout économique, patiente sédimentation de mille mauvais plis, fait basculer les États, droite toute, vers la dérive du continent. Alors on est parti pour bouffer du boulevard au kilomètre, remonter les torrents d’âneries, sans cesse, pour montrer que la France n’est pas une panurge de plus à épingler sur le calendrier des plans censés se dérouler sans accrocs. Car l’agora ne peut plus être ignorée. Je pressens, en arrivant place de la Nation, le futur fleuve rouge sous cloche d’azur, prêt à déferler en vagues et en slogans, pancartes et banderoles au vent.

Il est 12H53 quand je m’extirpe, toujours soulagé, des bouches de l’enfer métropolitain. Arrivé à la surface, l’immense rotonde me présente ses lions verts tout rutilants des cyans du ciel. C’est l’heure de table, la place est un éparpillement nomade de pique niques arrosés à la bière. De plus en plus présents, les drapeaux rouges trucident le ventre du firmament. Dressés comme des défis, ils annoncent la couleur du ras-le-bol. Contrairement au 18 mars, j’arrive seul mais l’endroit palpite déjà d’une vie multiple. En vérité, j’ai rencart. Une madame récemment pécho sur internet m’a filé son numéro de portable. Les choses vont vite ! Elle m’avait signalé, environ deux semaines auparavant, un « événement » virtuel avec point de rencontre d’internautes. Cédant à son invitation, je m’y suis inscrit, mais, fort pris par d’autres travaux d’Hercule, je n’y rôdais que de manière nocturne, observant les échanges de derrière les buissons de mon cyber sous-bois.

Le rendez-vous étant fixé à treize heures, j’erre bon an mal an et hume le vent. Je poste ma truffe en première ligne devant la brasserie ciblée par la communauté. Facile, elle fait l’angle de la place et d’un boulevard aux environs du métro. Je vois passer quelques louves bien faites venues croiser dans le secteur ou attendre comme moi. La brasserie fait carton plein et amortit largement son dimanche sous affluence. Car celle-ci enfle à mesure que le temps coule, aussi pépère et inexorable qu’une marée montante. Ne voyant personne arriver, j’appelle la dite dame, et tombe sur sa messagerie : « Bon ben c’est moi, je suis là, hou-hou ! Warff ! ». On ne s’est jamais vu mais avec çà, elle devrait m’identifier. Après un court quart d’heure sans entendre un quelconque carillon du téléphone, je fais un tour du côté des merguez. Hop, un sandwich et une bière à 1€50. Je range tout çà dans mon estomac et sillonne les environs. Je prends mes premières photos sur fond de clarté, rencontrant par-ci un groupe de pancarte jetées à terre et prêtes à l’emploi, par-là une madame déguisée en Marianne à bonnet phrygien. La récolte d’images donne dans le bon enfant, les couleurs vives et la diversité : un paradis pour photographe. J’intercepte un canard de la Gauche Révolutionnaire au passage et reviens au bar. Je tente de renifler quelques pistes à l’intérieur, mais pas facile quand les fumets de steack s’en mêlent. Je progresse à travers du rouge, côté client, voisin du noir, côté serveurs. Mais pas de « groupe » en vue, me semble-t-il. Pas de réponse à mon message non plus, je mets çà sur le compte des immanquables retards liés aux grands rassemblements.

Je m’en retourne au soleil et c’est moins d’une demi-heure plus tard que déboule à ma droite, presque en fanfare, quelques individus semblant retrouver une ou deux sentinelles qui les attendaient là. J’y prête une attention modérée et consulte mon portable, des fois que j’y trouve un SMS que je n’aurais pas entendu arriver. Mais walou, me v’là bien avancé. Et puis… ayé… je la reconnaît, Elle, l’espace d’une découverte entre deux drapeaux ou deux obscurs bonhommes qui gravitent autour. Enfin, ils se pointent ! Pas d’hésitation, je rengaine mon téléphone, c’est bien Marie-Line. Je contourne le groupe incognito et lui fais toc-toc sur l’épaule gauche. Pas facile avec les coussinets mais message reçu, nous nous entre-reconnaissons. Un premier contact aux allures de retrouvailles, puisque « préparé » par maintes web discussions, publiques ou plus privatives, graves ou plus « fantasy ».

Marie-Line et le Loup

Tout le monde est là, me voilà parti serrer la paluche à une foule dans la foule. Somme d’individus débarqués d’horizons extra-muros, tous plus variés les uns que les autres, j’identifie, d’yeux en sourire, certaines personnes avec lesquels j’échange parfois sur internet. Les pseudos sont mis à nus, les avatars démasqués, les « profils » s’épaississent dans la dimension conviviale. Je recolle les bouts et recompose doucement cet étrange puzzle faits d’inconnus que je connais. La sécheresse virtuelle s’irrigue de paroles faites chair, les consciences qui animent l’envers du décor reposent maintenant sur deux pieds et tendent le poing. La base de données se fait joyeuse troupe, les âmes réunies dessinent le contour d’un visage composite, corps pluriel et mouvant fait de mille univers. Les pavés de pixels sont maintenant des regards entiers, des respirations, des rires et des envies de saucisse. Les bonjours chantonnent sous tyrannie solaire, les accolades pleuvent comme autant de satisfactions. Passé le miroir informatique, les corps reconnaissent leur esprit. Avec une proximité étonnante, la mosaïque France s’assemble à la manière de vieux potes éparpillés par la vie, et déploie une envergure de galaxie. Il en vient du sud, du nord, de l’ouest de l’est, sans oublier Paris. Rassemblement multipolaire, il y en a pour tous les métiers, de tous les âges aussi, de toutes les luttes, pour toutes les patines comme pour les novices.

Nous nous déportons à l’ombre. J’engage la discussion avec une « collègue » parisienne qui me confie soutenir le mouvement insufflé par le Front de gauche depuis les présidentielles après un parcours de vote incertain, sans pour autant avoir envie de s’encarter. On pourrait le qualifier de désespérant, ce parcours de vote, tellement les candidats indépendants et hors des machines à fric partidaires sont écartés du grand ballet médiatique et n’ont donc aucune chance de fédérer. Une mécanique bien huilée qui nous ressert les mêmes têtes d’impasse avec une régularité de métronome. Á peu de choses près, c’est idem pour moi, que je lui dit. Jusqu’à ce que je me donne la peine d’explorer un peu à gauche du PS et de lire le programme du Front de gauche. J’ai retrouvé le socialisme et, par la même, mes vrais affinités politiques, ma Vérité enfouie, celle qui me brûle les lèvres, après m’être perdu dans des contre allées séduisantes mais stériles, qui finissent immanquablement par défaire le cerveau et simplifier les pensées, plutôt que de favoriser une réflexion autonome et constructive.

Soudain, les textes pleuvent. C’est distribution de chansons, celles que nous allons scander à intervalles réguliers, pour rendre sonore la submersion visuelle de nos bonnes rues. De “girouette cacahuète“ à “Çà ira“, nous parcourons quelques standards réécrits pour la circonstance. La cible immédiate : Notre Président. Le point de mire à plus long terme : l’aberration institutionnelle du TSCG, chargé de belles promesses de régression sociale, et donc de radicalisations et tensions à venir relativement inévitables.

Quelques vocalises plus tard, nous accordons nos violons et c’est parti. À nous les cortèges et le grand défilé ! Pancartes et banderoles mettent la grand voile pendant que les slogans décollent de toutes parts. Nous apportons à ce mélange notre touche chansonnière a capella. Les notes donnent le ton et fendent l’air comme des bombardements. Les façades encaissent avec calme ce poids des mots, mais ne manquent pas de le faire rebondir aux oreilles des avis contraires, perchés sur leurs balcons forgés de fers, et scrutateurs planqués de la déferlante. Mais il y a aussi des relais inattendus. Nous voyons des fenêtres d’appartements ou encore de brasseries s’ouvrir parfois sur des mains hardies brandissant des drapeaux rouges, salués comme il se doit.

Notre élan épouse les axes et pousse les murs, le désaccord devient titan et réclame son référendum légitime. Il se répand, nonchalant et chaud, comme un sang dans les artères. Je hurle autant que je peux, sans relâche, secondant tous les slogans qui tombent dans mes oreilles. Décibel après décibel, nous finirons bien par transmuter notre frêle radeau en fier vaisseau et délivrer quelque bribe de message. Les heures passant, la ville déroule son parterre de rues et de croisements. Quelques âmes peuplent les trottoirs pendant que Légion grille les feux rouges et donne la priorité à gauche. Dans cette procession presque ordonnée, quelques autochtones frayent un chemin à leur train-train en faisant mine de ne pas voir. Ne pas voir la fresque des régions qui expose sa palette d’indignations semble être le maître mot des œillères du dirigisme actuel. Pourtant, le terroir s’est donné rendez-vous tout entier, il s’est remembré ici pour faire ensemble et se met en travers des inepties comme un bretzel dans la Bush. Le mécontentement est pour l’instant paisible mais l’écho des barricades n’est plus qu’à un SMIC d’ici et peut toujours ressurgir au gré de taux d’intérêts supermassifs.

Le pont Charles de Gaulle est en approche. Il nous offre sa largeur et laisse le fleuve de foule enjamber la Seine, à droite du ministère de l’Économie et des Finances. L’eau miroite comme un ciel sous nos mille pieds et nous voilà suspendus entre le zéphyr et l’onde. La passerelle entre les voies nous embarque de la rive droite à la rive gauche. Effet du hasard, nous arrivons au niveau d’un groupe de percussions qui tambourine à tout rompre. La musique sort ses couleurs et se fait onde de choc harmonieuse. Le bras d’eau franchi, les photos de groupe s’imposent. Chacun y va de son objectif et trucide le présent pour en voler un maximum de soleil. La marche reprend et sinue tranquille, sourire en bouche, jusqu’à la place d’Italie, une autre rotonde pour le point final du parcours. Le beau temps qui ne lasse pas de nous inonder commence à donner soif. Marie-Line accuse un début de trop plein d’UV et se demande de quelle couleur elle va regagner ses pénates ce soir. Et voilà, c’est fini. Le populo bon enfant a vaincu le dernier faux plat assassin et déverse force affluence au gré du nœud de bitume, comme une eau qui viendrait éclairer chaque recoin et faire fleurir les zone d’ombre.

La croisée des horizons dévoile l’entassement historique des rues, à grands renforts d’imposants boulevards. Haussman a bien bossé, même s’il a défiguré la moitié de la ville ! Des axes larges et rectilignes comme un besoin phallique d’en foutre plein la vue mais aussi de voir au loin, des fois qu’un grondement de guérilla ou de révolution s’amoncelle dans les innombrables fentes des ruelles étroites, ces rigoles chargées de peuple propices à faire enfler le torrent du mécontentement pour le voir s’évaporer aussitôt. Un anonymat informe et assourdissant qui ne saurait plus être toléré par les besoins de contrôle du Grand Siècle et des débuts de la consommation de masse, quitte à y perdre un peu d’identité au passage. Pas grave çà, l’identité, la France doit se « moderniser »…

Alors d’un côté c’est direction Montparnasse et sa tour à la beauté de circuit intégrée, de l’autre la ligne de fuite vers porte d’Italie à travers un méandre d’HLM vieillots qui n’attendent que la volonté politique pour s’embellir d’une parure d’énergies propres, d’un autre côté encore c’est l’hypercentre qui dégringole vers le lit de la Seine et les confins lointain du passé lutécien, ce vieux Paris des Nautes, vaisseau de pierre et d’hermétisme qui flotte à peine encore dans les mémoires mais ne coule pas. « Fluctuat nec mergitur ! » doit se dire la bonne vieille mairie du treizième arrondissement qui se retrouve aux premières loges de la représentation monstre. « La vraie gauche est sous nos fenêtres, les mecs, alors on tient la barre ! »

La Barre y va de ses bigarres mais ce bouillonnement de provinces est un chaudron bien sage de marmites encore à peu près pleines. Mais pour combien de temps ? Ainsi, aucune casse ou débordement n’est à déplorer. Faire acte de présence suffit quand on est entre 80 et 100 000 acteurs à occuper la scène, entre 80 et 100 000 âmes a ouvrir les yeux. La « place d’It » va se remplir quelques heures durant d’une déferlante de bon sens, interdisant tout stress automobile et substituant à l’agression pétrolifère permanente les éruptions de clameurs sur fond de papotages amicaux et démultipliés. Une garden party dans le pavé, une oasis rougeoyante dans la grisaille des engagements sans parole. La Ville retrouve ses esprits.

Nous nous amarrons près du centre et continue de claquer ses notes protestataires au premier vent venu, meilleur messager des énergies nouvelles. Nous prenons goût à ce tue-tête et notre spirale de voix fait mouche! Nous continuons car aucun discours n’est prévu en fin de parcours. Trop cher avait dit La Méluche, faudrait pas nous prendre pour le PS ! Une structure de sono et de report vidéo est un Everest pour d’humbles randonneurs comme nous ! Et puis ce n’est pas le but de cette marche ni de la démarche, le sens premier est de montrer qu’une partie non négligeable de la population s’oppose à la route semée d’icebergs que le paquebot France s’entête à vouloir prendre, et qu’elle est capable de faire corps . Quoiqu’il en soit, cette absence de grande figure à la langue bien pendue n’est pas un problème, pas de culte de la personnalité ici…

… ou j’vous casse la truffe!

J’arrive au bout de ma péloche et, avant de devoir fermer ce troisième œil, je parcoure la place. J’abandonne le groupe pour prendre la température du pourtour. A peu de distance de nous, mais suffisamment camouflé par l’abondance de foule pour qu’on ne la voie pas de là où on était, siège un parterre d’auditeurs assis à l’écoute d’un orateur. Une mini assemblée dont je ne saurais plus dire de quoi elle parlait. Peu importe, je passe mon chemin, plus désireux de naviguer sur l’ensemble que de m’embringuer dans un confluent, par trop nombreux. Ô bonheur, je croise des brasseries ouvertes et des groupuscules assis, des drapeaux qui flottent et du houblon qui abonde. L’annonce de la manif a du faire trainée de poudre chez les brasseurs du coin! D’ailleurs, il se ferait bien l’heure d’une tite mousse. Le repos du guerrier doit toujours s’accompagner de la bière du vainqueur, çà blanchit les canines et réhydrate l’esprit. J’harponne le premier camion à sandwich qui se pointe et m’octroie une goulée fraîche bien envoyée. La mécanique reprend vie et me voilà reparti ! Je croise peu après les mêmes breuvages à 50 centimes de moins. Soupir… Çà m’apprendra à être moins goulu la prochaine fois. Le téléphone retentit (-DÉCROCHE-) :

Allô ? que je dis

Ba ? T’es où ? me demande Marie-Line

Euh ben je fais le tour de la place, que je réponds connement, çà me gave de rester sur place. Mais je suis pas loin, hein.

Bon ben nous on va aller se faire une bière, tu viens ?

Ben bien sûr ! Bonne idée ! J’arrive. (-RACCROCHE-)

Les grands esprits se rencontrent… Je rejoins donc le groupe qui entame la lente phase de descente. Tout à l’heure, notre petite Compagnie à la Faucille et au Marteau a vite dérivé sur l’Internationale, dont je ne connais pas un traître mot. Un vénérable monsieur, aimanté par notre prestation, nous a amené des couplets rarement chantés, renouvelant une certaine ferveur. Les filles se sont réfugiées à l’ombre d’une camionnette garée là, le séant échoué sur ce qui semble être un rebord de trottoir. Les kilomètres et les couplets leur pèsent. C’est bien la résistance, mais l’heure est à la décompression et à la binouze.

Nous nous mettons en quête d’une terrasse, que nous finissons par trouver. Nous nous posons d’un bloc. Une bonne quinzaine assoiffée, çà en impose. Avant de nous attabler, nous avons croisé Abdel, sympathisant sympathique (et très actif) de Belgique. Là encore, j’ai reconnu, non lui-même, mais sa photo, celle de son cyber profil de réseau social. Mais il nous quitte bien vite, avant le verre qui sacre les amitiés et scelle les rencontres, car sa route est encore longue.

III – SOUS LES OMBRES LA LUMIÈRE

Notre assemblée apéritive se morcelle au fil des obligations personnelles et des minutes qui n’arrêtent plus leur course folle. Elles sautent à pieds joint vers l’heure qui suit et nous voilà réduits à un maigre noyau dur. Après une discussion inattendue avec un couple fort sympathique de chiliens cinquantenaires qui s’étaient attablés à proximité, j’accompagne mes potes du jour jusqu’au bus, comme si je repoussais le moment fatidique de la séparation au plus loin. Le bus parti, je refais le chemin en sens inverse jusqu’au métro Place d’Italie. Esseulé, je remonte difficilement cette pente, l’échos des discussions et des chants, de l’atmosphère de lutte et de beau temps me remonte comme un parfum tendre et résonne encore autour de moi sans que plus personne ne les entende. Le soleil est sur sa fin, comme un vieux lion fatigué d’avoir tout donné, alors que la nuit emprisonne déjà le tumulte dans le souvenir. L’individualisme recouvre nos pas comme le manteau de neige fait taire la nature. Je repasse devant la terrasse où quelques instants avant, la Communauté du Réseau était encore chair et os. Plus rien maintenant, juste deux ou trois jeunes femmes attablées et encore imprégnées d’enthousiasme, parlant Front de gauche. Mais plus guère de démesure. Envolée. Le Paris nocturne reprend ses droits avec la chute du jour. Place d’It finit de refroidir et se remet doucement de son super massage piétonnier. L’essaim d’automobiles a repris son tourniquet toxique et bourdonne à nouveau plein gaz.

Finalement, le 9 octobre 2012 nous tombe sur la tête avec la subtilité d’un parpaing : le TSCG est adopté sans coup férir par une Assemblée nationale toute acquise à la cause. Une fois de plus, le « plan » se déroule sans accrocs, mais surtout sans débat de société (et encore moins télévisé). L’opposition à la rigueur budgétaire est restée impuissante face au rouleau compresseur social-droitisant. Le traité et son fatras de règles dorées taillées comme des costards pour des patrons de CAC 40 avides (qui, soit dit en passant, ont augmenté leur revenus de 35% en 2011) vient de se glisser dans notre quotidien comme un gros doigt poilu dans un nez déjà encombré et, qui plus est, sans référendum. Alors qu’en est-il de ce dimanche de combat ? Contre toute attente, il n’aura peut-être servi qu’à une chose : accélérer le mouvement pour la ratification du Traité ! Effet négatif qui sous-tend, peut-être, un effet plus positif, bien que moins évidente : le rassemblement du 30 était un indicateur, un signal fort, un avertissement. Concrète, colossale, bouillonnante et saturée des bobards anesthésiants, mais aussi de plus en plus structurée, cette opposition à la marche libérale est prise en considération peut-être bien plus qu’on ne le croit. Peut-être… qu’elle inquiète. Mais ce n’est qu’un « peut-être »…

Toujours est-il qu’elle ne peut plus être planquée sous le tapis des silences radio. Elle met également la démocratie représentative en face d’aberrations de plus en plus manifestes. En effet, combien de temps les pouvoirs politiques vont encore se jouer de l’opinion populaire ? Car les duperies d’aujourd’hui verrouillent l’asphyxie de demain. Combien de temps le quidam, comme vous et moi, chers lectrices et lecteurs, encaissera-t-il cette indignité suprême, celle du rapt de sa confiance et de ses convictions pour voir bradé tout çà à la première banque venue trois mois après ?

Car on peut dire sans grande marge d’erreur, ceci n’est pas une révélation, que l’organisation de société actuelle, que l’on nomme démocratie mais qui n’a plus rien d’Athénien dans l’âme (car elle n’a plus d’âme), craquelle comme une vieille mue en proie à la dessiccation. Un exemple de vice : aux dernières nouvelles, le fabricant allemand d’un médicament contre le cancer, Merck, refuse dorénavant de fournir les hôpitaux grecs pour cause d’impayés. Sans rapport direct avec le sujet, voilà pourtant une des multiples conséquences de l’entêtement libéraliste, vécues au quotidien. Voilà, en réalité, où conduit la logique mortifère qui est mise en place pas à pas, et qui finit par nous faire accepter l’intolérable, qui finit par faire force loi dans les crânes à force de se laisser raconter toujours la même histoire et de s’abreuver aux mêmes sources. Ces traités à répétition que l’on veut faire passer pour de la modération et la solution unique à tous les problèmes, problèmes que, d’ailleurs, la plupart des citoyens n’ont pas provoqué, sont en réalité de la dévastation inoculée au compte goutte, un saccage des finances publiques et de toutes les structures qui en découlent. C’est la République que l’on charcute et qui prend des faux airs de supermarché de l’injustice. Mais cette destruction est à retardement, toujours, la pilule bleue est indolore et donne le temps de fuir, c’est l’essentiel en cas de réveil. Les naufrages, souvent provoqués, ne sont jamais assumés. Car pressurer n’est pas gouverner, gouverner n’est pas déboulonner le pays dont on a la charge, ni étrangler une nation sous l’étau continental, diriger n’est pas vendre. La chose politique n’est pas affaire de rentabilité, il devient urgent de jeter cette conception erronée aux ordures, avant d’en arriver au point de non retour. Cette nouvelle présidence a donné la couleur de son orientation, après  seulement six mois d’exercice…

Vu sur l’Hexatrône

Alors que dire ? Que faire ? Qu’envisager ? C’est bien de critiquer mais tout est-il désespéré et perdu d’avance ? Tout est-il vain comme cette grande manif du 30, pourtant record d’affluence ? L’écrasante majorité aux manettes et son raffinement « j’m’en-foutiste-de-ce-que-vous-pensez » est-elle à ce point indétrônable ?

Mais majorité de quoi, au fait ? Majorité parlementaire ? Qu’est-ce qu’un Parlement ? Un hémicycle, une Assemblée, un lieu où l’on parle, c’est-à-dire où la parole vit, vibre, s’assemble, se compose et se recompose, s’échange et se change, un cercle où les idées « circulent », rebondissent, évoluent, se renforcent ou s’infirment au gré des courants de pensée et des axes de discussions ? Qu’est-ce donc que tout cela ? Les racines de la démocratie ? Probablement… A-t-on à ce point perdu l’habitude de cette pratique orale et saine, régulière, quotidienne, permanente, entre les habitants de la Cité, dits citoyens, pour ne plus savoir ce qu’elle veut dire ? Elle s’est fait, certes, étouffer, ronger par l’adjonction de la notion de compétitivité, maladie moderne qui nécrose patiemment un tissu de société en créant des inégalités et en les entretenant. Mais faut-il voir une porte de sortie à ce bourbier d’impasses dans l’effet de masse ? Ou, plus précisément, dans un effet de masse frontal ? Car que nous apprend la manifestation du 30 ? Qu’elle a été impressionnante, certes, mais sans effet. Un fleuve impétueux qui n’a fait que s’envaser dans un désert de surdités officielles. Le constat est net et sans appel, aussi incontestable que mon optimisme peut-être inné et inébranlable. Pourtant… des choses se dessinent. Minuscules, embryonnaires, simples, mais déjà sous notre nez.

Notre groupe s’est constitué en réalité bien ailleurs, mais dans un ailleurs pas si lointain : le cyberespace. Celui-ci est le maillage des libertés de ton, ces petites ruelles encaissées de jadis, où il est encore possible de dialoguer et multiplier les contacts, à couvert ou non, de s’entre déchirer ou d’échanger, de se renvoyer la balle ou des liens qui relieront les idées et les complèteront, donc de s’enrichir et affiner ses connaissances au fil des blablas et autres petits riens. Une grande friche de mélanges et d’avis, de tendances et de sensibilités où l’éventail des possibles respire comme un infini et se réinvente à chaque instant. Petite assemblée dans le rassemblement, elle a émergé des contrées virtuelles par simple jeu d’affinités, pour finalement s’adjoindre à la forêt de « Non ! » qui a, pour quelques heures, redonné à Paris le faciès d’une ville en gommant la carte postale bobo et dormante que ses maires successifs s’acharnent à le faire devenir. La « porte de sortie » que nous appelons tous de nos vœux se trouverait peut-être par là, dans les eaux vives de cette mémoire-monde horizontale, nouvelle agora ou septième continent.

Rédiger une nouvelle Constitution ? Lancer des idées collectivement dans tous les domaines (emploi, énergie, habitat, retraites, retour à des services publics vraiment publics, etc…) ? Réunir des assemblées spontanées ou des réunions informelles, hors partis et localement, dans des endroits variés, pour engager des discussion à bâtons rompus et faire avancer des idées simples et concrètes  ? Tout cela ne demande pas un effort surhumain, au pire une coordination des emplois du temps… Rien ne presse et tout vient à point qui sait faire preuve de patience, de tempérance et d’opiniâtreté. Le « système » ne prend plus en compte aucun avis s’il ne sort pas d’un cabinet d’experts privés (et méchamment rémunéré) ? Le « système » se la joue solo ? Le représentatif ne représente plus rien ni personne, si ce n’est une petite clique de têtes à claques conniventes et surpayées ?

Vu sur Agoravox

Alors laissons le tomber comme une vieille chaussette, réinventons un nouveau socle fait de 65 millions de couleurs et de souffles (ou du plus que l’on peut) et débordons la mascarade usurière, débarrassons nous des vieilles carnes rancies. Déposons cette vieille démocratie, encrassée par les grands intérêts, sur le bas côté du monde qui avance, destituons ce modèle et mauvais maître, comme un empereur périmé et engourdi mais toujours présomptueux et dont plus personne ne veut. Ses vieilles ritournelles à pognon fardées d’entourloupes électorales et émaillées « d’affaires » ont fait leur temps. Son relais médiatique, aux images viles et vectrices d’inégalités, rationnant l’intelligence et le vocabulaire des générations qui grandissent, n’est plus l’Evangile imbattable qu’il a été. Internet le déborde et le devance, l’expression, libérée des « lignes éditoriales » s’émancipe et s’affirme. Soyons les innombrables Gandhi de la colonisations des esprits. Les barricades sont dans les têtes car le nombre et son levier d’action est partout, dans chaque foyer, chaque rue, sur chaque pavé, chaque pixel, non dans les cercle restreints de « grands actionnaires », devenues entités même plus humaines. Des initiatives constructrices sont à la portée de qui le veut bien, sans attendre un quelconque gourou ou un quelconque miracle tombant d’on ne sait où comme une météorite. Par les temps qui courent, ce sont plutôt les patates chaudes des catastrophes annoncées que les professionnels de la politique se refilent avec tout l’art de l’autruche !

Vu dans le bois: Pouuuaarrff!! Impasse! C’est la merdasse!

Parce-que, finalement, rien n’est inutile. Cette manif, si Gargantua fut-elle, a été inutile dans le sens où nous l’entendons communément mais elle doit nous faire envisager son véritable effet sous un autre angle. Elle a « échoué » dans son acceptation habituelle ; la nouvelle gouvernance, comme l’aurait fait la précédente, n’en a pas tenu compte et a filé droit(e). Mais certains d’entre nous se sont rencontrés. Tout est là… Ce défilé de bonnes intentions n’a pas eu l’effet qu’on aurait voulu qu’il ait, mais il en a eu bien d’autres. La manif s’est « viandée » mais c’était la nôtre, « on » a fait mine de ne pas l’entendre mais nous, nous l’avons chanté, porté à bout de voix et d’espérance. La Clé est ici, à portée d’entendement. Une réelle démocratie, celle de tous pour chacun, est exigeante mais ne peut s’édifier qu’au prix dans la Parole Publique à retrouver et consolider. À la croisée des catastrophes, les populations n’ont plus d’autre choix que de parler, se parler. Pour mieux se grouper, mon enfant, et se regrouper encore. Cependant le Royaume reste à conquir. Ou plutôt construire. Dans la forge brûlante des désaveux qui grondent… qui durent… Et qui finiront bien par faire sauter le plomb de tous les verrous suspects. L’imagination est notre oxygène, le nombre est notre nation, alors sachons garder la flamme.

Franck Balmary.

P.S.: toutes les photos non légendées de cet article sont la propriété intellectuelle et morale de l’auteur, Franck Balmary.

P.S.2: cliquer sur les photos pour les voir en grandeur réelle.

N.B.: si d’aventure quelqu’un se reconnaissait sur un des clichés et souhaitait ne pas y figurer, me contacter au courriel suivant: larocheauxloups@gmail.com

Nappe chaude

Posted in REFLEXIONS with tags , , , , , , , on 26 mars 2012 by larocheauxloups

10H30. Elles me paraissent cinq de moins. Ma patte droite peine à faire taire le vilain radio réveil qui tonne le jour nouveau. C’est dimanche, pourquoi s’imposer une telle souffrance? Quelle force m’arrache aux pesanteurs de cette matinée grassement paresseuse? Je ne le discerne pas bien encore. Un rendez-vous, un appel, un point de mire, une espoir. Plus prosaïquement, un lieu et une heure de ralliement reçus par mail deux jours auparavant, émanant du Front de gauche de Paris 10ème. Je m’étais inscrit sur leurs « mailing list » début février, au cours de ce qui fut ma première participation à une Assemblée citoyenne locale, alors que les grands froids nous avaient tous cueilli. Le grand départ pour pas très loin est donc fixé à midi, parvis de Gare de l’est. Nous sommes environ huit personnes à nous retrouver, à discuter d’un peu tout et rien. Bonne humeur aidant, l’attirail complet du manifestant est déballé: drapeaux au rouge vainqueur, autocollants par pléthores. Peu politisé et modestement habitué aux manifestations, je refuse courtoisement le port du drapeau partisan, prétextant la prochaine prise à deux mains de l’appareil photo que je dissimule encore dans un épais sac à dos en toile. Je reste fidèle à mon intention initiale, celle d’un article relatant le jour truculent qui s’annonce, qui aura besoin de son pesant d’images fortes.

Nous descendons vers les profondeurs métropolitaines, suivant l’itinéraire qui doit nous mener vers Place de la Nation. Une station plus tard, d’autres partisans Frontistes montent déjà. Ils viennent de province, ceux-là. Tout de suite, l’ambiance se réchauffe, les échanges bon enfant créent des passerelles. Clara, militante de Paris 10ème, commence à pousser la chansonnette, suivie de près par quelques autres. Les rires suivent, quelques sourires de certains passagers hors manif, pris par la soudaineté de ce débarquement. Une correspondance se présente, nous descendons. Sur le quai, le flot a déjà gonflé. Ils partirent 8, ils continuèrent à 28 en l’espace d’à peine cinq minutes. « C’est bon signe », me dis-je sous cape, mais déjà surpris. Sur la ligne suivante, c’est l’affluence. Paris ne se repose jamais, semble-t-il, surtout le week end! Nous investissons les rames et tombons sur un couple cinquantenaire venu aussi pour l’occasion. Indécelables au milieu de la foule car non bariolés toutes parts, ces gens nous disent venir de banlieue, presque rougissants d’avoir été surpris à converger vers le même horizon. Les chants reprennent et posent quelques couleurs de fête. Il ne manque plus que les jongleurs et les cracheurs de feu! Clara sort sa réserve de broches aux couleurs de la manif. C’est 1€ pièce, mesdames et messieurs, on soutien la cause, on n’hésite pô! Station Place de la Nation, terminus. Ou plutôt commencement car c’est d’ici que décolle la Marche qu’organise le Front de gauche vers Place de la Bastille.

Au dehors, les « lions verts » indéboulonnables sont toujours rivés au centre mais c’est à gauche toute qu’ils placent la barre aujourd’hui et ils rougissent quelque peu de leur vedettariat du jour. Il doit être midi et demie, l’affluence est clairsemée même si l’infrastructure a débuté son installation à 5H ce matin.

Sorti du métro, je perd quasi instantanément la trace de mes compagnons de route. La troupe se dilue dans les discussions attrapées au vol. Peu m’importe, je vaque à mes hasards de chasseur d’image, libre comme Éole. Libre, le mot d’ordre au bon goût de reviens-y est lâché. Je vais donc tâter le pouls de ce cœur parisien en éveil aujourd’hui. Quelques voitures cortège se succèdent sur les abords, déjà placées sur les axes qui partent vers la Bastille. D’autres véhicules, moins officiels et plus modestes, néanmoins présents, se sont postés en soutien.

Il y a même une scène sur le départ du boulevard Diderot. Certains viennent y pousser la chansonnette du dimanche, comme dans la télé mais en plus vrai. Les stands de restauration font carton plein, çà pleut la merguez et la bière. Le ciel, lui, maintient un suspens de nuage en bataille, les éclaircies dévoilant parfois quelques charmes pour repartir comme des songes. Les Colonnes du Trône, tournées vers l’est, accueillent quant à elles des rassemblements déjà nombreux à leurs pieds. L’avenue du Trône paraît bloquée un peu plus loin par la police mais un attroupement remue drapeaux et pancartes entre deux de nos ex-bons rois, perchés sur leur gloire passée.

Un appétit montant se charge du sandwich que j’ai eu le temps d’emporter vers Gare de l’est. La rencontre avec mon estomac est un plan qui se déroule sans accrocs. Après avoir parcouru sa circonférence, je me recentre vers l’intérieur de la place. Un petit bonjour à la statue centrale, un petit tour de la Nation ou du copropriétaire, oserais-je dire, en ce jour de démonstration motivée. Je sens maintenant les espaces se resserrer, l’affluence abonde et la densité gagne du terrain. L’anneau herbeux qui ceinture la statue a pris ses grands airs de pique nique géant, avec ballons et drapeaux qui flottent aux quatre vents, cocardes et bonnets phrygiens qui sourient au mauvais temps. Chacun papote, sirote, plaisante, échange le bout de gras ou s’affaire à ses histoires.

Une envie de bière surgit. Plus loin, un camion à frites me tend les bras. Deux hommes, un jeune et un plus vieux, se démènent comme des diables dans ce car à saucisses étranglé de foule. Les demandes sont incessantes et je les admire. Ils voltigent d’une commande à l’autre sans un arrêt. J’arrache enfin ma 25cl, au prix d’une longue quête faite d’attente. La première gorgée coule comme un bonheur et je souhaite bien du courage à ces braves. Pas très loin derrière, c’est succès plein devant la scène, cette pause déjeuner s’endimanche de musique. Des pancartes fleurissent, elles rivalisent d’originalité et mettent l’ironie à l’honneur. Mais toujours avec une petite haleine d’amertume. Car la dette est au cœur de toutes ces piques, c’est le mal silencieux qui fédère, la déliquescence qui réunit, la dérive continentale qui constitue le ferment d’un solide refus. L’Œil des caméras ne raterait l’événement pour rien au monde, il se poste aux endroits stratégiques et investit les hauteurs. Une camionnette régie de BFM est aux aguets, stationné non loin de la rue du faubourg Saint Antoine.

Dans la mêlée, une cohorte de sans papiers surgit du métro et vient donner du coffre par porte voix interposé, rassurant le bon peuple français dit « de souche » sur le fait qu’ils ne sont pas les vampires de nos sociétés modernes, comme certaines vindictes aiment à les dépeindre. Ils ont juste envie de continuer à bosser ici sans la peur au ventre.

Après quelques tours et détours, je m’en retourne vers la voiture cortège. J’y avais localisé au périscope quelques « têtes connues » parmi mes compagnons de l’aller. J’en retrouve certains aux pieds d’une banderole Front de gauche. Il est toujours bon d’accoster à une rive familière au milieu de l’océan. Car la gent s’amasse plus compactement encore.

Le cortège démarre mais s’arrête quelques mètres plus loin. Le signe de départ aura été de courte durée. Mais la dynamique est lancée. Pourtant, Une longue attente s’installe. Les militants de la voiture cortège font leurs boulot d’animation partisane à coups de slogans ou de chansons. À 15H05, un chiffre tombe, sans concession: « Écoutez camarades, à cette heure nous sommes 50 000 à être descendus dans la rue! ». La clameur s’élève comme un geyser. Vache! Çà commence à faire du peuple, surtout qu’ils avaient prévu à vue de nez un bon 40 000, en maximum raisonnable. La surface des « impossibilités théoriques », rabâchées à coups de sondages, est maintenant franchie, et ma surprise de tout à l’heure dans le métro, en terme d’affluence, se confirme.

Je reprends mes conversations avec les autochtones du 10ème, principalement des madames, dans lesquelles j’apprends que les hôpitaux parisiens demandent maintenant aux futurs hospitalisés d’amener leur propres duvets! Kézako?… ? « Si, si, assure mon interlocutrice, c’est à la Pitié qu’ils m’ont sorti çà pour une demande de séjour. Dans le 13ème arrondissement! En ce moment même, les hôpitaux parisiens sont privés  de moyens, à tel point qu’ils manquent de blouses pour les médecins et les infirmières et que leurs stocks de draps fondent à vue d’œil et commencent à être sérieusement élimés ». Une autre madame me confirme. Un scoop dont je n’ai entendu parler nulle part. C’est pas assez spectaculaire, doivent se dire certains éditorialistes, ce n’est qu’une gangrène de tous les jours, çà n’aura aucun impact sur l’audimat.

Les bras m’entombent, la colère m’émoustille le bout de la truffe et fait ressortir la pointe des crocs… Vous ne l’auriez jamais envisagé, même dans vos pires cauchemars? Eh bien le Petit Président l’a fait, sans vous en parler, en l’espace d’à peine cinq ans. Le temps de quelques réformes de « modernisation » du pays, votées en général dans une Assemblée nationale vidée des membres de l’opposition ou bien l’été en catimini, tout cela escorté d’une bonne odeur d’omerta journalistique. Bienvenue en terre d’omission… (Mise à jours du 4 avril 2012: Le Parisien avait consacré un article à ce grave sujet, publié le jour même, le 18 mars 2012). Cette journée de protestation, même pacifique, prend tout à coup la saveur criante d’une nécessité, d’un impératif de dépollution des sphères décisionnaires de nos institutions. Halte à la marée noire!

À notre droite, des Kurdes du PKK (la Parti des Travailleurs du Kurdistan) s’ajoutent à la fête. Organisation politique plutôt à gauche et militant pour l’établissement d’une confédération qui verrait l’avènement d’un Kurdistan réel et indépendant, l’histoire du PKK est émaillée d’actes de guérilla et jalonnée de morts. Considéré comme un mouvement terroriste par certains pays, dont les États-Unis et la Turquie, le fondateur de ce parti, Abdullah Öcalan, est enfermée dans une île-prison turque depuis 1998. Il est des régions du monde où la divergence d’opinion et revendiquer le droit d’exister se paye cher. Pour l’heure, leurs drapeaux jaunes viennent chatouiller la dominante rouge locale. Leur apport musical interfère parfois la harangue des animateurs frontistes, sans la gêner pour autant. Leur combat est suffisamment digne d’intérêt pour ne pas l’oblitérer par un nouveau mépris. Ils ont compris les convulsions qui sont en train d’agiter les esprits par chez nous.

Mes accompagnatrices du 10ème consultent leur iPhone respectifs à la recherche de quelque information sur l’évolution de la Marche. Nous n’avançons que par sauts quantiques, ce qui est bien mais relativement insuffisant, la Bastille, même assez proche de la Nation, n’est pas non plus à deux pâtés de maisons d’ici. D’ailleurs, la voiture cortège nous annonce d’un ton fier qu’il y a déjà du monde partout. Les deux places et l’axe qui les relie sont rouges de sympathisants. Eh bé nous v’là bien avancés. Décidément, ce dimanche au ciel grognon est riche en déferlements! Mais quid de notre avancée, maintenant? Parce-que Paris n’est pas faite que de largeurs ou de Champs Élysées aux lignes de fuite cyclopéennes. C’est donc au compte goutte que je vois mes charmantes interlocutrices s’évaporer une à une dans la masse mouvante des foules, direction la Bastille. De nouveau esseulé, je m’entête dans ma ferme intention de la jouer à la régulière. Je resterais dans le cortège et suivrais la voiture. J’ai dit! En attendant, mon troisième œil photographique s’enquiert d’images toujours fraîches, que je cristallise déjà.

Notre ensemble avance enfin. Mais l’entrée de la rue du faubourg Saint Antoine est un goulot d’étranglement et ce qui était à prévoir se réalise: la vitesse ralentit déjà! Le PKK tente une percée sur notre flanc droit mais, sur demande, cède gentiment la place pour nous éviter la coupure. Cependant, la progression se fait toujours par saccades écourtées. Ce ralenti est un signe extrêmement positif mais à ce rythme, le rendez-vous de la Bastille paraît compromis pour ceux qui sont encore ici. Une nouvelle fois, la voiture cortège, un peu à court de chants partisans, donne la température. La sentence fend le ciel comme un tonnerre: « Écoutez! Écoutez tous! Nous sommes à présent 80 000! 80 000 personnes se sont donné rendez-vous ici aujourd’hui! ». Et les leitmotiv repartent comme en quarante.

La crue est en route, plus rien ne semble pouvoir l’arrêter. Mes cornets ramassent l’info au vol et mes pieds prennent des ailes. Ces annonces à caractère exponentiel m’exaltent autant qu’elles m’inquiètent. L’accès à la Bastille va être une lutte, il faut impérativement que j’accélère. Las de l’inertie du surnombre, j’en viens finalement à la même trahison individualiste que les autres. Je quitte la chaussée et ses pesanteurs pour louvoyer par les trottoirs.

La progression est grandement facilitée et la prise de clichés plus aisée. Je retrouve la place que j’attendais, celle de l’observateur. Je peux soutenir cette gueulante collective tout en restant à la lisière du bois. Résister, et le montrer par sa présence physique, mais aussi rendre compte de l’ampleur du ralliement et embrasser l’événement d’un point de vue plus large, du moins autant que faire se peut. Le loup est là pour grogner mais aussi pour regarder, observer, jauger, analyser, poétiser. C’est sa fonction de sentinelle. Acteur mais à distance.

Les pancartes de la VIème République, distribuées gratis à la Nation, s’élèvent en nombre et sont les piques verbales du rassemblement râleur, une vraie trainée de poudre ou seul le slogan écorche. L’idée de table rase fait son chemin, l’incendie volontaire des institutions n’a que trop duré.

Je discerne maintenant beaucoup mieux les différents segments qui articulent ce long serpent protestataire, enflammé de banderoles à l’audace tranquille.

Les wagons se succèdent par thèmes de refus…

Arrivé à un carrefour, je croise même le drapeau grec.

À l’image de la haute finance et ses dérives mondiales, cette marche du dimanche exhale un parfum international. C’est la France qui est le carrefour, aujourd’hui, c’est elle qui canalise la grogne et appelle à l’air, la main tendue et le poing levé. Certains soutiens apparaissent aux fenêtres, comme des fleurs qui appelleraient de tous leurs vœux un peu de lumière. Le printemps arrive, il y a foule pour battre le bitume et chauffer la voie royale vers une démocratie moins crasse et copinarde. Saint Antoine est un grand fleuve, une mer de présences.

L’appareil photo est en manque de surface sensible et réclame son bobino de souvenirs à venir. Car le fleuve de rue prend l’envergure d’une grande marée. Les slogans éraflent les piédestal d’argile au gré de leur colère…

… pendant que d’autres rappellent les bonnes résolutions d’un programme qui aimerait renverser la vapeur.

La créativité personnelle tous azimuts nourrit une idée commune de mieux être, de nature supérieure au chacun pour sa pomme en vigueur. Les feuilles de chou à révoltes ponctuent également le chemin, dans un appel à la prise de conscience et pour une plus grande reprise en main de la citoyenneté.

Les quelques rares commerçants ouverts sortent un bout de museau et interrogent du regard, cigarette dubitative. Que se passe-t-il, cet aprèm? Qu’est-ce donc que tout cela? C’est quoi, le but de la manif? Et pourquoi çà n’en finit pas? La masse dépasse la fiction et resserre la nasse du mécontentement autour du Petit Président et sa Vision courte. Comment la Sarkozie a-t-elle pu ressembler autant de désaccords? Quel degré de foutage de gueule, pratique pourtant ancienne et avérée, avons-nous atteint pour exprimer un tel haut-le-cœur? Quelles sommes de limites ont-elles été franchies? Les rues pulsent de rouge, philosophal peut-être bien, « ras-le-bolien » c’est certain. Vivant, pour le moins.

Soudain, l’écho d’un tumulte se fraye un chemin jusqu’à nos tympans. Il a éclaté en aval, comme un fracassement à percussions qui mène la danse. Sans plus attendre, comme alléché par un charme, je continue vers Bastille. C’est une petite troupe aux T-Shirts rougis de « Casse-toi pov’con (c’est LUI qui le dit) » qui se démène les épaules et maltraite ses peaux, pour une ambiance garantie sans fractures. L’attroupement se fait dansant, porté par les ondes qui fouettent l’air libre et incitent à la saine colère.

Malheureusement, le temps m’est compté. Un sourd instinct me pousse à abandonner cette région festive aux accents d’Amérique latine et poursuivre droit devant. C’est stupide. Finalement, pourquoi le discours du candidat du Front de gauche, qui ne fait que briguer le Trône qu’on veut bien lui donner, serait plus important que ce moment si riche? La question m’effleure le cortex sans que j’ai de réponse satisfaisante à lui apporter. Il est parfois certaines hiérarchies qui s’imposent d’elles-mêmes, pas tant pour des raisons autoritaires mais plutôt d’évidence. La Colonne de Juillet 1830 pointe déjà le bout de son Ange Liberté, l’îlot Bastille est en approche.

Juste avant d’arriver, je croise une banderole « Die linke » (« La Gauche »). Quelques Allemands ont mis cap vers l’ouest pour réaffirmer que le trop fameux « modèle allemand », cette idéologie de précarité, crevassée par les rides d’une fin de siècle libéraliste dont plus personne ne veut, n’est aucunement partagé par l’ensemble de nos cousins germains mais bien piloté par un gouvernement de droite dure qui obéit, comme ici, à une convergence d’intérêts et ne cessent de piper les dés de l’hygiène civique.

Et pendant ce temps là, sur le char communard…

… on se laisse porter gaiement par l’espoir d’un vent nouveau.

Place de la Bastille, enfin! Mais le chaos des corps se resserre une nouvelle fois, les trottoirs eux-mêmes étouffent, la progression devient pénible. Dommage qu’ils se soient empressés de déboulonner la forteresse prison à l’époque, un rassemblement devant un tel massif aurait eu de l’allant symbolique! Heureusement, il nous reste les 50 mètres de la Colonne de Juillet, édifiée en l’honneur de la Révolution de 1830 qui chassa Charles X du pouvoir.

Je progresse presque à tâtons, presque dans le noir. Mais c’est un débordement de courte durée, je me heurte très tôt à une muraille d’épaules. Guigne! La Place de la Bastille est un siphon qui déborde et craquèle d’un trop plein d’âmes. Elle n’a jamais été prévue pour contenir d’aussi grands ras-le-bol. Même si nous sommes un peu sardines, je ne me sent pourtant jamais mouton. Cette réunion teintée de gigantisme répond d’une force à l’œuvre aux antipodes de l’endoctrinement. Des mots ont été savamment placés depuis quelques mois de campagne, à gauche, sur les malfaçons et les détournements d’un jeu politique coupés des réalités et ont réveillé les maux subis au quotidiens, avec leur fureur d’avis contraires. C’est cette opposition des humbles qui se matérialise soudain ici, en cette heure, en ce lieu.

Mais impossible d’aller plus avant. Je vois l’Opéra sur ma gauche, je l’ai à peine dépassé, je suis encore quasiment à la sortie de la rue du faubourg Saint Antoine. Je pense à tous ces gens de l’arrière, qui resteront coincés chez Saint Antoine. Pour ma part, impossible de monter sur le bout de trottoir juste à ma droite, trop de monde. Il est pourtant à deux doigts… Je suis condamné à admirer le ciel qui fait la gueule. Je ne vois pas bien la scène, et à peine les écrans de retour vidéo. Misère! Le candidat va me passer sous le nez… Il me reste les oreilles. Mais je suis là, bien présent, c’est l’essentiel. Je m’additionne à tous les autres, débarqués de je ne sais où, parfois de loin. Et encore, il y a des absents! J’entame deux trois mots avec une dame à côté et celle-ci m’apprend que nous sommes 120 000 dans la rue. Dernière nouvelle! Nombre formidable, qui couronne l’exaltation. 12, chiffre de la Perfection, multiplié par le cumul des impostures. Je me demande quand ce flot va arrêter sa folie douce, on risque la syncope! Malgré tout, je pense que l’arrivée à la Bastille marque le point culminant.

Tout Paris est à l’écoute, calme mais réceptif. Certains grimpent les feux de signalisation afin de s’élever au-dessus de la mer de noms venus prêter l’oreille. Le panorama devait valoir son pesant de merguez et les automobiliste ont dû ronger leur frein. D’autres petits malins ont probablement investi la Place depuis les premières heures de la mi journée, débusquant un poste d’observation de premier choix: la Colonne de Juillet elle-même.

Contre toute attente, j’entends une voix à ma gauche. C’est le discours. Il était temps que j’arrive, çà doit faire cinq bonnes minutes que je suis là, pas plus. Je tends l’oreille, le candidat bouge, pivote littéralement autour de ses micros, vit son propos. Certains bouts de phrase s’envolent vers l’autre rive de la place et nous oublie l’espace d’un instant. Qu’importe, nous en saisissons la teneur globale.

Les notes mélenchanteresses abattent leur verbe haut sur notre grisaille et cisaillent le prêt à penser des politiques actuelles. Le candidat expose avec force les grandes lignes du programme commun: abolition des privilèges financiers, monétisation via Banques centrales, planification écologique largement exposée comme axe central, France Terre d’Accueil, France-Algérie « La guerre est finie » proclame le candidat né à Tanger, au Maroc, France Force de proposition et Creuset des Libertés, services publics réinvestis par l’État, France qui applique une laïcité égale sur tout le territoire, France qui réaffirme le droit à l’avortement. Je constate d’ailleurs que cette ligne directrice trouve un écho tout particulier. Soulignée de vivats approbateurs, elle triomphe à l’applaudimètre des nombreuses femmes autour de moi, comme une corde sensible résonnant de la puissance des multitudes. Et bien sûr, avènement d’une VIème République, de type parlementaire, à l’issue d’une Assemblée Constituante aux membres ponctuels (jamais élus avant et plus jamais éligibles après) pour redonner plus de poids à la parole citoyenne, hors du champ des hommes politiques de métier. La société, tiraillée par l’actionnariat outrancier auquel on laisse une marge de manœuvre totale, gage des plus grandes inégalités, accouche en ce moment même d’une réflexion nouvelle qu’on ne peut plus museler. En France aujourd’hui, et peut-être au-delà demain, qui sait… Car comme dit Hugo dans Les misérables, le vent de révolte qui naît à Paris se répand comme un élan irrésistible dans le monde entier. Qui vivra verra…

J’entends le relais audio en léger décalage, placé dans la rue du faubourg Saint Antoine en début d’intervention pour que les participants encore bloqués là-bas puissent suivre en direct. Le discours est étonnamment court mais cible parfaitement les points sensibles et forme la clé de voûte incontestable de la journée. L’embastillement des idées progressiste et des acquis sociaux, mis à mal depuis une petite vingtaine d’années, est secoué à la base. La France, l’un des pays européen au plus fort taux de productivité, répond présent et compte bien faire entendre qu’il ne se laissera pas DéGrècer comme d’autres, son idée de la vie collective et de la « chose publique » (res publica) n’en passera pas par les lois martiales et les dents longues du diktat libéral. Il était important de réaffirmer cette position haut et fort. « Résistance! », scande la Place entière, rouge de contestation. Le message est passé et sera reçu par qui de droit… La classe politique qui gouverne aujourd’hui doit maintenant tirer les leçons de son immaturité et de sa connivence coupable. Et prendre conscience qu’elle n’est que la représentante d’un pensée collective, qui s’exprime à échelon national.

En interview avec BFM à 18H, avec une intervention à la Bastille planifiée à 17H, le discours du candidat ne pouvait pas être très long. Jean-Luc Mélenchon avouera tout de même, par la suite, avoir retiré un quart d’heure à son discours en constatant la foule considérable qui l’attendait de pied ferme à la Bastille, afin d’éviter à l’auditoire l’inconfort d’un entassement prolongé. Mais mission accomplie, le Front de gauche a réussi son Paris rassembleur et lance un signal fort, et surtout hors sondages, en direction des autres candidats à la présidence. Les images qu’on dû capter les diverses chaînes de télévision ayant dépêché des envoyés sur place parlent d’elle-même.

Le discours s’achève mais la foule reste compacte. L’intervention filmée est rediffusée une fois pour ceux qui n’ont pas pu y assister. Je l’apprécie de nouveau dans de meilleurs conditions. L’intensité des réactions est la même.

Peu après, la fête continue mais il est l’heure pour moi de me retirer. J’ai un article à rédiger sur cette fameuse journée qui ne s’est déroulé sans aucun accroc, ni violence de quelque nature que ce soit, rien que de très serein et festif. Aucun « gauchisme radical », juste une foule hétéroclite, tous métiers, âges, sexes et horizons confondus. Une affluence hors de caricature, une convergence d’individualités qui crie son besoin vital d’une société plus égalitaire. Cette bonhommie a peut-être été la meilleure réponse au nivellement par la peur habituel, peur du chômage, de la crise, du terrorisme, de l’étranger, du casseur, du lendemain, etc… Gueuler mais construire, critiquer mais non piétiner car, comme dirait Hugo, pourfendeur jadis d’empereur à Petite envergure, « Qui vote règne ». En repartant vers la bouche du métro Bastille, voisine de terrasses de cafés toujours fournies, je m’aperçois que, de l’autre côté de la Place, le boulevard Beaumarchais était bouché, lui aussi.

Le génie de la Bastille a donc une nouvelle fois porté un vent de fraîcheur et de vérité à nos endroits, pointant son flambeau de Justice vers l’ouest. Les atlantistes forcenés n’ont qu’à bien se tenir. La cocarde a triomphé, l’Esprit rouge-vivant du bonnet phrygien a rayonné de toutes ses lumières et pulse de nouveau dans les veines de la Raison. Il fait chanter le pays du coq, cet oiseau d’aurore à crête de braise, toujours en avance d’un ton, annonciateur de l’aube nouvelle pour les soleils à venir, alors que dorment encore les vieux empires en léthargie, éreintés et décousus.

Mais ne nous leurrons pas, tout reste à faire. L’élection présidentielle n’est qu’un début, le Front de gauche qu’une proposition pour un nouveau point de départ. Tout sera à construire APRÈS. L’altruisme et la vision commune n’est pas une voie « facile », peut-être, même, est-ce la plus ardue. Mais la richesse qui en découle est à la hauteur du travail à accomplir. Que la fête commence, donc, et ne baissons pas la garde.

En hommage à toutes les luttes qui nous ont précédées… Ne nous laissons embobiner par aucun Versaillais. Jamais.

Une barricade de la Commune, 1871 (auteur inconnu)

Franck Balmary.

P.S.: toutes les photos non légendées de cet article sont la propriété intellectuelle et morale de l’auteur, Franck Balmary.

P.S.2: cliquer sur les photos pour les voir en grandeur réelle.

N.B.: si d’aventure quelqu’un se reconnaissait sur un des clichés et souhaitait ne pas y figurer, me contacter au courriel suivant: larocheauxloups@gmail.com

Front à gauche!

Posted in REFLEXIONS with tags , , , , , on 6 février 2012 by larocheauxloups

Lequel de nos grand-parents, au sortir de la dévastation physique et intellectuelle qu’a été la Deuxième guerre mondiale, aurait pu croire qu’un jour leurs descendants pas si lointains que çà en arriveraient à douter aussi férocement de la démocratie et du sens même de leur vote? Quelle puissante entreprise d’enfumage a pu amener un tel anéantissement? Car la dissolution progressive, mais constante, du champ politique dans la logique économique, surtout depuis l’effondrement du bloc communiste d’Europe de l’est et de l’URSS, atteint aujourd’hui les proportions grandioses du bouquet final, l’étape qui précède toute extinction. La disparition d’une parole politique authentique, indépendante des contraintes de marché, est certainement le reflet du vide de sens dans lequel le monde surnage depuis le débarquement massif de la culture chewing-gum il y a 60 ans. Les acquis sociaux qui ont pu être gagnés ces derniers siècles face aux logiques industrielles et financières, qui se la jouaient « force loi », sont en train de sombrer à nouveau dans les  travers du paupérisme intellectuel et de la logique de privatisation mais d’une façon beaucoup moins frontale. De manière insidieuse, le constat selon lequel les appareils d’État sont de plus en plus dépendants de la logique de crédit et de spéculation, et donc de leurs créditeurs privés, prend maintenant toute la force de l’évidence, qu’il n’est plus utile de démontrer.

Pourtant, même face à ces gravités porteuses des raisins de la colère, il nous est toujours donné d’entendre, ici ou là, des têtes chantantes UMP proclamer à propos des cinq ans de présidence Sarkozy, d’un ton de castra coupés des réalités, que « l’on a jamais autant modernisé la France ». … Il serait judicieux de définir avec plus d’exactitude le terme « moderniser », dans un pays où la précarité s’installe, où les communautarismes s’amplifient par réaction au trop plein de « marche ou crève », où les factures du quotidien se savourent comme des fractures, tous domaines confondus (de la SNCF à l’électricité en passant par la Poste), avec une fâcheuse tendance à l’élévation spontanée, où le logement et ses prix odieux sont plus que jamais une épine dans le pied de bien des foyers (actifs, jeunes ou retraités), sans parler de tous ces gens échoués comme des étrons dans les rues de nos belles villes (dont certaines gares interdisent maintenant la mendicité). Bref, ce meilleur des mondes aux équilibres « auto régulés » et au discours marchand fondé sur l’appât du gain est-il le futur inéluctable de l’être humain? J’ose espérer que non, que l’homme n’a pas égaré son bon sens dans l’escarcelle étroite de quelques poignées de combinards qui s’évertuent à lui faire croire que tout bonheur s’achète.

2012, temps d’élections. Le Sénégal va s’y coller, les États-Unis, également, sont appelés aux urnes. En France, les ténors déjà vus mille fois, rompus au petit jeu du maniement des esprits et des faux semblants, déploient de nouveau leurs palette de farces et attrapes en vue de la conquête du trône. L’opération séduction est enclenchée, par ici artillerie de mesurettes pour compétitivité accrue en ce qui concerne notre non candidat de président sortant, par là flou un peu mollasse d’un rose si translucide qu’au bout de tant d’années il devient suspect, par là encore jeu de jambes trompeuses de blonde aux dents longues et visions courtes, aux airs un peu trop confiants de « Troisième homme » du scrutin, par ici encore, l’optique du « achetez Français » malheureusement porté par un centrisme en ombre de lui-même, peu parlant ou trop discret. Et puis, il y a le Front de gauche. Cette espèce de fourre-tout informe et trublion d’une gauche rabibochée avec elle-même et sa verve tonitruante, pourrait-on penser vu de loin, produit, contre toute attente, un programme politique qui sort du lot. Évidemment, il exhale une vision sociétale de gauche, fondée sur un État fort et une règlementation accrue du tissu économique.

D’un point de vue formel, la présentation est plutôt bien ficelée car assez claire. Le propos est articulé en 9 thèmes facilement identifiables, comprenant chacun plusieurs mesures. Chaque thème est subdivisé en deux parties: l’une intitulée « Agir tout de suite », sous entendu dans les premiers temps suivant l’investiture afin d’insuffler un changement de cap sans attendre les calendes grecques vendues aux marchands de tapis, et l’autre sous le titre « Agir pour un changement durable », où les mesures sont exposées pleinement, et envisagées dans la durée. Ainsi, quand le PS fait durer un suspens inutile jusqu’au 26 janvier 2012 pour exposer son programme, le Front de Gauche, lui, affiche des idées très structurées depuis le 22 septembre 2011. Donc, loin d’un fourre-tout, c’est peut-être à la naissance d’une authentique union des différents mouvements de la gauche hors PS à laquelle on est en train d’assister. Vous me direz, il serait temps! Mais il n’est jamais trop tard, comme le dit la sagesse populaire. Concrètement, le Front de gauche est constitué du Parti communiste, du Parti de gauche, de Gauche unitaire, de la Fédération pour une alternative sociale et écologique, de Convergences et alternatives, de République et socialisme, et du Parti communiste ouvrier de France. Sans compter les nombreux transfuges du NPA, qui s’entête malheureusement dans son idée de faire cavalier seul alors qu’une vraie gauche aurait besoin de lui. Environ 4000 adhérents du NPA ont rejoint le Front de gauche sur un total de 9000.

Alors il y a toujours, quelque part ou n’importe où, de ces schtroumpfs grognons qui crient à l’imposture et à la résurgence de vieux spectres gauchos poussiéreux dont on a déjà vu l’immobilisme à l’oeuvre par le passé. Ce qui est vrai. C’est ce que l’on pourrait penser en voyant le « communiste » pointer le bout de sa truffe dans cet assemblage composite. Mais le seul fait de voir autant de mouvements se réunir est suffisamment fort pour ne pas le signaler et témoigne, s’il était besoin de le préciser, de l’obligation permanente de discussion entre les différentes composantes pour pouvoir mener front commun et accoucher d’un discours cohérent. Un pluralisme d’opinion qui ne doit pas toujours être évident à mener mais qui témoigne d’un certain bouillonnement, que l’on ne trouve, d’ailleurs, pas dans les autres formations. Car une fois les yeux plongés dans les lignes du programme, pour peu qu’on s’en donne la peine, force est d’avouer l’incontestable évolution de cette gauche reconstituée. Et, par rétro action, l’on prend toute la mesure de la dérive sociétale actuelle, en constatant à quel point les démocrassies bancaires et télévisuelles, dans lesquelles pataugent nos envies de vivre, déshumanisées par le numérique et le serrage de ceinture imposé comme seule vérité, réclament à cor et à cri l’émergence d’un horizon plus égalitaire et plus propice à l’avènement d’individus éveillés. À quel point, aussi, l’on s’aperçoit que notre rapport à l’autre, donc à la collectivité, s’est laissé empoisonner au compte goutte par des concepts sournois de compétition et de rentabilité, rencontrés jusque dans les télédivertissements de grande écoute où des groupes restreints de scénaristes s’évertuent à faire miroiter l’appât des millions, condition sine qua non pour « être ». Il n’est pas question ici de déballer tout le programme du Front, ce serait trop long, d’autant que le prix dérisoire de 2 euros en permet une acquisition aisée. Il s’agit plus d’un soutien symbolique.

Pour en dessiner tout de même le contour, le texte attaque par les réalités concrètes, celle du nerf de la guerre: j’ai nommé la maille, avec laquelle nombre d’entre nous a maille à partir. Ces premières mesures sont d’ordre économique, plus précisément salariales. Le premier thème développe l’idée de la revalorisation des salaires minimaux. Notamment les retraites ainsi que le SMIC, réévalué à 1700 euros brut. 1700€ brut en début de quinquennat pour arriver à 1700€ net en fin de quinquennat. Oui, çà décoiffe! On ne peut alors s’empêcher de penser à une « démagogie électorale sarkozyste » ou à de simples « effets de manche » car, par les temps qui courent, les caisses du royaume sont vides, entend-on entre Picardie et Navarre. La dette française est colossale, en gros 1600 milliards d’euros (à peu de choses près 17 000 euros par habitant tous âges confondus), avec un effet boule de neige constamment amplifié par les taux d’intérêts du capital emprunté. Comment diantre, dans ces conditions, prétendre sainement imposer la hausse des salaires au tissu d’entreprises qui fait déjà ce qu’il peut, en tous cas pour les PME? En fait, les réponses se cachent dans le deuxième thème, axé sur la moralisation et la régulation des excès insupportables de la grande finance. En effet, le simple fait, par exemple, de voir des jeux de hasard brasser autant de moyens prouve bien que l’argent existe quelque part et que, contrairement à ce que l’on nous martèle sans cesse depuis les années 1990, cette manne n’a pas déserté la planète France. On l’empêche juste de s’épancher de manière équitable dans les poches du plus grand nombre. L’idée est donc de le prendre là où il est, l’argent, en proportion suffisante, pour permettre le fonctionnement de l’appareil d’État. Quelques mesures, prises au vol:

Placement sous contrôle social des banques privées qui ne respecteraient pas la nouvelle réglementation en matière de lutte contre la spéculation et la financiarisation de notre économie, blocage des échanges de capitaux avec les paradis fiscaux, réforme de la fiscalité avec notamment l’augmentation de l’ISF et de l’impôt sur les revenus du capital, taxation du revenu financier des entreprises.

… et quelques autres. Voilà donc les rapaces prévenus.

– INTERMÈDE –

Voici les réactions à chaud du candidat Jean-Luc Mélenchon aux propos de Nicolas Sarkozy fin janvier, dans lesquels Notre Président dévoilait notamment la TVA sociale.

 Pour en revenir au programme, la question de la dette n’est pas oubliée. Il est toujours utile de préciser que si celle-ci flirte avec des sommets inimaginables, c’est dû aux intérêts. Cette machinerie d’usure s’auto-alimente d’une année sur l’autre, rendant les sommes dues totalement inremboursables aujourd’hui. Ce qui favorise, sous prétexte de crise et de la baisse des notes administrées par des agences américaines marchant de concert avec les créditeurs, l’éviction de gouvernements élus de certains pays souverains, telle la Grèce et probablement bientôt le Portugal, au profit de « techniciens » censés remettre les mauvais payeurs dans le « droit chemin ». Comme cette parodie de gouvernance ne passera pas par le mien, de pays, le Front prévoit donc un retour de ces sommes cosmiques, devenues irréelles puisque personne n’en profite, dans la sphère publique, afin de créer de la richesse tangible, celle qui se voit et revient à l’ensemenceur. Quatre axes seront développés:

– reprise du contrôle des mouvements de capitaux aux frontières de l’UE

– possibilité que les banques centrales contribuent directement au financement de services publics

– obligation de détention de titres de la dette publique par les institutions financières

– abrogation du Pacte de stabilité et du Pacte pour l’Euro+ pour ouvrir la voie à un nouveau Pacte européen de progrès social et de codéveloppement.

La première mesure ne nous dit pas de quelle manière, précisément, l’Europe pourrait exercer un contrôle sur les capitaux entrants ou sortants, c’est un peu flou et réclamerait quelques précisions. Néanmoins, ce programme a le bon sens d’illustrer ses velléités de changement en fondant sa réflexion sur des exemples concrets, actuellement en usage, en dévoilant certains privilèges qui fleurent bon la fiscalité à deux vitesses:

Privilèges fiscaux des grandes entreprises: l’exemple de Total.

Le groupe pétrolier Total a réalisé en 2011 plus de 10 milliards d’euros de bénéfices, distribués pour moitié à ses actionnaires. Mais il ne verse pas un sou au titre de l’impôt sur les sociétés. C’est la conséquence du « bénéfice mondial consolidé », une niche fiscale taillée sur mesure pour cinq grands groupes désignés par le ministre de l’Économie (dont Total, Vivendi et NRJ). Ce dispositif est révélateur des privilèges fiscaux concédés principalement aux grandes firmes transnationales. Les petites entreprises de moins de neuf salariés sont ainsi taxées en moyenne à 30%, là où celles du CAC40 le sont seulement à 8%. Mais il ne représente qu’une petite part des 170 milliards d’euros de niches fiscales dont bénéficient chaque année les entreprises au détriment du budget de l’État.

En lisant çà, je comprends mieux pourquoi j’ai mal aux impôts! Qui sont, d’ailleurs, repartis pour augmenter dès l’an prochain avec, par exemple, 17% d’augmentation pour les célibataires. À ce rythme là, il faut croire qu’on aura plus que des pissenlits à se mettre sous la dent, les mecs! Voilà les pratiques de Sarkozy et sa clique de bons copains atlantistes mises à jour. Il faut quand même comprendre que c’est ce genre de favoritisme qui vampirise les forces vives d’un pays à petit feu, pays dont on se demande si les dirigeants actuel se préoccupent encore.

L’autre partie du programme prône une idée de changement politique durable sous la forme… de l’avènement d’une VIème république, axée sur la démocratie participative. Rien que çà! L’idée est séduisante sur le papier mais qu’en est-il réellement? En fait, c’est une idée en germe depuis les années 60 mais qui transpire beaucoup dans la grogne actuelle. Le fait qu’elle s’insinue maintenant au coeur même de certaines expressions politiques comme celle-ci montre bien le chemin parcouru… Mais également la potentielle récupération. Mais après tout, il faut un début à tout. Halte, donc, à l’enflure présidentialiste du bling bling sarkozien dégénéré, nous n’en sommes plus au temps des rois, bien que certains se paluchent copieusement rien que d’en imaginer l’éventuel retour. La parole est au citoyen lambda, celui/celle qui bosse tous les jours, celui/celle qui jardine, bûche sur sa thèse, écrit ou construit, élève simplement ses enfants ou aide les personnes âgées. Ici, c’est lui le roi, le seul qui vaille en réalité, loin des bouffonneries de lignage protocolaires et toutes ces lubies vieille France, cul serrées et passéistes. Place à l’individu responsable et acteur de premier plan. C’est lui/elle, ce citoyen(ne), qui, par sa participation à des discussions collectives, en donnant son avis, impactera directement la marche à suivre. C’est le sixième thème du programme dont la partie « Agir tout de suite » est claire:

– convocation d’une Assemblée constituante

– abrogation de la réforme territoriale de 2010

– rétablissement de la proportionnelle à toutes les élections

– création du Conseil national des médias

Cette liberté de ton et de parole s’appliquera autant au salarié de l’entreprise qu’au particulier. Quelques idées maîtresses ressortent. En effet, « Le droit des citoyens à intervenir dans le développement de la recherche sera inscrit dans la Constitution ». Cette VIème République sera donc celle de, je cite, « l’implication populaire permanente ».

Nous voulons renforcer et amplifier la souveraineté directe du peuple. La démocratie participative sera inscrite dans la Constitution et des lois déclineront ce principe pour donner les moyens, les outils, les espaces pour sa mise en oeuvre. Elle s’appliquera à l’élaboration des lois, à la mise en oeuvre des grandes politiques publiques et à la gestion des collectivités territoriales, notamment au moyen de budgets participatifs. (…) Une nouvelle instance nationale pluraliste chargée du contrôle de constitutionnalité sera créé en lieu et place du Conseil constitutionnel actuel, les citoyens ayant pouvoir de la saisir. Nous créerons de nouveaux domaines d’intervention populaire. Le référendum, ou toute autre forme de consultation populaire directe, pourra être initiée par voie de pétition réunissant un pourcentage conséquent de la population. (…) L’initiative d’une loi sera ouverte aux citoyennes et aux citoyens, aux organisations syndicales et aux associations.

On peut dire que l’intention est clairement établie: redonner la parole et reconnecter les citoyens avec leur capacité de débat, voire d’initiative légiférante, chose très nouvelle. Par contre, la mise en application reste assez vague. Que signifie exactement « pourcentage conséquent de la population »? Quels seront les modalités précises des « moyens, outils et espaces de la mise en oeuvre » de cette république collatérale? Nous aimerions en savoir plus… Mais, finalement, ce sera peut-être à nous, citoyens de France, de les dessiner, ces précisions, de les construire petit à petit, ensemble. Toujours est-il que cette possibilité d’interpellation des pouvoirs et de dialogue sera articulée sur une implantation locale, partout dans le territoire. C’est un point qui ressort nettement de la lecture. L’on peut imaginer aussi que cette liberté donne lieu à des paralysies fréquentes du fait même de l’accumulation de points de vue inconciliables. L’idée de pourcentage minimum pour engendrer une loi prend alors plus de sens. Mais, même après avoir lu la totalité, il n’est pas dit de quelle manière les décisions prises après débat seront acheminées du local au général, de la salle communale perdue jusqu’au coeur pensant parisien, centre exécutif. Qu’en sera-t-il des assemblées locales parisiennes? Qui siègera à l’Assemblée nationale? Le programme nous renseigne brièvement:

Un statut de l’élu(e) dans toute les collectivités (communes, départements, régions, assemblées nationales et européenne) sera garanti ainsi qu’un statut du bénévole.

Nous en déduisons donc que le schéma commune, département, région, État sera conservé, ainsi que le statut d’élu (donc représentant) mais avec toute latitude au citoyen lambda de s’exprimer.

Question Europe, Le Front de gauche n’est pas contre l’idée d’unification, ni même de monnaie commune mais fermement opposé au fameux Traité de Lisbonne, rejeté à tour de bras par les populations elles-mêmes. Le programme avance l’idée d’une refonte du modèle actuel, que personne ne comprend et dont plus grand monde ne veut, en modifiant les missions et statuts de la toute puissante BCE et en engageant des discussions pour un nouveau traité faisant la part belle aux visées sociales et écologiques. « La France s’engagera pour une Europe de l’harmonisation des droits sociaux et politiques ». Ce septième thème, bien que motivant, est sans doute le point le plus faible du programme et, en tous cas, le moins développé. Quand certains prônent la sortie pure et simple de l’Europe, comme « l’autre Front » ou encore Jacques Asselineau, le Front de gauche ne renie aucune union continentale mais l’envisage sous un autre angle, beaucoup moins économique. C’est un point de vue plutôt fin mais comment se maintenir au sein d’une organisation telle que l’Europe en faisant fi de ses règles, et, fatalement, sans risquer de s’y plier à un moment donné? Refuser la logique à l’oeuvre induira une position bancale de la France, en perpétuelle lutte, que le Front de Gauche règle peut-être un peu trop vite en pensant que, je cite,

Notre désobéissance fera tâche d’huile dans l’Union et dans la zone euro. Elle sera un appui pour les pays dévastés par les plans de rigueur (Grèce, Portugal, Espagne, etc…). À terme, notre objectif est de briser le bloc libéral au sein de l’UE et de pousser à la négociation d’un nouveau traité. La France, en tant que pays fondateur de l’Union européenne, a les capacités de la transformer si elle conjugue action souveraine et bataille d’opinion européenne. Loin d’être isolés , nous en sortirons renforcés  dans une Europe actuellement dominée par l’ultralibéralisme et le monétarisme promus de longue date par les gouvernements britannique et allemand. Nous agirons pour le réaménagement négocié des dettes publiques, l’échelonnement des remboursements, la baisse des taux d’intérêts les concernant et leur annulation partielle. Nous exigerons des moratoires et des audits sous contrôle citoyen.

Comme le dit Jean-Luc Mélenchon, « quand on représente la France, qu’on est la 5ème puissance mondiale, fondatrice de l’Europe, qu’on pèse 65 millions d’habitants, et que l’on s’assoit à la table des négociations, çà crée une ambiance ». Nous n’en doutons pas, mais est-ce réellement suffisant? L’aura de la France ne s’est-elle pas étiolée à force de devenir le paillasson de la politique internationale américaine? Et si le lobbying français pour une Europe meilleure échoue, que se passera-t-il? La France compte-t-elle sur le seul sursaut des populations? Comme qui dirait, çà sent le coup de poker…

À n’en pas douter, ces propositions lancent de nouvelles pistes qui provoquent le débat. Tout comme il y a vingt ans avec l’effondrement du « bloc de l’est », nous sommes au bord de l’écroulement d’un capitalisme financiariste et virtualisé à l’extrême, devenu dominant mais en décrochage de plus en plus marqué avec la réalité d’une grande majorité d’hommes et de femmes, signe d’obsolescence. La vision du Front de gauche a au moins le mérite de réconcilier avec l’envie de voter. Car la prendre au pied de la lettre ou la bénir sans y réfléchir et la faire sienne n’est pas le but en soi. Ce programme ne représente finalement que l’amorce d’une nouvelle façon de penser et se réapproprier la chose politique, à l’heure ou la logique marchande ronge les économies, lamine toute notion de contact humain par écrans interposés et transforme petit à petit le citoyen en « administré », l’écartant de la conscience même de sa faculté de réflexion autonome par un flot de spectacularisation audiovisuelle excessive et permanent. Comme tout défi majeur, le futur n’est pas dessiné d’avance, il nécessite de le construire brique par brique. C’est la responsabilité la plus difficile qui puisse échoir à un groupement humain quel qu’il soit, celui de se prendre en charge et enfin retrouver la parole, du moins une parole créatrice, qui agit pour l’intérêt collectif. C’est bien le genre de chantier qui demande les remises en question les plus drastiques mais le nivellement par le haut est à ce prix, une nation de rois sujets ne se fabrique pas en un jour. Mais les habitudes se changent, surtout les mauvaises.

Ce changement de cap est à portée d’urne, symbole sacré du droit inaliénable d’expression. Il suffit d’un bulletin de vote pour renverser les vapeurs aux arrière goûts d’american way of life périmée et permettre à tous un juste partage des richesses de ce pays. Arrêtons donc de quémander le meilleur, créons le.

Parce-qu’il y en a assez de la soupe télévisuelle et ses discours inégalitaires scénarisés, parce-qu’il y en a assez des retraites insuffisantes ne permettant même plus à certains de régler le cumul des factures alors que d’autres se permettent des chambres d’hôtel à 3000€/nuit et des cafetières en or dans des imitations d’Air Force One inutiles, parce-qu’il y en a marre de la privatisation/précarisation progressive des services publiques, minés de l’intérieur, tels la Poste ou EDF qui contribuent au coût de la vie grandissant, parce-qu’il y en a marre de raquer maintenant 130€ à une entreprise privée pour enlever un nid de guêpes ou de frelons chez soi alors qu’il y a 20 ans les pompiers intervenaient gracieusement sur simple appel (impôts locaux), parce-qu’il y en a marre de voir l’Éducation nationale déplumée de ses moyens alors que la population augmente, marre de la responsabilité diluée où personne n’est joignable au bout du fil lorsque l’on rencontre un problème (bancaire, logement ou autre) impossible à détailler à une messagerie stupide, parce-qu’il y en a marre de se voir imposer, sans l’ombre d’une demande, l’enregistrement systématique de la conversation téléphonique avec son banquier sous prétexte « d’étude de qualité » interne, parce-qu’il y en a plus qu’assez des lois votées l’été en catimini à l’insu de tous et sans prévenir, de préférence à des heures tardives où l’Assemblée est désertée, marre de cette maigreur démocratique qui maintient un pays entier dans l’indignité, marre de ce jeu politique dénaturé aux bulles opaques, marre des plans d’austérité votés sans l’assentiment des peuples, parce-qu’il y en a assez de voir des petits hôpitaux et des tribunaux fermer, parce-qu’il y en a marre de devoir travailler la nuit et se dérégler la santé pour prétendre à un salaire décent quand l’employeur refuse d’augmenter, parce-qu’il y en a marre de la morale de comptoir qui insinue que si l’on ne travaille pas, ou que l’on refuse un travail qui n’est pas adapté à ses compétences, on ne vaut guère plus qu’un moins que rien (car l’idée de sous homme n’est pas loin), marre de s’entendre dire qu’on est interchangeables « parce-que-si-t’es-pas-content-y’en-a plein-d’autres-derrière » alors que ce n’est pas vrai puisque chacun est unique, marre des caquetages stériles et raccourcis aux encoignures qui prétendent détenir la vérité sur ce que serait une « vraie France », à savoir privée de sa pluralité, alors que ce pays est par définition un creuset (« à la croisée de »), marre, tout autant (et sans renier l’esprit de la loi de 1905), de ces maires socialo qui n’éclairent plus les Notre Dame de Paris, ces livres ouverts d’un savoir encore plus ancien qu’elles-mêmes, sous prétexte éculé de religion, symbole, si l’en était, d’un certain obscurantisme idéologique actuel, alors que l’on pourrait trouver bien d’autres solutions écologiques au service de l’éclairage public et que le dit maire ferait mieux de s’occuper des sdf qui viennent gonfler les artères de notre capitale vendues aux grands groupes publicitaires et leurs marchés juteux, marre de ce pourrissement des mentalités et de leur dégringolade vers les facilités coupables du chacun pour sa gueule et de l’après moi le déluge, marre des politiques rustinaires vernies à la démagogie.

Pour cette somme de petites écorchures qui cimentent les grands désaveux, et pour tant d’autres ras-le-bol qui débordent, et parce-qu’une démocratie n’est rien qu’une peau morte sans son agora, le Front de gauche, malgré ses incomplétudes, peut s’avérer le point de départ d’une autre voie pour la vie collective, une nouvelle façon d’imaginer l’espace géographique que l’on nomme pays avec son pendant mental et identitaire que l’on nomme nation. Finalement, l’impasse Sarkozy aura amené plus vite que prévu vers les limites du système et un besoin vital de changement. Pour que les résolutions vers un retour à l’équilibre résonnent dans toutes les aspirations au mieux être et fécondent les volontés dispersées afin d’en révéler les soleils créateurs, pour peut-être enfin dessiner un cadre où chacun puisse avoir sa place et parler hors des faucilles de la peur du lendemain, pour peut-être arriver à un vrai sens commun sans effacer l’individu, pour toutes ces raisons valables, le vote dit « utile » ou « de barrage » doit se bonifier en vote conscient. Et pour cela, il n’y a que la pratique du dialogue qui vaille, en terrain humain. Pas facile, certes, mais dans ce grand jeu des réciprocités personne n’est seul. Soyons des laboureurs infatigables d’idées pour engendrer les floraisons de demain.

– INTERMÈDE –

L’on entend, parfois, certains parler de Jean-Luc Mélenchon franc-maçon. J’oserais répondre qu’aujourd’hui, quel homme politique ne l’est pas? Et puis peut-être que ceux qui propagent ce discours ne savent pas ce que recouvre la franc-maçonnerie dans son entier. Un milieu dans lequel, certes, il faut faire attention où l’on met les pieds mais aussi porteur d’idées nouvelles (c’est en grande partie à ceux de la fin du XVIIIème siècle que nous devons la Constitution de la Ière République, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, le drapeau français actuel, la Constitution des États-Unis d’Amérique bafouée également aujourd’hui). Ou d’une admiration non dissimulée de Jean-Luc Mélenchon pour Serge Dassault. Là encore, l’on pourrait y voir une craquelure dans le rouge de façade mais chacun sait que certaines amitiés peuvent naître parfois indépendamment des réflexions et idées politiques, voire en opposition, les unes n’empêchant pas les autres. La vie est truffée de ce genre de contradictions. En renversant le constat, cela tendrait plutôt à montrer que le Front de gauche n’exprime aucune aversion stupide pour le monde de l’entreprise, bien au contraire, et que son propos n’est nullement de plonger la France dans l’ère glaciaire d’un soviétisme à l’ancienne. Ce serait n’avoir rien compris au message et, pis encore, aux enjeux de notre époque. Sachons nous préoccuper de l’essentiel. Dernier point, pour les obsédés du sionisme qui prétendent à tour de bras que Jean-Luc Mélenchon n’a pas d’avis sur la question palestinienne et les abus répétés de l’État d’Israël dans la région, il en va encore d’une idée fausse et bien vite répandue…

Comme quoi il suffit d’un peu d’écoute et d’un rien de bonne volonté pour dénicher la preuve du contraire aux détour d’une interview. En ces temps de crise, il est important d’éviter les lieux communs, car ils sont le ferment des radicalismes et des raisonnements stériles.

– INTERMÈDE –

De l’autre côté de la rampe, voici le genre d’aberration crasse que propose « l’autre Front », juste pour la note grave: http://zeredac.com/2012/01/31/deremboursement-de-livg-de-confort-le-vrai-visage-du-fn-de-marine-le-pen/

Toujours en vente sous sa forme papier, édité par Librio, le programme du Front de gauche est maintenant téléchargeable gratuitement sur la page web du Parti de gauche. Idéal pour approfondir. Je le laisse également ici, pour les pèlerins de passage un peu plus pressés: l’humain_d’abord_pgm_FG

Élection oblige, Jean-Luc Mélenchon, comme tous les autres candidats, fait son show médiatique. Car, comme a dit Onfray à Poutou l’an dernier, pour obtenir le pouvoir, à un moment il faut le vouloir.

Parce-qu’une « révolution » peut très bien se faire dans le calme, parce-que la politique est estropiée de la poésie et du souffle, espérons que l’évolution de conscience soit au rendez-vous de ce prochain scrutin présidentiel, avant que ne sonne le glas des illusions à taux d’intérêts variables…

Au peuple j’ai donné autant de puissance qu’il suffit, sans rien retrancher ni ajouter à ses droits. Pour ceux qui avaient la force et en imposaient par la richesse, pour ceux-là aussi je me suis appliqué à ce qu’ils ne subissent rien d’indigne. Je suis resté debout, couvrant les deux partis d’un fort bouclier, et je n’en ai laissé aucun vaincre injustement.

Solon par Aristote, dans Constitution d’Athènes. XII, 1

– INTERMÈDE –

Une courte interview qui en dit long sur le ras-le-bol du représentatif, avec ses dérives, son inaction et sa volonté de ne pas écouter. Car les idées fortes ont l’avis dur et ne naissent pas en deux jours…

Et parce-qu’il serait dommage de ne pas en parler, l’équipe du Front de gauche compte un allié de poids dans ses rangs en la personne de Jacques Généreux, docteur de troisième cycle en sciences économiques à l’IEP de Paris, entre autres diplômes, et actuellement Secrétaire national à l’Économie du Parti de gauche. Il expose et prône, dans plusieurs ouvrages, une refonte de l’économie pour casser le néolibéralisme imposé, contre lequel il s’élève. Il ne se contente pas d’énumérer les défauts des rouages financiers, il illustre son discours par des solutions concrètes, qui structurent toute la partie économique du programme. À l’instar d’un André-Jacques Holbecq et son écosociétalisme, Jacques Généreux développe une analyse à la force démonstrative étonnante, en isolant simplement les principes de bases de la pensée économique actuelle et les mécanismes européens. Où il explique, d’ailleurs, l’idée de « tâche d’huile » d’une opposition française au sein de l’Europe.

Ici encore, retrouvons Jacques Généreux dans l’excellente émission de décryptage audiovisuel Arrêt sur images, où l’économiste développe ses solutions aux côtés de Karine Berger, également économiste et intervenante au Parti socialiste. Cette discussion/débat met en lumière les divergences entre les discours des deux formations de gauche mais aussi leurs points communs.

Ici, le blog de Jean-Luc Mélenchon, pour suivre pas à pas l’actualité du candidat écrite par lui-même, comme un journal de bord. Et parce-qu’en plus, on en apprend de belles! Restons à l’écoute de notre temps et, surtout, gardons l’oeil ouvert. Préférons la République du Loup à l’empire des requins :).

Franck Balmary.

Que savons-nous du temps?

Posted in REFLEXIONS with tags , , , , , , , , on 26 mai 2011 by larocheauxloups

Etienne Klein, ingénieur-physicien français du CEA, directeur de recherche sur les Sciences de la Matière au sein du même CEA et professeur en philosophie des sciences, est aussi spécialiste des questions liées au temps dans le domaine de la physique. Vulgarisateur autant que spécialiste confirmé, il se fend de quelques ouvrages écrits mais aussi de conférences tout à fait instructives dans les grandes écoles. Aiguillé par des amis tout autant en recherche sur la nature de la réalité, Maître Loup en sa caverne caché a posé ses yeux bruns sur une conférence du monsieur donnée à l’école Polytechnique en mai 2006 à des professeurs (donc pas des quiches en la matière). Etienne Klein nous parle du temps et de ce que la science peut en dire aujourd’hui. Un exposé très stimulant sur l’état de l’art, comme on dit, d’autant plus qu’il remet en place certaines idées stupides qui courent de plus en plus les rues aujourd’hui, trop souvent et facilement relayées par des gens n’ayant aucune connaissance réelle de l’histoire des théories pas plus qu’ils n’en ont des champs d’application de ces même théories.

Ainsi, qu’est-ce que le temps, quelle est sa véritable nature? Grosse question à laquelle Etienne Klein convient qu’il est difficile de répondre, même au terme de cette longue conférence filmée.

Partie 1/4:

dans son introduction, Etienne Klein commence par faire le ménage et distingue habilement la notion même de temps du fatras des abus de langage liés, comme il dit, à la temporalité. Où l’on s’aperçoit de la subjectivité intrinsèque du langage et/ou de la littérature qui, contrairement au Verbe universel qu’est l’arithmétique, ne sont en rien des outils de savoir infaillibles et peuvent parfois enduire d’erreur par simple confusions de notions ou d’idées mal comprises.

Partie 2/4:

où il est notamment question du génie visionnaire d’Einstein et à quel point les théories de celui-ci conditionnent notre vision du temps aujourd’hui.

Partie 3/4:

où, grâce à l’équation de Paul Dirac en 1932 et la mise en évidence de l’antimatière et des positrons par la synthèse de la théorie relativiste et de la théorie quantique, on a la preuve de l’impossibilité de la réversibilité de la courbe du temps et donc du concept de voyage dans le temps, du moins dans le passé. Ainsi, le temps est totalement indépendant, et donc à distinguer, des phénomènes temporels qui ont lieu en son sein.

Partie 4/4:

le jeu des questions-réponses où il est question de l’invariance CPT et de l’impossibilité d’un monde intelligible sans causalité (c’est-à-dire sans irréversibilité de la courbe du temps).

Même si cet exposé remonte à quelques années, il a le mérite de poser les concepts de manière précise tout en étant compréhensible par le quidam ne possédant pas forcément une grande culture scientifique. Par simple dialectique et esprit logique, les idées deviennent plus claires. En cette ère de 2012 brandi à tout va et de croyances New Age édifiées à coups de « grandes théories » fumeuses et de sois-disant « révélations » vide d’essence, il est toujours bon d’entendre des scientifiques conscients de l’impact des recherches contemporaines et ouverts à l’évolution des idées. Histoire de séparer le grain de l’ivraie, la science de la fiction, et de remettre les pendules à leur place!

Franck Balmary.

Refroidissement climatique

Posted in REFLEXIONS with tags , , , , on 6 mars 2011 by larocheauxloups

Voici Vincent Courtillot, directeur de l’Institut de physique du globe de Paris, géophysicien et professeur en la matière à l’université Paris VII, qui conteste en toute ouverture d’esprit, études à l’appui, la thèse généralisée du réchauffement climatique anthropique. A savoir, provoquée par l’activité humaine depuis les débuts de la première Révolution industrielle, soit à peu près deux siècles.

Globalement, la thèse de Vincent Courtillot met en corrélation la hausse des températures de la Terre avec les variations d’intensité de l’activité solaire. Ce scientifique, face émergée d’un groupe d’études, contredit quelques points du dernier rapport du Groupement Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat, GIEC, qui affirme l’inverse. En effet, selon les rapports du GIEC, c’est la seule activité humaine qui provoque non seulement des hausses sensibles de températures mais également tout le dérèglement climatique et saisonnier qui s’en suit et dont on parle tant. Vincent Courtillot affirme même que depuis 1998, les températures globales auraient plutôt tendance à baisser, conséquence de l’activité solaire qui entre en phase plus calme. Le scientifique s’en explique clairement:

Évidemment, de telles positions, qualifiées de « climato-sceptiques » par les journalistes toujours en recherche de formules tape-à-l’oeil, éclaboussent comme un pavé jeté dans la marre du consensus de la pensée unique. Vincent Courtillot monte donc au créneau pour clarifier ses positions. Dans l’exemple ci-dessous, on observe que, non content de n’accorder que neuf maigres minutes d’interview pour un sujet qui mériterait largement quelques heures de développement approfondi, le tic journalistique assez courant, et relativement insupportable, de couper les fins de phrase de la personne interviewée, tirant des conclusions à la place de celle-ci, surtout quand elle exprime un avis dissonant, règne en maître.

Jean-Marc Roeder, physicien autodidacte et spécialiste notamment d’aérodynamique et thermodynamique, explique très bien le côté bancal des relevés de température dont se sert le GIEC pour établir ses rapports. En effet, les points de mesure sont, en grande partie, placés dans des zones proches des grandes métropoles du monde, ne pouvant ainsi témoigner que de températures qui augmentent. Si tel est le cas, que signifie cet aveuglement volontaire? Il est clair que les grands centres urbains ne font que croître depuis deux bons siècles ainsi que leur activité industrielle et la démographie, avec tout ce que cela comporte de hausse de température locale. Mais cela influe-t-il sur le global? La chose qui est sûre, c’est que, d’un point de vue purement statistique, se cantonner aux relevés faits à proximité des agglomérations humaines ne peut que confirmer la thèse du réchauffement. Depuis à peu près 15 ans nous voyons, à travers les médias, les glaciers des pôles fondre toujours plus d’année en année. A ce propos, Jean-Marc Roeder est sans concessions. Cette fonte visible répondrait à des effets de thermodynamique finalement assez basique, et l’on apprend également que le taux de salinité des océans, et donc sa fluctuation, joue un rôle primordial dans l’effet de serre naturel. Sur ce plan là, les rejets de nos chers véhicules au pétrole ont donc un impact mineur.

Partie 1/2

Partie 2/2

Jean-Marc Roeder élargit le point de vue jusqu’à en venir aux questions qui fâchent, aux logiques sinistres qui pilotent ce martèlement médiatique constant du tout écologique. A qui profite le crime?

Et Vincent Courtillot, dans tout çà? Faisant partie de l’Académie des sciences, il ne conteste pas l’effective fonte des glaces polaires ainsi que l’augmentation de la proportion du gaz carbonique dans l’atmosphère ou la montée des eaux, il nuance juste le propos et s’élève surtout contre l’acceptation bête et méchante d’une pensée dogmatique. Comme, selon ses constats étayés, il s’agit plus d’un phénomène cyclique lié au soleil, notre bonne vieille planète a déjà connu maintes fois ce phénomène de réchauffement par le passé.

Partie 1/3

Partie 2/3

Partie 3/3

N’empêche, le sujet divise. Pas plus tard qu’en avril 2010, 400 scientifiques français ont manifesté à leur hiérarchie leur mécontentement face aux thèses « climato-sceptiques » développées par Claude Allègre et Vincent Courtillot, estimant que celles-ci les faisaient passer, selon eux, pour de braves incapables aux yeux du public. En plus du désagrément, ces scientifiques et chercheurs reprochent aux deux hommes de ne pas être suffisamment rigoureux dans leurs assertions et d’éviter soigneusement le débat avec leurs pairs pour confronter leur point de vue. C’est-à-dire, en gros, de ne pas emprunter le circuit des publications officielles comme toute thèse digne de ce nom. Pendant ce temps là, d’autres applaudissent des deux mains ce qu’ils considèrent être, pour reprendre les termes même de Claude Allègre, une véritable imposture du GIEC. Dans son article à Le Monde du 1er février 2010, à la manière de Jean-Marc Roeder, Drieu Godefridi dénonce des contrefaçons internes au GIEC visant à gommer purement et simplement certains éléments apportant une contradiction au consensus du réchauffement anthropique mais également une plantade monumentale dans les prévisions de fonte des glaciers de l’Himalaya. C’est ce genre d’article qui a probablement poussé les climatologues français à la gueulante.

A chacun de se faire son avis. Toujours est-il que celui de Vincent Courtillot ainsi que de quelques climato-sceptiques ne manque pas d’intérêt. Cependant, le très officiel et médiatique Claude Allègre s’est soumis en octobre 2010 aux conclusions de l’Académie des sciences sur le sujet, acceptant l’idée que c’est bien l’Homme qui est responsable du chambardement climatique. Vaste et intense débat, donc, pas prêt de refroidir, surtout à l’approche d’échéances électorales de première importance.

Franck.